Un cri du cœur. C’est comme cela qu’Hervé Chérubini, maire (sans étiquette) de Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), qualifie le message posté sur Facebook, quelques heures après l’annonce du nouveau gouvernement, samedi 21 septembre. « J’ai pris les noms un par un, regardé les lieux de leurs dernières fonctions politiques et le résultat est flagrant : personne ne représente le sud, qui constitue pourtant 20% du territoire national, déplore-t-il. S’il reconnaît volontiers « les contraintes politiques », il estime tout de même que, « d’un point de vue géographique, l’équilibre territorial n’aurait pas été si compliqué à respecter ».
Un constat partagé par Laurent Jaoul, maire (sans étiquette) de Saint-Brès (Hérault). « Occitanie, Provence-Alpes Côte d’Azur, Corse… ça fait quand même trois régions oubliées ! » s’agace-t-il. Fustigeant un « pouvoir toujours concentré entre les mains des Parisiens », l’élu dénonce « un gouvernement qui reflète les tractations entre appareils politiques, tandis que la représentation des territoires est laissée pour compte ». Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les élus à souligner ce « manque de reconnaissance »
Casse-tête politique
Pourtant, les candidats ne manquaient pas. David Lisnard, maire (LR) de Cannes, Martine Vassal, présidente (LR) de la métropole Aix-Marseille-Provence, Renaud Muselier, président (Renaissance) de la région Sud, ou encore Christian Estrosi, maire (Horizons) de Nice… et bien d’autres élus emblématiques et politiquement compatibles auraient pu faire partie du casting. Alors, pourquoi un tel déséquilibre ?
Pour Benjamin Morel, politologue, tout est justement une question d’équilibre. Or, dans un contexte politique aussi inédit, celui-ci a viré au casse-tête. « Nous sommes face à des équations de plus en plus complexes : il faut d’une part respecter les équilibres politiques ce qui était excessivement complexe compte tenu de la composition de l’Assemblée nationale et des vetos des uns et des autres, explique-t-il. D’autre part, vous devez respecter l’impératif de parité. Ce qui fait deux règles très contraignantes, auxquelles s’ajoute celle de la répartition géographique… » Mais ce critère semble désormais moins important, compte tenu de l’évolution des partis politiques. « Auparavant vous deviez à tout prix contenter les grosses fédérations pour obtenir les bons soutiens dans le parti. Aujourd’hui, c’est moins nécessaire », justifie Benjamin Morel.
L’absence de ministre représentant le sud pourrait aussi s’expliquer par la situation politique de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, estime Béatrice Giblin, géographe : « C’est une région sensible avec des tensions internes à la droite importantes, de grandes ambitions et une instabilité sur la métropole Aix-Marseille-Provence. Quand on a des poids solides, on n’a pas intérêt à les emmener sur Paris. » Une prudence qui peut aussi être reliée au fait que l’ancrage du RN y est de plus en plus fort. « Si tel est le cas, c’est la double peine, remarque Hervé Chérubini. Au contraire, je pense que c’est l’inverse qu’il faut faire. Si on veut s’inscrire dans un esprit de reconquête il faut être offensif en nommant des ministres là où les élus RN sont implantés. »
Manque de visibilité
Les élus locaux estiment que cette non représentativité est un sérieux manque à gagner. « Même si nous avons des présidents d’exécutifs avec de fortes personnalités, c’est mieux d’avoir le relais d’un ministre, souligne le maire de Saint-Rémy-de-Provence. Tout le monde sait que lorsque vous n’êtes pas autour de la table, les décisions ne vous sont pas favorables. » A cela s’ajoute une question de visibilité, quand on sait que les ministres se déplacent plus souvent dans leurs fiefs.
« Cela peut constituer un atout », confirme Benjamin Morel qui invite tout de même à relativiser le poids des ministres au niveau local. Plus efficace qu’un ministre ou un secrétaire d’Etat, il estime que sur certains dossiers, avoir un président de groupe à l’Assemblée nationale, un président de commission ou un député influent vaut mieux pour faire valoir ses problématiques locales.












