Les maires de banlieue en attente de transparence

Ils l'avaient annoncé : les maires de communes populaires signataires d'un appel le 14 novembre dernier, suivent de près la mise en œuvre des mesures annoncées en Conseil interministériel des villes le 29 janvier pour 3,3 Mrd €. Une visio-conférence a réuni 70 d'entre eux le 3 mai pour un bilan en demi-teinte : pour nombre de mesure, aucune méthode de déclinaison territoriale n'est encore en vue, tandis que pour d'autres, des décisions sont prises sans concertation, regrettent les élus.
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Quel bilan tirer des mesures gouvernementales en faveur des banlieues ?

Quelque 70 maires ou leurs adjoints, de tous bords politiques, de villes de tailles très différentes, situées ou non en quartiers politique de la ville, se sont connectés, le 3 mai, pour évaluer les effets des dispositions prises en janvier dernier à l’occasion du Comité interministériel des villes.

Ces élus figurent tous parmi les 200 signataires de l’Appel du 14 novembre qui avaient jeté un pavé dans la mare en interpellant le président de la République sur la situation très dégradée des quartiers et demandait à flécher 1% du plan de relancer vers leurs territoires.

En ligne de mire de cette réunion bilan : un deuxième CIV que Matignon annonce pour octobre ou novembre.

67% de maires insatisfaits des comités territoriaux

Trois mois après les annonces du 29 janvier, la mise en œuvre de ces mesures paraît aux maires encore très partielle. Fin avril, selon les informations que leur a transmises le ministère de la ville, 75% des comités territoriaux de la politique de la ville avaient tenu leur première réunion. Ces instances présidées par les préfets constituent le cadre décidé par le gouvernement pour s’assurer de la déclinaison territoriale des mesures annoncées en CIV. Mais selon un sondage flash réalisé au cours de la visio-conférence du 3 mai, les maires sont seulement 56 % à y avoir participé et 67% d’entre eux se disent insatisfaits de la façon dont ces comités sont organisés.

«J’y ai participé le 30 avril : c’était le grand flou, témoigne ainsi Jean-Pierre Bosino, maire de Montataire et vice-président de la Communauté d’agglomération Creil Sud Oise. On nous aligne des mesures liées à des appels à projet, mais rien de très précis et concret pour nos villes ». Un fonctionnement par appels à projet fustigé par tous :  « Il ne relève pas d’un mode coopératif, mais concurrentiel », estime Patricia Trodjman, maire de Gentilly. «Sur un QPV de ma ville, témoigne de son côté Rodolphe Thomas, maire d’Hérouville-Saint-Clair, cela va conduire deux associations à conduire des actions sur un même thème : «Comment repérer les invisibles » ! ». Faute de capacités d’ingénierie suffisante, certains craignent encore de devoir renoncer à répondre à certains appels à projet.

Quant à Hélène Geoffroy, maire de Vaulx-en-Velin et vice-présidente du Conseil national des villes, elle prévient : « Ces premières réunions des comités territoriaux relevaient d’une installation. La seconde doit permettre de décider d’une méthode de déclinaison des mesures et là, il pourrait y avoir des disparités ».

Rénovation urbaine : pas de nouveaux quartiers

« Le problème, pointe Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes, c’est que les préfets eux-mêmes n’ont pas de visibilité par territoires». Sur les 3,5 Mrd € annoncés lors du CIV, les élus n’ont à l’heure actuelle de certitude de fléchage que pour certains sujets.

Pour les 2Mrd€ supplémentaires affectés à l’Anru, le conseil d’administration de celle-ci a validé la méthode, a assuré Olivier Klein aux maires depuis Pau, où il effectuait sa première visite de terrain depuis le début de la crise sanitaire. «Il n’y aura pas d’appel à projets sur ces 2 Mrd €, ça n’aurait pas de sens, explique-t-il. Le NPNRU est passé de 12 à à 14 Mrd €, prêts compris, ce qui permet d’accélérer sur les 10% de projets qui n’étaient pas encore passés en comité d’engagement et de valider certains points mis de côté précédemment, grâce à une clause de revoyure ». Mais, tout en incitant les élus à l’appeler à propos de leurs projets, il apporte une réserve : «Cette clause n’est pas ouverte à de nouveaux quartiers. Pour cela, il faudra inventer une nouvelle enveloppe ».

Des répartitions « à l’aveugle »

Pour trois autres mesures, la liste des territoires retenus a également déjà été annoncée : il s’agit des nouveaux Quartiers de reconquête républicaine et Cités éducatives, et des sites d’affectation des 300 médiateurs et autant d’éducateurs spécialisés. Les critères de répartition de ces « bataillons de la prévention » avaient été évoqués en marge d’un comité de suivi du CIV animé par Jean Castex le 27 mars : priorité aux QRR, puis en fonction de différents critères d’urgence, de la gravité de la délinquance jusqu’au taux de décrochage scolaire.

Mais faute de consultation des maires, ceux-ci ressentent ces affectations comme « tombant de manière aveugle», assure Philippe Rio. « A Roubaix, confirme le maire Guillaume Delbar, on gagne presque pour chaque nouveau financement, mais sans qu’il y ait d’analyse de territoire ni concertation ».

Des rendez-vous « sécurité » et « finances locales »

Une majorité de ces élus se disant également inquiets sur les questions de sécurité, les initiateurs de l’Appel du 14 novembre ont demandé un rendez-vous au ministre de l’Intérieur. Reporté une fois pour raisons d’agenda, celui-ci devrait intervenir « dans les 15 jours », espère Guillaume Delbar. «Avec la loi de sécurité globale, les contrats de sécurité intégré et les écoles de pensée qui s’affrontent sur ses sujets, une séance de questions-réponses est plus qu’utile », estime-t-il.

Par ailleurs, pour compléter l’état des lieux, le « noyau dur » du mouvement envoie cette semaine un questionnaire détaillé aux 200 maires qui avaient signé l’Appel. L’enjeu : présenter la situation et les difficultés des communes au Premier Ministre, lors d’un rendez-vous à fixer avant les discussions sur le budget rectificatif, en juillet.

« Le questionnaire va nous permettre de chiffrer le coût de la gestion de la crise du Covid pour nos villes, commente Gilles Leproust, maire d’Allonnes. Nous avons tous eu plus d’écoles, crèches, centres de loisirs qu’ailleurs à garder ouverts, parfois en assurant la gratuité, alors qu’il a fallu assumer les Autorisations spéciales d’absence et les remplacements ». Pour faire face à cette surcharge scolaire, les élus souhaitent demander un moratoire sur la baisse de la DGF et de la DSU liée aux départs d’habitants à la suite de démolitions.

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