Une semaine après la nomination de son nouveau gouvernement, le président de la République a voulu fixer le cap de son action devant un parterre de journalistes réunis à l’Elysée. Que faut-il retenir de cette opération de communication ? Parmi les thématiques abordées, La Gazette donne un coup de projecteur sur les principales annonces intéressant directement les collectivités territoriales.
« Le principal critère d’avancement et de rémunération des fonctionnaires devra être, avec l’ancienneté, le mérite. »
Stanislas Guerini devrait bien être dans le gouvernement de Gabriel Attal et « aura à porter » la réforme de la fonction publique annoncée depuis plusieurs mois, a assuré Emmanuel Macron, au cours de la longue conférence de presse de 2 heures 15 diffusée mardi 16 janvier au soir. Si elle ne doit pas se limiter à cet aspect, le président de la République a mis l’accent sur le mérite des agents. Il veut faire en sorte que « le principal critère d’avancement soit, en plus de l’ancienneté, le mérite ».
Si les syndicats sont globalement en désaccord avec cette vision, conserver un ministère est un soulagement. Quelques jours plus tôt, ils exprimaient de la « sidération », selon Mylène Jacquot (CFDT). Pour la CGT, la disparition d’un ministère de plein exercice confirmait une « vision ultralibérale de la société et du peu de cas [que le gouvernement fait] des missions publiques et des agents […] ».
A l’heure de la publication de cet article, la question reste de savoir auprès de qui sera rattaché Stanislas Guerini. Au ministère de l’Economie, comme ce fut le cas dans le passé ? Ce serait une franche confusion, selon Luc Farré (Unsa). « L’investissement dans un service public de qualité ne doit pas être associé à un coût. » A Bercy ? Cela enverrait le signal « d’une fonction publique dont il faut maîtriser les dépenses », selon Philippe Laurent, président de la coordination des employeurs territoriaux. Pour bon nombre, le meilleur scénario serait d’avoir un ministre délégué, rattaché au Premier ministre.
Il ne faut plus, en tout cas, perdre de temps, selon Murielle Fabre, secrétaire générale de l’: « Nous sommes déjà censés être au travail pour pallier l’urgence. » « Le statut de la fonction publique et, à travers lui, le périmètre du service public, est fragilisé par un déficit durable d’attractivité », a rappelé aussi l’.
Rappelons que dans la territoriale, le CIA, le complément indemnitaire annuel, permet déjà une rémunération au mérite des agents reconnaissant l’engagement professionnel et la manière de servir des agents.
« Chaque génération de Français doit apprendre ce que la République veut dire »
Le président de la République a débuté son discours en évoquant le « réarmement civique » des Français, qui doit commencer dès l’enfance. A ce titre, les cours d’éducation civique passeront de trente minutes à une heure par semaine dès le collège, et l’éducation artistique et culturelle dispensée à l’école comprendra, dès la prochaine rentrée, des cours de théâtre et d’histoire de l’art.
La « tenue unique » à l’école, annoncée en septembre 2023 par Gabriel Attal, sera expérimentée dans une centaine d’établissements dès la prochaine rentrée : « Elle efface les inégalités en même temps qu’elle crée les conditions du respect », a commenté le président, précisant un peu plus tard que le coût de cette tenue serait pris en charge par l’Etat et les collectivités territoriales.
Un bilan de l’expérimentation sera tiré, en vue d’une éventuelle généralisation à la rentrée 2026. Pour le moment, les collectivités territoriales volontaires sont en attente des modalités pratiques de financement et de mise en œuvre de cette expérimentation.
Enfin, Emmanuel Macron a évoqué la généralisation du service national universel pour les élèves de seconde, sans toutefois préciser le calendrier de mise en œuvre de cette mesure.
« Avoir une France plus forte, c’est aussi assurer l’ordre. »
Autre thème prioritaire abordé par Emmanuel Macron : la sécurité. Dans son intervention, il a rappelé la mesure phare de son mandat présidentiel : le « doublement de la présence policière dans les rues » avec le recrutement de 8 500 policiers et gendarmes d’ici à 2027, qui s’ajoutent aux 10 000 supplémentaires déjà déployés lors du précédent quinquennat.
Le chef de l’Etat a également appelé à renforcer la lutte contre le trafic de stupéfiants qui touche même « certains villages », en multipliant les opérations « place nette ». « Nous allons accroître le rythme à partir de la semaine prochaine : dix opérations de ce type seront conduites chaque semaine », a-t-il annoncé.
Interrogé sur les violences urbaines qui ont embrasé le pays au début de l’été dernier, le président a pointé « des émeutes totalement nouvelles », pointant l’oisiveté, avec « des jeunes qui n’avaient plus de cours depuis le mois d’avril, qui n’allaient pas à l’école, qui étaient tous derrière leur écran et se lançaient des défis » et dont « 60 % venaient de familles monoparentales ». De quoi justifier un réengagement envers les familles et la jeunesse avec une série de mesures présentées dans un article du Club prévention sécurité.
