Il y a dix ans, les directions des finances, ont dû, sous l’impulsion de la DGFIP, s’engager dans le parcours de la dématérialisation de la chaîne comptable. « Aujourd’hui, il reste encore des chantiers comme les certificats de paiement ou les factures émises par le laboratoire départemental d’analyses mais globalement, la direction a fait sa mue » reconnait Lucile Viorney, la DGA Finances et territoires de l’Ain.
« L’impulsion de l’État a privilégié dans un premier temps les relations avec les usagers. Plus récemment, les collectivités se sont équipées pour leur back-office mais il reste certainement à optimiser l’utilisation de ces logiciels. Le travail sur la prospective et le traitement des données restent encore à enrichir » tient à préciser Serge-Alexis Caumon, directeur en charge du secteur public d’Inetum Software, entreprise de services et de solutions digitales. Et d’ajouter : « confrontés à la baisse des DMTO, les départements nous ont fortement sollicités ces derniers mois pour l’acquisition de modules complémentaires permettant d’anticiper et de s’adapter aux baisses de ressources ».
Le coût : le nerf de la guerre
Selon la dernière note de conjoncture DATA de la Poste, en recourant aux données, les collectivités territoriales placent en tête de leurs attentes, l’amélioration des politiques qu’elles engagent, notamment par une réduction des coûts. Dans un contexte budgétaire tendu, les outils de digitalisation des différents services imposent des connexions croissantes avec la direction des finances.
Les services s’interrogent également sur le coût de l’énergie par bâtiment, celui d’un animal dans un zoo ou encore celui d’un salarié au vu de son ancienneté et de sa performance…. Pour les collectivités les plus avancées dans la digitalisation et qui sont le plus souvent les plus grandes, revient la sempiternelle question : jusqu’où construire ces interfaces pour enrichir les données ?
L’enrichissement agile des données
Les premiers ponts se sont naturellement mis en place entre la direction des RH et celle des finances pour la gestion de la paie. «Avec 201 logiciels, le Département privilégie les interfaces nécessaires ; c’est le cas du logiciel public sur l’autonomie et celui des RH (pour la gestion de la paie) en interface total avec celui des finances » rajoute Hervé Monnet.
Non seulement les fournisseurs de logiciels revoient la mise en forme de leurs outils pour les rendre plus accessibles mais ils changent également de stratégie comme Inetum Software qui conçoit des outils permettant un usage ouvert des données dans tout l’écosystème de la collectivité. Inexorablement, les données se croisent de plus en plus comme l’illustre le budget vert qui va imposer d’évaluer les dépenses selon des objectifs environnementaux, plaçant les directions des finances au cœur des assemblages en cours.
La gouvernance des données
« La transition numérique avec une base de données unique est au cœur du projet d’administration du département confirme Lucile Viorney. Cela suppose une interopérabilité, une sécurisation, un toilettage et une fiabilisation des données. Nous allons nous appuyer sur les services les plus avancés, comme les finances ».
Depuis un an, le département de l’Isère a installé un outil DATA de visualisation et de vulgarisation des données financières à l’usage des managers de la collectivité pour suivre en temps réel l’évolution de leur budget. « C’est un embryon de système d’information décisionnel » reconnait Hervé Monnet.
La ville de Lyon vient de s’équiper d’un nouvel outil de planification financière, une «ombrelle » permettant de réunir et de connecter toutes les données des progiciels et donc de casser les silos entre services. « Pigment est un système agile, une page blanche dans lesquelles nous allons construire et ajouter des briques au fur et à mesure » se félicite le directeur des finances de la ville, Cédric Rouzée.
Pour une déclinaison de scénarios de performance
Lyon et Marseille et la Région Ile-de-France (pour la gestion des lycées) viennent de s’équiper. «Pigment répond au besoin de gestion de l’incertitude, en identifiant la meilleure trajectoire pour réduire les écarts entre la prédiction et le réalisé. » résume Jérôme Relinger, responsable commercial du secteur public de la société Pigment.
Qualifié de «centre unique de vérité » par son promoteur, l’outil va permettre aux gestionnaires de multiplier les scénarios pour projeter les impacts financiers des politiques publiques. La ville de Lyon qui crée un simulateur d’énergie dans le cadre de Lyon 2030 (zéro carbone) va pouvoir récupérer toutes ses données de consommation et les qualifier en fonction de l’évolution des prix et de la consommation pour réaliser des hypothèses de budgets. « Les gestionnaires en charge du Budget vert et de la Transition écologique auront par exemple la possibilité de modéliser l’impact CO2 des trajets pendulaires domicile-travail des salariés, afin de mesurer l’effet du télétravail sur les facteurs d’émission » rajoute Jérome Relinger.
Une digitalisation pour un pilotage automatique ? Cédric Rouzée rappelle que « la performance consiste à analyser l’atteinte des objectifs définis par les élus et à trouver des solutions pour obtenir des résultats ».












