Ces communes qui plantent des jardins-forêts, nourriciers pour les corps et les esprits

Les villes souhaitent développer des îlots de fraîcheur pour lutter contre le réchauffement climatique et créer des sites de sensibilisation à la protection de la biodiversité. Lieux de partage de connaissances, les jardins-forêts sont nourriciers et ouverts à tous – particuliers, centres sociaux, établissements scolaires ou associations. Les communes s’appuient sur l’implication des citoyens, et des agents pour imaginer, planter, entretenir et animer ces jardins publics participatifs.
Réservé aux abonnés
Les pommiers ont du succès

Chiffres clés

  • 15 jardins communaux ont été élaborés avec l’expertise de l’association La Forêt gourmande depuis 2019. L’association fondée par Fabrice Desjours a notamment accompagné Sainte-Eulalie, Saint-Julien-en-Genevois, Les Ulis et Cluny. Elle est considérée comme pionnière sur le sujet. Depuis, la thématique se développe et d’autres associations voient le jour.

A Sainte-Eulalie, Cahors ou Cluny, les habitants peuvent se promener dans des jardins publics pas comme les autres. Au sein de ces espaces verts, toutes les plantes – arbustes, aromates, arbres fruitiers ou encore lianes – sont comestibles. C’est le principe d’un jardin-forêt. Ce modèle agricole « est un peu le système parfait », insiste Sarah Jaubert, première adjointe au maire des Ulis (24 800 hab., Essonne), où ce type de jardin nourricier a été planté en décembre.

Aux yeux de l’élue, les jardins-forêts présentent de nombreux avantages pour la transition écologique. Ils « stockent du carbone, donnent un refuge pour la biodiversité et sensibilisent », énumère-t-elle. Ces jardins, qui s’inspirent du fonctionnement des forêts, nécessitent à terme très peu d’eau.

Réponse à la crise climatique

De plus, les espèces qui y figurent sont adaptées au réchauffement climatique. « On se tourne vers des espèces du Sud plus solides, comme les figuiers, les amandiers ou les oliviers », décrit ­Isabelle ­Rossat-Mignod, adjointe ­chargée de la transition environnementale et citoyenne de Saint-Julien-en-­Genevois (14 100 hab.), en Haute-Savoie. Dans cette commune, un jardin-forêt a été planté en novembre.

Nicolas Marko, conseiller municipal de Cluny, ajoute à ces avantages, la possibilité de parler de sécurité alimentaire avec les habitants. « Dans le cas de cultures pérennes, comme les arbustes, s’il y a un coup de grêle, ça repart derrière. C’est moins aléatoire en termes de résultat que les cultures annuelles. » Multiplier les cultures permet également de partager les risques d’aléas climatiques entre différentes espèces.

Tandis qu’à Cahors (19 300 hab., Lot), l’initiative est venue d’une association, dans d’autres communes telle Sainte-­Eulalie (4 600 hab., Gironde), Cluny ou Les Ulis, le projet a été lancé par la mairie. Avant d’aller chercher des pelles et des pioches, ces municipalités se sont évertuées à sensibiliser les habitants et de potentiels partenaires, comme les centres sociaux et les établissements scolaires. Plusieurs communes ont fait appel à l’association La Forêt gourmande pour proposer des ateliers et ainsi former les habitants intéressés.

Nouveau modèle agricole

Sur les sites des Ulis, de Sainte-­Eulalie et de Saint-Julien-en-­Genevois, les agents des espaces verts ont également été instruits des techniques de jardinage propres à ces modèles agricoles.

Ces moments de formation sont essentiels pour assurer la pérennité du projet qui nécessite, notamment au début, l’investissement d’habitants ou d’agents pour assurer, par exemple, l’arrosage des jeunes arbres. La ­deuxième phase de préparation est celle de l’élaboration des plans. « On va sur site pour imaginer ce qu’on veut, comment on le veut », décrit ­Isabelle Rossat-Mignod, qui a porté le projet de Saint-Julien-en-­Genevois avec un groupe de citoyens. Suit le choix des essences. Ce n’est qu’après ces préparatifs que la plantation peut débuter. A Cluny comme à Cahors, ce travail a été essentiellement pris en charge par des bénévoles, deux associations étant gestionnaires du jardin-forêt. Tandis qu’à Saint-Julien-en-Genevois, la mairie, qui disposait encore de fonds sur les 28 000 euros provisionnés pour le jardin nourricier, a choisi de faire appel à une entreprise.

