Neuf mois sont passés depuis la première tenue des états généraux des festivals début octobre 2020 à Avignon. Neuf mois d’incertitudes, d’annulation, de reports puis ensuite l’organisation des jauges réduites et la mise en route du pass sanitaire pour accueillir le public.
Forcément, même en ayant lieu au lendemain de la clôture du Printemps de Bourges, c’est une année majoritairement blanche et un contexte encore difficile à court et à moyen-terme qui a nourri les échanges entre le ministère de la Culture, les collectivités territoriales et professionnels lors de la seconde édition le 28 juin. Dans l’audience, des organisateurs de festivals déterminés à ne pas laisser la dynamique de dialogue, enclenchée il y a un an, s’essouffler. Après son discours introductif, la présence toute la journée d’une ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, qui n’a pas hésité à réclamer le micro pour répondre directement à quelques-uns d’entre eux, pourrait déjà témoigner de son implication.
Plus de 7 dossiers ouverts au ministère de la Culture sur les festivals
Car, les points à discuter durant ce bout de concertation n’ont pas manqué :
- la prolongation des soutiens face aux pertes de revenus liées à la crise sanitaire ;
- l’accompagnement structurel de l’Etat, ;
- l’évolution des modèles économiques entre les recettes de billetterie, les subventions et le mécénat ;
- la vigilance sur les phénomènes de concentration ;
- la coopération avec les territoires ;
- la visibilité des actions menées auprès des publics ;
- ou encore la contribution des festivals à l’emploi culturel et l’émergence de créations artistiques.
Pour aider les festivals impactés, un fonds de soutien de 30 millions d’euros a déjà été programmé pour 2021, dont 20 millions d’euros dont l’attribution est orchestrée par le Centre national de la musique pour les festivals de musique et de variétés. Celui-ci a déjà versé un peu plus de 6 millions d’euros à une soixantaine d’organisateurs. Le concours aux autres disciplines est, lui, piloté par les directions régionales des affaires culturelles. Concernant les intermittents, le ministère promet “une clause de revoyure” en fin d’année “si la reprise est plus difficile”.
Maintien du pass sanitaire
Face à plusieurs reproches d’inéquité de consignes entre les festivals et les parcs de loisirs ou encore les musées, Roselyne Bachelot a rappelé, avec un ton plutôt ferme, que le pass sanitaire n’était pas un “passeport vaccinal » ou une “contrainte” mais une “opportunité” pour un retour progressif à la normale avec des différences lorsque le lieu est circulant. L’abandon du pass réclamé par les gros festivals qui y voient déjà un frein à leur billetterie? “Ni souhaitable, ni envisagée” et “irresponsable”, ajoute-t-elle. “Certains font comme si les jours heureux étaient revenus, mais la pandémie est encore là”.
Panorama détaillé sur les festivals publié tous les 3 ans
Pour “préparer la suite” et les grandes lignes d’une politique d’Etat à l’égard des festivals, il faudra encore patienter. Seules réelles annonces : le lancement d’un panorama détaillé sur les festivals qui sera publié tous les trois ans dès 2022 et un moratoire jusqu’à la fin d’année sur l’application de la circulaire sur l’indemnisation des services d’ordre lors de l’organisation de manifestations.
Alors que des inégalités persistent entre les festivals en fonction de leurs sources de financement et leur notoriété, ce constat nourrit aussi quelques interrogations et inquiétudes. “On ne pourra pas traiter une politique des festivals de la même manière avant et après le confinement”, estime même le directeur général de la création artistique, Christophe Miles.
Par exemple, le président du syndicat national des scènes publiques, Frédéric Maurin, a profité d’un temps de questions – réponses pour relancer à nouveau le projet d’une “sorte de label festival d’intérêt national” (un temps envisagé en 2003-2004, ndlr) lorsque ceux-ci “remplissent des missions de service public des arts et de la culture dans des territoires”. Sans aucune réponse ferme de la part du ministère, nul doute que le sujet reviendra encore sur la table lors de la prochaine rencontre programmée à Toulouse le 1er décembre.
Focus
La réalité du “fait festivalier”
Les premières conclusions d’un vaste travail de cartographie des festivals permettent déjà aux pouvoirs publics et aux acteurs du secteur d’avoir une vision encore plus fine du “fait festivalier” qui maille les territoires. Il en ressort sa grande hétérogénéité et sa place, jusqu’alors plutôt sous-estimée, dans les politiques culturelles alors même que leur fréquentation continue de croître, notamment parmi les jeunes. Bientôt accessible au public, elle a déjà été réalisée pour trois régions : la Bretagne, le Grand-Est et l’Ile-de-France.
Dans une autre étude intitulée SoFest et coordonnée par France Festivals avec deux universitaires spécialistes du secteur, Emmanuel Négrier (Université de Montpellier) et Aurélien Djakouane (Université Paris-Nanterre), une batterie d’indicateurs explorent les caractéristiques et la programmation d’un panel de 1400 manifestations. Et ceux-ci confirment en chiffres des tendances déjà relevées par les professionnels : la diversification des disciplines, l’envolée de la création de nouveaux festivals en deux décennies, la perte de vitesse de l’été dans le temps de programmation et la prépondérance à hauteur de 60% des bénévoles dans l’emploi associé.
Ce qui fait dire à Emmanuel Négrier que le “festival est plus un ensemblier qu’un opérateur”. Quelques données sur les publics sont aussi particulièrement intéressantes : près de 40% des participants à des festivals sont des primo-spectateurs. 72% d’entre eux habitent le département ou la région dans laquelle il se déroule, ce qui conforte l’ancrage local de cette pratique.
Références
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