[La série de l'été] Espaces verts

Des forêts urbaines en germe

Par • Club : Club Techni.Cités

Des projets de forêt urbaine émergent, notamment des microforêts participatives inspirées de la méthode du japonais Miyawaki. Cette nouvelle tendance est également l’opportunité de développer une trame verte urbaine riche en services écosystémiques.

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Alors qu’elles mettent en place des actions pour réduire leur consommation énergétique, les collectivités engagent désormais des politiques visant à réduire leur impact sur le changement climatique. Cet été, nous plongeons dans cette thématique via une websérie. Chaque semaine, quatre familles d’actions seront explorées avant de découvrir, ensuite, des outils pratiques. Le thème de cette semaine est l’aménagement.

Bientôt des forêts urbaines plantées en plein Paris, sur le parvis de l’hôtel de ville ou de la gare de Lyon. L’annonce faite en 2019 par Anne Hidalgo semble à première vue tenir de l’utopie urbaine ou d’une communication zélée… « En écologie, il y a des effets de mode. On a eu les toitures végétalisées, les ruches en ville, les jardins partagés, les potagers et maintenant les forêts urbaines. En termes de définition, on ne peut pas parler de forêt sous une superficie de 0,5 ha. La notion de sol vivant est également fondamentale. Seuls des arbres plantés en pleine terre, en continuité avec la roche mère et la nappe phréatique, sont vraiment susceptibles de recréer un écosystème forestier ayant un potentiel de biodiversité et de rafraîchissement urbain », confirme Marc Barra, écologue à l’agence régionale de la biodiversité en Ile-de-France.

Mais alors que penser des projets qui émergent aujourd’hui en France sous l’appellation de forêt urbaine ? « Des arbres plantés sur des revêtements perméables ne seront jamais des forêts au sens écologique du terme. En revanche, les projets qui laissent la nature reprendre ses droits en milieu urbain comme les forêts Miyawaki vont dans le bon sens. Malgré leur petite superficie, elles contribuent à étoffer la trame verte urbaine », juge-t-il.

Le boom des microforêts participatives

Le botaniste japonais Akira Miyawaki a conçu une méthode de reforestation naturelle et frugale qu’il applique depuis quarante ans au Japon et en zone tropicale. Elle vise à reconstituer des forêts indigènes sur des milieux fragilisés grâce à des espèces locales, en plantant de jeunes arbres en pleine terre sur un sol paillé, permettant la croissance rapide d’une forêt multistrate très dense (3 arbres/m2). Sa méthode fait aujourd’hui de nombreux adeptes, parmi lesquels des entreprises spécialisées et des collectifs associatifs qui la mettent en œuvre en mode participatif.

L’entreprise belge Urban Forests, créée en 2016, reconstitue des écosystèmes forestiers sur des surfaces réduites. « Nous plantons avec les citoyens volontaires des forêts urbaines de 100 à 3 000 m2 en milieu urbain et périurbain. Notre objectif est de créer rapidement des mini-écosystèmes proches des quartiers pour reconnecter les habitants à une nature fonctionnelle de proximité », souligne Nicolas de Brabandère, fondateur d’Urban Forests. Ces microforêts, composées de quinze à trente espèces locales, deviennent autonomes en entretien et en eau au bout de trois ans, même si les sécheresses estivales récurrentes peuvent nécessiter des aménagements low tech d’infiltration des eaux pluviales pour alimenter les sols.

« Sur le long terme, 90 % des espèces survivent. On obtient des forêts sauvages, à étages de végétation dense, constituées d’arbres effilés où il n’est pas possible de circuler sans sentiers prévus à cet effet. Elles constituent ainsi un sanctuaire de biodiversité et un îlot de fraîcheur urbaine », observe Nicolas de Brabandère. Avec vingt-deux projets déjà réalisés, dix-sept en Belgique et cinq en France, et d’autres programmés cet automne, Urban Forests voit plutôt la tendance tirée par des maîtres d’ouvrage privés (particuliers, collectifs associatifs, industriels et promoteurs immobiliers). « Pour créer une forêt Miyawaki, il faut être audacieux car c’est nouveau dans le paysage. Les collectivités restent un peu frileuses mais les collectifs citoyens qui se montent aujourd’hui autour de ces projets pourraient les embarquer plus largement ».

