Un nouveau mandat commencera dès ce 16 mars pour plus de deux tiers des communes, qui ne comptent qu’une seule liste candidate, lors des élections municipales.
Le sort de la quasi-totalité des communes française sera scellé une semaine plus tard, et les milliers d’élus locaux devront rapidement se mettre en ordre de marche pour construire leur stratégie financière pour les six prochaines années.
Investissement record
En termes d’investissements, le mandat 2020-2026 aura résisté à toutes les crises et surtout la première, au tout début du mandat, la pandémie du Covid-19. Ont suivi : les plans de relance, la crise énergétique à la suite de la guerre en Ukraine, puis, en fin de mandat, une crise des finances publiques qui a poussé l’exécutif à accentuer la contrainte financière sur les collectivités locales. Pourtant, les maires ont continué d’investir tout au long du mandat, sans suivre donc l’habituelle courbe du cycle d’investissement du bloc communal. En volume, le niveau d’investissements du cycle 2020-2026 devrait frôler le record du mandat 2008-2014.
Qu’en sera-t-il du prochain mandat, avec une contrainte financière qui ne faiblira pas ? Un chemin de crête aura été conduit par les candidats aux élections municipales, avec des propositions qui oscillent entre ambition et réalisme. Pour mener à bien tous leurs investissements, les nouvelles équipes municipales devront assurément rechercher de financements tous azimuts, et mobiliser leurs lignes de trésorerie et d’emprunts.
Trouver les ressources
La dette revient sur le tapis à chaque élection municipale, non sans démagogie. Elle est, soit une marotte pour les oppositions qui dénoncent un avenir entravé par la charge qu’elle représente sur les comptes locaux, soit un signe de compétence pour les élus en place, notamment dans les petites communes, qui valorisent une dette maîtrisée.
Mais les raisonnements évoluent. « Les collectivités mettent souvent en avant le niveau de la dette par habitant, se comparant à des collectivités de même strate mais c’est un raccourci. La dette doit être évaluée en fonction de la capacité à rembourser, à la richesse de la commune » a rappelé Pierre-Olivier Hofer, directeur associé du cabinet Exfilo.
Autre levier de financement à ne pas négliger pour le bloc communal : les recettes fiscales et tarifaires. D’un côté, Thomas Rougier, secrétaire général de l’OFGL assure que « le panier des recettes fiscales est encore important pour le bloc communal ». De l’autre, moins catégorique, Olivier Landel, administrateur de l’Agence France locale (AFL) (1), préfère marteler que « les petites taxes n’ont pas compensé le produit de la taxe d’habitation », supprimée par Emmanuel Macron. « Cela reste un rendement marginal et très inégal selon les territoires, cela continue de détruire l’autonomie financière et accentue la dépendance à l’État ».
A l’heure du bilan de mandat, la baisse des subventions a largement été dénoncée par les élus qui bouclaient leur programme d’investissements. Mais quand il est question, pour eux, de voter les subventions aux associations, ce sont les candidats de l’opposition qui sont aux aguets, protecteurs autoproclamés de « leur » tissu associatif.
Transition écologique et gouvernance comme sujets de campagne
Un autre sujet continuera de mobiliser les équipes municipales : celui de la transition écologique. Le mur d’investissement auquel doivent faire face les collectivités est, ici, colossal.
« Alors que les politiques environnementales régressent à l’échelle internationale ou même à l’échelle nationale, les électeurs placent ce sujet assez haut pour les municipales », commentait François Thomazeau, directeur de programme chargé du suivi des collectivités territoriales à l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE).
Au cours du prochain mandat, de nouveaux outils pourront accompagner les futurs élus. L’I4CE a ainsi mis au point une méthode – avec des collectivités pilotes -, de PPI alignées climat pour objectiver les besoins budgétaires de chaque collectivité dans le cadre de sa stratégie « climat » et nourrir la discussion avec ses financeurs.
Les enjeux techniques de maîtrise et de bonne gouvernance financière s’avèrent souvent peu porteurs lors d’une campagne électorale. Quant aux démarches plus populaires de budget participatif, elles sont souvent réduites à de simples outils de communication. C’est pourtant un vrai sujet d’intérêt pour les électeurs.
Un sondage de l’Ifop publié le 15 novembre dans la Tribune Dimanche pointe que les enjeux financiers se positionnent au deuxième rang de leurs préoccupations (70 % de sondés estiment qu’ils auront une influence déterminante sur leur vote), derrière la question de la sécurité (76 % des répondants), mais devant les enjeux relatifs à l’offre de soins (66%) ou à la propreté de la ville (66 % également).
« Cela fait effectivement partie des trois ou quatre sujets sur lesquels je suis le plus interpelé. Et il est d’ailleurs normal que les édiles soient aussi jugés sur leur gestion financière », confirmait Emmanuel Sallaberry, candidat sortant (SE) de Talence (Gironde) et coprésident de la commission des finances de l’AMF.
Dernier volet : l’interco. Les EPCI verront leurs finances fortement mises à contribution cette année, avec la loi de finances pour 2026, ce qui pourrait les contraindre dès le début du nouveau mandat. Les nouvelles équipes peuvent néanmoins en profiter pour élaborer ou réviser les pactes financiers et fiscaux.
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Municipales 2026 et les finances locales
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- Municipales 2026 et finances locales : ce qui attend les nouvelles équipes
- Municipales 2026 : les EPCI inquiets face aux contraintes à l’aune du nouveau mandat
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- Municipales 2026 : les subventions vont être scrutées à la loupe
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