Entreprise de l’économie sociale et solidaire fondée en 2021 par Marius Drigny, ancien étudiant de Sciences-po, Ville à Joie a réalisé 220 tournées d’une demi-journée en 2022, apportant commerces, services publics et de santé dans des communes de moins de 1 500 habitants de la Nièvre, de la communauté de communes du pays Châtillonnais (Côte-d’Or), des pôles d’équilibre territorial et rural (PETR) pays interrégional Bresle-Yères (Somme, Seine-Maritime), Seine en plaine champenoise (Aube) et Centre-Cher (Cher).
« On amène de l’activité dans de petits villages où il ne se passe rien ou presque, explique Marius Drigny. Pour optimiser déplacements et hébergement, il faut d’abord trouver sept ou huit villages intéressés où nous réaliserons deux tournées successives. Pour cela, les PETR ou les petites intercos, où l’on a repéré des actions de revitalisation ou en faveur de l’accès aux services, sont de bons relais. »
Sono, stands, restauration…
Il s’agit ensuite de convaincre les intervenants potentiels. La communication grand public utilise des supports multiples : affiches, bâches, réseaux sociaux, presse locale, flyers en boîtes aux lettres, relais des conseillers municipaux et bouche-à-oreille.
Ville à Joie teste d’abord une tournée avec quinze dates. En cas de succès, l’équipe revient avec plus de dates. Cinq jeunes en moyenne sont mobilisés par tournée : « Ils installent sur la place du village une sono, des tables, des stands, des espaces de restauration… » décrit Marius Drigny. L’après-midi, de stand en stand, les habitants profitent des commerces ou de l’espace France Services, rencontrent un opticien, etc. L’événement se veut festif avec, en soirée, un repas et des animations : karaoké, blind test, concours…
Les communes ne paient rien
Forte de son agrément d’entreprise solidaire d’utilité sociale, Ville à Joie bénéficie d’aides spécifiques : 200 000 euros de la région sur quinze ans pour des investissements (une maison pour les saisonniers, un véhicule, etc.).
Une tournée test coûte 32 000 euros pour quinze dates, financés à 20-30 % par le PETR ou l’interco, le reste par l’Etat, le département… les communes ne déboursant rien. Dans le cas d’une deuxième tournée, comme dans la Nièvre avec 130 dates en 2022, le coût est dégressif. Et après les tournées ? Idéalement, Ville à Joie devrait revenir régulièrement, comme elle le fait dans la Nièvre, « ce qui l’incite à aller vers un modèle économique plus indépendant », selon Eric Guyot, président du PETR Val de Loire Nivernais. Les villages sont de fait trop petits pour une installation pérenne de commerçants ou de services.
En revanche, « certains intervenants qui n’avaient jamais fait d’itinérance ont transformé l’essai en revenant eux-mêmes sans nous, comme un opticien, ou la Croix-Rouge pour une formation à l’utilisation de défibrillateurs », apprécie Marius Drigny.
Contact. Marius Drigny, fondateur, marius@villeajoie.fr
Focus
« Une action positive que nous renouvelons »
Eric Guyot, président du pôle d’équilibre territorial et rural du pays Val de Loire Nivernais (110 communes, 147 000 hab., Nièvre)
« Nous avons proposé à six de nos communes de moins de 1 000 habitants n’ayant pas ou peu de services de recevoir une tournée Ville à Joie en 2021. Après un temps de cadrage avec les élus des communes concernées et d’enquête auprès des habitants, qui nous a d’ailleurs aidés à écrire notre projet de territoire, nous avons mobilisé les services et les acteurs locaux : professionnels de santé, comités des fêtes, associations, etc. Pour accoler à l’évènement une fête de village, des cafés ou associations ont été sollicités afin de tenir une buvette. Les retours sont positifs : on avait prévu la détection de situations de prédiabète, des espaces France Services… En 2022, les tournées ont concerné une vingtaine de communes, de mai à octobre, et sont renouvelées cet hiver. »