« La contrainte à l’installation n’est pas la solution. Après avoir fait tourner pendant cinq ans l’hôpital en tant qu’internes, les jeunes quitteront le métier si on leur impose des contraintes. »
Le président de la République a répondu à plusieurs questions sur le domaine de la santé. Il a ainsi validé que le doublement des franchises médicales – de 0,50 à 1 € par boîte de médicaments – se ferait dans le courant de l’année.
Sur les déserts médicaux, Emmanuel Macron a réaffirmé son refus d’imposer des contraintes à l’installation des médecins. Rappelant que la France « a perdu 6 000 médecins généralistes en dix ans », il a souligné qu’il « n’y a quasiment plus d’endroits où il n’y a pas de désert médical », ce qui viderait de tout effet positif une contrainte imposée aux nouveaux médecins.
Pour lui, la solution passe par une nouvelle organisation du système de santé, en redonnant du temps médical aux praticiens, en modifiant la rémunération pour aller vers un paiement au forfait et non à l’acte médical ou en renforçant le lien entre médecine de ville et hôpital.
« Je veux une réforme en profondeur de la loi Paris-Lyon-Marseille. »
Emmanuel Macron a aussi profité de cette conférence de presse pour confirmer son souhait, en perspective des élections municipales de 2026, d’une réforme de la loi « Paris-Lyon-Marseille ».
Pour rappel, cette loi de 1982 fixe, notamment, les règles d’élections des maires de ces trois grandes villes non pas au scrutin universel direct, mais par arrondissements. « La seule chose que je veux pour Paris, c’est qu’un électeur puisse avoir les mêmes droits et compter autant qu’à Amiens, Besançon ou ailleurs, et donc que le gouvernement puisse décider d’une réforme en profondeur de la loi Paris-Lyon-Marseille, pour revenir au droit commun », a déclaré le président de la République.
« C’est une avancée majeure dans notre lutte pour une démocratie plus juste et vers une plus grande équité et transparence dans le processus électoral français », témoigne le député (Modem) des Bouches-du-Rhône, Mohamed Laqhila, qui a déposé une proposition de loi en ce sens en décembre. Mais ce ne devrait pas être le texte de loi inscrit à l’ordre du jour au parlement. Un groupe de travail de députés Renaissance devrait en effet déposer son propre texte.
Localement, les maires sont divisés sur cette question. Benoît Payan, le maire (PS) de Marseille, a dit son accord en novembre dernier, dans une interview au Figaro. Le maire de Lyon (EELV), Grégory Doucet, considère de son côte que ce n’est « pas une priorité et un débat parisien de politiques derrière leur tableur Excel qui se demandent comment ils peuvent gagner les élections ».
Emmanuel Grégoire, le premier adjoint (PS) d’Anne Hidalgo à Paris dénonçait lui, dès hier sur X (ex-Twitter) un « tripatouillage électoral (…) au service des ambitions personnelles de quelques uns », en ciblant plus particulièrement Rachida Dati, qui a confirmé, ce 17 janvier sur RTL, vouloir être candidate en 2026 à Paris.
« Sur la planification écologique, le temps n’est plus aux annonces, il est à faire, sur le terrain. La priorité dans les prochains mois, c’est de déployer notre plan, en le territorialisant. »
Pas d’annonces non plus au chapitre de la lutte contre le dérèglement climatique. Le président de la République a martelé sa satisfaction sur les résultats obtenus depuis six ans, tout en relevant que le Haut Conseil pour le climat estime que la France doit aller 2,5 fois plus vite pour tenir ses engagements de baisse des gaz à effet de serre. Mais, « nous sommes dans cette trajectoire en 2023 », s’est félicité Emmanuel Macron.
Le message principal tient en quelques mots : « Il n’y a pas de nouveau cap écologique car nos décisions sont prises et sont bonnes ! » Maintenant que la stratégie de planification écologique est fixée, « on la territorialise : dans chaque région on a mis en place une COP de cette planification et on bâtit maintenant des projets avec chaque commune, intercommunalité, département et région, pour déployer les bonnes actions ».
Même satisfecit sur la transition énergétique, pour son volet nucléaire comme pour son volet énergies renouvelables : il n’y a plus qu’à dérouler, en « travaillant avec les élus ». Le rattachement du ministère de la Transition énergétique à Bercy, qui inquiète nombre d’acteurs de la filière des ENR, n’a pas été évoqué par le président de la République.
Enfin, interrogé sur les inondations à répétition que subit le Pas-de-Calais, il a insisté sur la nécessité d’adapter « nos villes et nos paysages à un dérèglement climatique qui est déjà là. Il y aura peut-être des endroits où on devra recourir à des interdictions, mais on doit surtout repenser à ce qu’on avait oublié, et que savent toujours nos anciens ». La stratégie d’adaptation reposerait, selon le Président, sur le bon sens des « gens des territoires [qui] connaissent bien mieux le terrain que beaucoup ». L’occasion de dénoncer un surcroît de normes qui empêcheraient la mise œuvre de ce « bon sens ».












