La flambée des prix de l’énergie affecte les collectivités au point d’avoir conduit l’AMF et l’APVF à demander au gouvernement de prendre des mesures exceptionnelles (voir Focus). Dans quelle proportion votre commune, Brazey-en-Plaine (Côte-d’Or), est-elle concernée par ce phénomène ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : nous sommes en pleine préparation budgétaire et le syndicat d’énergie Siceco, gestionnaire du groupement de commandes auquel on adhère pour la fourniture de gaz, nous a recommandé de multiplier par trois notre budget prévisionnel pour cette seule énergie, qui représente 80% de la consommation de nos bâtiments publics. Nous devons donc nous attendre à une facture annuelle d’environ 300 000 euros. Alors que notre budget de fonctionnement est de l’ordre de deux millions. Sans parler de la hausse des prix de l’électricité ou du gasoil – une charge conséquente pour une commune rurale comme la nôtre, dotée d’une flotte de tracteurs, de petits camions ou encore de tondeuses. Cela met en danger nos finances locales. Notre capacité d’autofinancement pourrait même être réduite à pratiquement zéro.
Quelles solutions envisagez-vous ?
Je n’ai pas de solution miracle. Je dois juste me poser la question de nos
volumes de consommation d’énergie et du type d’énergie utilisée pour nos locaux. Sur le premier point, nous appelons les utilisateurs de nos bâtiments publics à être extrêmement vigilants. Dans la mesure du possible, nous baisserons le niveau du chauffage. Par exemple, dans le gymnase. Le confort sera moindre, mais on se réchauffe vite quand on fait du sport, et on demandera aux gens de plutôt prendre une douche chez eux, la température étant susceptible d’être ramenée à 14 degrés dans les vestiaires. Il est en revanche bien sûr hors de question de réduire, a fortiori de couper, le chauffage dans les écoles. Il nous a aussi été recommandé de suspendre des activités, or, on sort d’une période de restrictions. On ne peut pas s’arrêter de vivre non plus.
Changer d’énergie pour le chauffage serait une option pour réduire vos factures, disiez-vous ?
La situation actuelle m’amène en effet à m’interroger sur le choix de chauffer nos bâtiments publics au gaz, une énergie qu’on nous a vantée pendant des années comme offrant le meilleur rapport qualité-prix et présentant un moindre risque de dérive par rapport à l’électricité. Cela dit, si l’on regarde d’autres sources, l’électricité est fortement consommatrice dans le domaine du chauffage et les prix y augmentent eux aussi, même si c’est dans une moindre mesure. Et le bois flambe en ce moment. On avait déjà envisagé d’y recourir, mais le village est étendu et cela nécessiterait un réseau suffisamment dimensionné, ainsi que de refaire la voirie – j’ai 26 kilomètres de voirie… Et puis, il nous aurait fallu trouver un lieu pour accueillir une chaufferie.
Une autre solution, à plus long terme et plus durable, passe par la rénovation énergétique…
Ce n’est pas si simple que cela. Nombre de nos bâtiments publics sont anciens, voire historiques. Ce qui en complique la rénovation pour les rendre moins énergivores. J’ai une belle et grande église, classée : je ne peux pas mettre du triple vitrage, faire du flocage à l’intérieur et l’isoler par l’extérieur. Ma mairie est installée dans un bâtiment en pierre du XIXe siècle : on est en train de changer les fenêtres, c’est un budget très important, et on n’arrivera pour autant pas à atteindre les nouvelles normes RE2020. Je pourrais aussi vous parler du château, réhabilité, dans lequel on a créé des logements sociaux. On a installé l’an dernier dans certains bâtiments publics des régulateurs, modulant le niveau de chauffage selon le type et la période d’utilisation, ainsi que des détecteurs de présence. On peut ainsi réaliser des économies de l’ordre de 10, 15, voire 20%, mais pas au-delà.
Que pensez-vous de la demande de l’APVF au gouvernement de verser une « dotation énergie » aux communes ?
La mesure serait salutaire, mais provisoire. J’ai alerté les parlementaires de mon département. Quand les factures arriveront, ce sera dramatique. Et on ne peut pas imaginer sur la durée des budgets de fonctionnement avec de tels coûts énergétiques.
Focus
« Des maires sonnés »
L’une, l’Association des petites villes de France (APVF), demande au gouvernement la création d’une « dotation énergie », mesure de compensation « simple et rapide à mettre en œuvre » pour affronter une augmentation du prix de l’énergie qui « menace l’équilibre financier des collectivités, déjà mis à mal par la crise du Covid ». Elle appelle chaque commune à adopter une motion en ce sens.
Deux autres, l’Association des maires de France (AMF) et la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), réclament des aménagements « rapidement », comme la possibilité de revenir au tarif réglementé de vente (TRV) d’électricité, afin de permettre aux collectivités « de préserver la continuité de leurs services publics locaux ».
Trésorière de l’APVF, membre du bureau de l’AMF et vice-présidente de la FNCCR, la maire de Bourg-de-Péage (Drôme), Nathalie Nieson, regrette que le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, « un ex-président de l’APVF », souligne-t-elle, ait jusqu’ici « fermé la porte » aux revendications des collectivités. Alors que le gouvernement rejette cette demande et juge la hausse des prix de l’énergie « pas significative » pour les budgets locaux, l’élue témoigne au contraire de maires « sonnés par ces augmentations fulgurantes », et face à deux options, en forme de dilemme : « Soit augmenter les recettes, cela passe par la pression fiscale et on est nombreux à ne pas vouloir le faire ; soit diminuer les dépenses d’investissement ou renoncer temporairement à des actions. »












