Le rapport (1) du 28 février du Groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) est désormais « sans équivoque » sur l’ampleur des effets du changement climatique sur les sociétés humaines et sur la nature. S’appuyant sur 34 000 articles scientifiques, les 290 auteurs réaffirment le caractère anthropique du réchauffement climatique et indiquent les mesures d’adaptation, à mener de concert avec celles d’atténuation, pour limiter la vulnérabilité et les effets en cascades. Ces derniers pourraient rapidement devenir ingérables si l’on poursuivait sur la tendance actuelle des émissions de gaz à effet de serre (GES), qui nous conduit à une hausse de la température de + 2,6 à 2,7°C en 2100…
« Une fenêtre d’opportunités brève et se refermant rapidement »
Le rapport (qui est plus précisement le 2e volet du 6e rapport du Giec) a été approuvé par 195 gouvernements, qui s’y voient rappeler leurs responsabilités et insuffisances. En effet, devant l’inaptitude des gouvernements à réduire les émissions de GES suffisamment vite, les auteurs mettent en garde : « tout nouveau retard dans la mise en œuvre d’une action préventive, concertée et mondiale, en matière d’adaptation et d’atténuation, nous fera rater une fenêtre d’opportunités brève et se refermant rapidement, permettant de sécuriser un avenir vivable et durable pour tous ».
En effet, si les émissions ne sont réduites qu’au rythme actuel, l’augmentation des températures sera particulièrement menaçante sur les points suivants :
- la production alimentaire : les cultures de base ne seront plus possibles dans de nombreuses régions et les parasites et maladies agricoles se répandront davantage ;
- l’approvisionnement en eau ;
- la santé physique et mentale humaine, du fait des températures et phénomènes extrêmes ;
- la santé d’une grande partie du monde naturel : au-delà de +1,5°C, des écosystèmes entiers seront irréversiblement perdus, notamment ceux polaires, montagneux et côtiers.
- les établissements côtiers ;
- les économies nationales.
Objectif : protéger 30 à 50 % des terres, eaux douces et mers
Le Giec préconise notamment le maintien de la biodiversité et des écosystèmes à la fois pour enrayer l’emballement du réchauffement, ainsi que pour réduire les risques liés à ses impacts. Soit une protection « effective » mais aussi « juste et équitable » de 30 à 50 % des terres, eaux douces et océans (contre actuellement 15 % des terres, 21 % des eaux douces et 8 % des océans). Sachant que leur dégradation augmente les émissions de GES. Le cercle vicieux doit donc être inversé pour devenir vertueux.
L’adaptation encore sous-financée, à petite échelle et à court terme
Le rapport souligne le retard pris dans l’adaptation de nos sociétés, notamment par l’investissement, dans les solutions fondées sur la nature. Sous-financées, les mesures d’adaptation restent fragmentées, à petite échelle et seulement adaptées aux impacts actuels et risques à court terme. En France, de nombreux domaines ignorent les contraintes de l’adaptation ou en parlent tout juste (ports, réseaux routiers, assainissement, opérations d’aménagement ou de renouvellement urbain…). Les pays en développement (PVD) qui souffrent le plus des impacts négatifs, font les frais des promesses non tenues – les pays riches n’atteignent pas les 100 milliards annuels d’aides qu’ils devaient verser aux PVD à partir de 2020, pour réduire les émissions et s’adapter.
Les possibilités d’adaptation pour la nature et les personnes, préconisées pat le Giec, comprennent :
- la gestion de l’eau dans l’agriculture,
- la diversification des exploitations agricoles,
- la restauration des forêts naturelles et des tourbières,
- la reconnaissance des droits des peuples autochtones
- la protection et la restauration des écosystèmes
- la prise en compte des risques climatiques dans la conception et la planification
- le renforcement des capacités d’accueil pour faire face à la migration
Mais l’adaptation au changement climatique a ses limites et ne sera pas suffisante, étant donné le caractère inéluctable du réchauffement en cours. Le Giec en donne une série d’illustrations :
- une hausse + 2°C ne permettra plus cultiver les cultures de base sous les tropiques, sans qu’on sache comment s’adapter actuellement ;
- les maladies et parasites agricoles se répandront davantage ;
- les habitant des zones côtières devront se déplacer au fur et à mesure de la montée des eaux, les solutions pour freiner l’érosion n’étant efficace qu’à moyen terme.
- au-delà de +1,5°C (hausse prévue dès 2040), les petites îles et régions dépendantes de la fonte des neiges manqueront d’eau douce, entraînant aussi des déplacements.
Addition des risques climatiques et déclenchement de dommages en cascade
Il est donc urgent d’accélérer l’adaptation, tout en continuant de réduire les émissions de GES. Mais au-delà de +1,5 °C, il deviendra impossible de s’adapter en respectant équité et justice sociale dans certains endroits. En outre, le danger que les risques s’additionnent ou déclenchent de nouveaux dommages en cascade plane sur tout le rapport. Un exemple : la fonte du pergélisol (sols des régions arctiques), qui libère actuellement du méthane, est connu pour être le risque majeur d’emballement du réchauffement.












