La proposition de loi tendant au dĂ©veloppement, Ă l’encadrement des stages et Ă l’amĂ©lioration du statut des stagiaires, proposĂ©e par la dĂ©putĂ©e PS Chaynesse Khirouni, vise, selon les termes de cette dernière, « d’une part, Ă rĂ©affirmer que le stage doit ĂŞtre un outil Ă part entière au service du cursus de formation et, d’autre part, Ă mieux protĂ©ger les droits des stagiaires ».
Mesures protectrices – Le texte, Ă©laborĂ© lors d’une commission mixte paritaire dĂ©putĂ©s-sĂ©nateurs (CMP), votĂ© le jeudi 12 juin 2014 au SĂ©nat, qui doit maintenant ĂŞtre examinĂ© par l’AssemblĂ©e nationale Ă une date non encore fixĂ©e pour ĂŞtre adoptĂ© dĂ©finitivement, pose les principes suivants, qui s’appliqueront au secteur privĂ©, public et associatif :
- La rĂ©munĂ©ration mensuelle minimale des stages de plus de 2 mois passera de 436 Ă 523 euros (cette rĂ©munĂ©ration est obligatoire depuis la loi du 22 juillet 2013 relative Ă l’enseignement supĂ©rieur, dans le privĂ© comme dans le public).
- Les stagiaires ayant droit à une gratification seront indemnisés dès le premier mois de leur stage.
- Droit Ă l’accès, pour tous les stagiaires, aux restaurants d’entreprises, au bĂ©nĂ©fice des titres restaurants ou au remboursement des frais de transports, lorsqu’ils existent pour les salariĂ©s.
- Instauration d’un nombre maximum de stagiaires en fonction des effectifs salariĂ©s, selon des quotas qui restent Ă dĂ©finir par dĂ©crets.
- Renforcement des moyens d’identifier et de sanctionner les abus Ă©ventuels.
- Instauration d’autorisation d’absence et de congĂ©s.
- Alignement du temps de présence des stagiaires sur celui des salariés.
L’entrĂ©e en vigueur de ces mesures protectrices a Ă©tĂ© dĂ©calĂ©e de septembre 2014 Ă septembre 2015, les petites structures publiques ou associatives ayant dĂ©jĂ votĂ© leur budget pour 2014.
SpĂ©cificitĂ©s du secteur social – L’Union nationale des associations de formation et de recherche en intervention sociale (Unaforis) estime que, du fait de ces dispositions, « le nombre de stages offerts va Ă l’évidence diminuer et les difficultĂ©s de mise en stage vont s’accroĂ®tre jusqu’à devenir insolubles. Les formations en travail social risquent clairement l’asphyxie ». L’Unaforis a constituĂ© une cellule de crise et compte solliciter des audiences urgentes auprès des pouvoirs publics.
« La loi amalgame tous les stages, qui sont pourtant de natures diverses. En gratifiant tous les stagiaires, on amalgame les jeunes en pĂ©riode d’apprentissage, et c’est majoritairement le cas des stages en travail social qui font partie intĂ©grante de la formation, et le stagiaire placĂ© en situation de production », prĂ©cise Diane Bossière, directrice gĂ©nĂ©rale de l’Unaforis.
Les futurs travailleurs sociaux auraient dĂ©jĂ des difficultĂ©s Ă trouver des terrains de stage et « les collectivitĂ©s ne jouent pas le jeu en ne proposant que peu d’opportunitĂ©s alors qu’elles ont du mal, dans le mĂŞme temps, Ă recruter sur ces mĂ©tiers », estime Diane Bossière.
Enveloppe dĂ©diĂ©e – Pour rĂ©pondre aux difficultĂ©s rencontrĂ©es par les structures associatives pour rĂ©munĂ©rer leurs stagiaires, mises en avant depuis plusieurs annĂ©es, Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la SantĂ©, a annoncĂ©, en fĂ©vrier 2014, la mise en place d’un fonds de transition d’un montant de 5,3 millions d’euros, rĂ©servĂ© aux structures ne pouvant assumer seules cette gratification. Elles devront en faire la demande auprès des directions rĂ©gionales de la Jeunesse, des Sports et de la CohĂ©sion sociale (DRCJS) ou des Agences rĂ©gionales de santĂ© (ARS), selon les cas, « avec l’obligation pour elles de documenter leur incapacitĂ© Ă s’acquitter de la gratification ».
La ministre s’Ă©tait Ă©galement engagĂ©e Ă dĂ©velopper les lieux de stage dans les services de l’État. « Cette enveloppe est davantage un redĂ©ploiement qu’une crĂ©ation de fonds », commente Diane Bossière.
Forte demande – Le Conseil Ă©conomique, social et environnemental a estimĂ© le nombre de stages Ă 1,6 million par an en 2012, contre 600 000 en 2006, une augmentation qui s’explique par une très forte demande, le stage Ă©tant devenu un passage obligĂ© pour valider une formation ou accĂ©der Ă un premier emploi. Avant la loi du 22 juillet 2013 relative Ă l’enseignement supĂ©rieur, on observait des disparitĂ©s entre le secteur public et privĂ© dans l’accueil des stagiaires.
Selon le rapport annuel de 2010 sur l’état de la fonction publique, le secteur privé indemnisait 49 % des jeunes pour leur stage contre 35 % dans la fonction publique.
Pour les Ă©tudiants ayant obtenu un diplĂ´me niveau licence, seuls 17 % ont perçu une indemnitĂ© dans la fonction publique contre 49% dans le privĂ©. Le montant de l’indemnisation Ă©tait, elle aussi, inĂ©gale : 70 % des jeunes dont le stage s’est dĂ©roulĂ© dans la fonction publique ont un niveau d’indemnisation infĂ©rieur Ă 400 euros, contre 53 % des jeunes dans le privĂ©.