Si la taille du terrain compte pour beaucoup dans les choix opérés, le budget également. A Cluny, sans compter le prix de l’achat du terrain (1 000 mètres carrés), la commune a déboursé un peu moins de 12 000 euros pour le jardin, dont les premières essences ont été plantées à l’automne 2021. Cette somme intègre les formations, la préparation du terrain, l’achat de plants et de matériels.

Voisins solidaires

A Sainte-Eulalie, où le jardin s’étend sur un hectare et demi, l’achat du terrain en 2019 a coûté 35 000 euros puis 60 000 euros ont été abondés en 2020 pour l’installation du jardin qui comporte deux mares. Depuis, le budget annuel attribué au jardin par la commune, qui n’a pas délégué la gestion du lieu à une association, est d’environ « 12 000 à 15 000 euros », estime l’édile, Hubert Laporte. Certaines communes ont pu bénéficier de subventions. A Sainte-Eulalie, un coup de pouce est venu du département ; à Cluny une aide a été attribuée par l’Etat et la région ­Bourgogne – Franche-Comté ; tandis qu’aux Ulis, le soutien est venu de la communauté d’agglo Paris-Saclay.

Hubert Laporte, le maire de Sainte-Eulalie, affiche sa satisfaction. « Le jardin est un lieu d’apprentissage participatif pour la protection de la biodiversité, décrit-il. Les habitants ont envie de reproduire les techniques chez eux. » Pour Johann Vacandare, à Cahors, le succès est également au rendez-vous. « Dans un quartier, qui était résidentiel, une solidarité de voisinage s’est créée. Une centaine de personnes gravitent désormais autour de l’association et trois particuliers développent à leur tour leur ­jardin ­agroécologique. »

Focus

Un collectif a signé une convention avec la mairie et assure la gestion

Nicolas Marko, conseiller municipal

Nicolas Marko, conseiller municipal

A Cluny (4 800 hab., Saône-et-Loire), des élus se sont intéressés au modèle de jardin-forêt peu de temps après leur élection en 2020. Convaincus de l’intérêt du concept pour leur petite ville, ils se sont efforcés d’intégrer les habitants au projet. « La stratégie était d’outiller les gens et de constituer une association à qui nous pourrions déléguer la gestion. Car, nous n’en avions pas les moyens », confie Nicolas Marko, conseiller municipal. Pour associer la population, les élus ont choisi un terrain attractif. Le regard s’est porté sur le cœur historique de la commune. Ensuite, « il faut accompagner en proposant des ateliers », insiste l’élu. Plusieurs personnes présentes à ces rendez-vous font désormais partie de l’association Les Jardins d’avril. Ce collectif a signé une convention avec la mairie pour prendre en charge la gestion du lieu. Selon Nicolas Marko, qui fait partie des bénévoles, l’orga­nisation peut encore être perfectionnée. « L’entretien n’est pas simple. L’arrosage s’est bien passé, mais il faut encore se former pour la gestion de l’enherbement. » Autre point qui pourrait être amélioré : le rythme des rendez-vous. « Normalement, on devait se retrouver un samedi par mois, pour entretenir le jardin. C’est en train de glisser vers une organisation plus souple pour que les personnes puissent venir quand elles sont disponibles. »

Contact : Nicolas Marko, 03.85.59.05.87.

Newsletter Le Quotidien
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Conférence
CLUB DGSOpens in new window
Rencontres entre DGS des collectivités et dirigeants du secteur privé
1 AOÛ. - 31 DÉC. 2026
Paris
Programme et inscriptionOpens in new window
Conférence
TERRITOIRE & ENERGIESOpens in new window
Collectivités, industriels, énergéticiens : l'événement pour accélérer la production locale d’énergie décarbonée
15 Septembre 2026
Paris
Programme et inscriptionOpens in new window
Conférence
FORUM NUMÉRIQUE IAOpens in new window
L’IA dans les collectivités, servir les agents et les citoyens
17 Septembre 2026
À Paris et en ligne
Programme et inscriptionOpens in new window