L’association Boomforest a déjà créé deux forêts sur les abords du périphérique parisien, soutenue par le budget participatif de la capitale. À Nantes, Minibigforest s’inscrit aussi dans cette démarche et à Toulouse, le collectif Microforêts Toulouse, formé par Urban Forests, a créé en mars 2020 sa première forêt Miyawaky. Il a été soutenu financièrement par la métropole qui lui alloue le terrain sur trois ans. Les 1 200 arbres plantés avec une école sur un site de 400 m2 à proximité du périphérique devraient constituer une barrière visuelle et réduire la pollution atmosphérique. Microforêts Toulouse y organisera des ateliers de sensibilisation et un suivi de la biodiversité avec le bureau d’études Ecotone. Le collectif va également accompagner la création de huit nouvelles forêts urbaines soutenues par un appel à projets de la région. « Nous travaillons avec des porteurs de projets volontaires. La commune de Launaguet est déjà partante, ainsi que des bailleurs sociaux et des entreprises comme Vinci qui nous donne accès à un terrain de 3 000 m2 », explique Eugénie Lacombe, coordinatrice de Microforêts Toulouse.

La forêt urbaine, une vision territoriale

Pour Élisabeth Fournier, coordinatrice paysage et nature de Bordeaux Métropole et vice-présidente d’Hortis, qui rassemble les responsables d’espaces verts, les collectivités n’ont cependant pas attendu que les forêts soient à la mode pour en planter. « C’est un peu comme M. Jourdain et sa prose, toutes les collectivités font pousser des arbres mais sans pour autant avoir formalisé le concept de forêt urbaine ».

Ce concept est développé par certaines pionnières comme le Grand Lyon qui lui préfère celui de foresterie urbaine. « Nous considérons que c’est l’ensemble des arbres de notre territoire qui constitue une forêt urbaine par un continuum végétal compact ou diffus, présent sur le domaine public comme privé. Nous l’étudions donc par le prisme de la science forestière (écologie, foresterie), des compétences urbaines (urbanisme, paysage) et de la sociologie qui éclaire les relations entre les humains et les arbres. Nous utilisons pour la suivre l’indice de canopée – le rapport entre la superficie de l’ombre projetée des arbres et la superficie du territoire – qui traduit bien l’idée de forêt diffuse », détaille Frédéric Ségur, responsable ingénierie et prospective au service espaces verts du Grand Lyon.

La métropole, qui élabore actuellement avec les acteurs locaux son plan Canopée, cherchera notamment à améliorer l’équité environnementale de sa canopée. « Certaines communes sont beaucoup mieux loties que d’autres en patrimoine arboré et nous voulons réduire cette fracture territoriale. Nous soutiendrons dans une logique opportuniste tous les projets qui participent à renaturer la métropole. Si les initiatives participatives sur les microforêts plaisent aux citoyens et se multiplient, tant mieux. Elles n’auront pas forcément de meilleurs résultats en termes de surface de canopée que d’autres formes de plantation mais ce que nous cherchons, c’est d’enclencher une dynamique à grande échelle sans opposer les projets », souligne le responsable du Grand Lyon qui envisage de reboiser plusieurs dizaines d’hectares de délaissés le long des voies rapides métropolitaines, de créer des forêts sur les nouveaux sites de captage d’eau potable et de protéger les friches urbaines. Car les friches sont aujourd’hui les espaces les plus riches en biodiversité urbaine et elles évoluent naturellement en forêts sauvages.

Dijon agrandit sa trame avec la forêt des enfants

Chaque année depuis 2014, la ville de Dijon, soutenue par la métropole, invite les familles du territoire à planter un arbre à la naissance de leurs enfants. De jeunes plants de 60 à 80 cm sont sélectionnés parmi des espèces indigènes et recréent des trames arbustives sur un terrain de 180 ha racheté par la métropole pour développer l’agriculture biologique. « Notre forêt urbaine atteint déjà 2 500 arbres. Elle est située à 10 minutes du centre-ville et connectée à notre parc naturel périurbain de 400 ha. Nous améliorons ainsi le maillage de la trame verte urbaine », explique Jacques Milder, responsable des espaces verts de la ville de Dijon. Avec un patrimoine de 46 000 arbres, Dijon compte un arbre pour trois habitants. « Si l’arbre a intrinsèquement de l’intérêt pour améliorer l’environnement urbain, la grosse différence entre un arbre d’espace vert et un arbre de forêt est lié à la présence dans une forêt de strate intermédiaire qui favorise la biodiversité. Dans le parc de la Colombière, nous avons arrêté l’entretien des pieds d’arbres pour laisser apparaître un sous-bois ».

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