Après un été marqué par la sécheresse et des canicules éprouvantes, l’eau a logiquement été le thème retenu cette année au Salon international de l’élevage (Space), qui ‘est tenu récemment à Rennes. « On va améliorer le stockage de l’eau parce qu’en France, nous sommes trop peu stockeurs d’eau » y a promis Annie Genevard, ministre de l’Agriculture.
Le stockage artificiel de l’eau est régulièrement présenté comme la meilleure réponse à la crise agricole. La très critiquée loi d’urgence agricole (Upsa), votée en août dernier, prévoit d’ailleurs de doubler ces retenues artificielles d’ici 2035. Que peut-on attendre de cette mesure ?
De nouveaux stockages possibles
Tout d’abord, la France regorge de stockages d’eau stagnante de toutes sortes, créés artificiellement dans une cuvette ou derrière un barrage : plans d’eau, retenues agricoles, réserves et autres « bassines ». Un inventaire national a dénombré 1,5 retenue par km2 en France, soit un stockage cumulé de 17 milliards de m3 sur 500 000 ha.
Ensuite, il est trop tôt pour connaître l’ampleur réelle des créations de retenues d’eau. Ainsi, Chambres d’agriculture France ne dispose pas « de données consolidées permettant de mesurer à l’échelle nationale l’évolution des demandes de retenues d’eau depuis cet été. Ces projets relèvent le plus souvent d’initiatives individuelles dont l’aboutissement dépend de multiples paramètres réglementaires, financiers et organisationnels ».
L’agence de l’eau Loire-Bretagne, comme celle de Rhin-Meuse, n’a pas vu de nouvelles demandes à ce jour. Cependant, cela pourrait émerger puisque « ces stockages sont finançables dans le cadre du 12e programme, s’ils s’intègrent dans un projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) approuvé et dans un objectif de retour à l’équilibre » précise Loire-Bretagne.
Des impacts différents selon le type de retenues
« Nous ne sommes pas opposés par principe au stockage de l’eau, si c’est pour l’élevage, pour maintenir des prairies et la qualité de l’eau. Mais dans ce cas, ce sera de petits stockages ponctuels, sans commune mesure avec ceux de Ste Soline dans le marais poitevin. Dans notre bassin, l’irrigation ne représente d’ailleurs que 2 % des prélèvements » précise Audrey Bardot, présidente du comité de bassin Rhin-Meuse.
Des réserves de substitution aux retenues collinaires, l’impact des retenues est bien sûr différent selon leur taille, mais aussi l’origine de l’eau : eau de pluie, rivière, nappe phréatique. Le modèle le plus impactant est celui des mégabassines. « Les mégabassines sont d’énormes réserves qui pompent dans la nappe et sont sujettes à l’évaporation et au développement microbien. Au final, on a peu d’eau et de mauvaise qualité. Alors que la meilleure solution est le stockage dans la nappe phréatique » expose Luc Aquilina, professeur à l’Université de Rennes, spécialiste de l’eau et des territoires.
Faire évoluer le système agricole
Si pour le court terme, certains stockages sont indispensables pour maintenir certaines exploitations agricoles, ça ne suffira pas à résoudre la crise. « Certaines plantes meurent malgré l’irrigation. Les systèmes actuels ne sont pas capables de résister à de telles températures. Or, les projections climatiques montrent que 2026 ne sera plus un événement exceptionnel. On a 10 ans pour faire évoluer le système agricole : planter des arbres, sortir du maïs et du régime intensif pour avoir des exploitations plus petites et plus diversifiées, etc. » développe l’hydrogéologue.
La solution du stockage de l’eau est directement liée à l’idée que le trop plein d’eau en hiver ne sert à rien et doit être stocké pour l’été. Mais c’est ignorer le fonctionnement du cycle de l’eau. « Cette eau est vitale pour les zones estuariennes, élément clé pour nos écosystèmes, les ressources halieutiques, la pêche et la conchyliculture » explique-t-il.
Retenir l’eau dans le sol
En fait, le problème n’est pas tant le manque d’eau, que notre capacité à la retenir dans les sols. « Si l’eau s’écoule si vite l’hiver, c’est parce que les zones humides ont été drainées, les haies arrachées, etc. L’eau ne peut donc plus s’infiltrer dans les nappes » poursuit l’hydrogéologue.
Seule, la solution des retenues d’eau ne résoudra donc pas le problème. « Il faut dès maintenant, et en même temps, développer d’autres solutions pour favoriser le stockage naturel. Avoir comme boussole uniquement le stockage artificiel est une grave erreur. En outre, plus on attend et plus on va fragiliser le système. Mais pour l’instant, la position de la FNSEA est de maintenir le système intensif actuel, coûte que coûte » constate Luc Aquilina.












