Et si la ville intelligente n'était pas connectée ?

Les participants à la rencontre focus sur la ville intelligente et connectée, au salon Innovatives SHS qui s'est tenu à Lille la semaine dernière, ont exprimé leurs représentations d'une telle ville, leurs aspirations mais aussi leurs craintes. Cette rencontre laisse entrevoir une ville intelligente pas forcément hyper connectée.
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smart city

L’« intelligence » d’une ville ne va pas forcément de pair avec son niveau d’imprégnation numérique : c’est ce qui ressort en substance de la rencontre focus animée par le Laboratoire d’intelligence collective et artificielle (LICA, Marseille) lors du salon de la valorisation en sciences humaines et sociales Innovatives SHS, le 16 mai à Lille. Les deux animateurs ont organisé cette table ronde sous la forme d’une classe inversée : les participants ont pu répondre via un service en ligne, Klaxoon, à plusieurs questions posées selon la méthode des chapeaux de Bono. Sur leur(s) définition(s) ou représentation(s) de la ville intelligente et connectée, tout d’abord. Pour les uns, elle est une ville présentant une « résilience raisonnée », « plus à l’écoute de ses habitants », « recentrée sur l’humain ». Pour d’autres il s’agit d’un « rêve futuriste », d’une « ville déshumanisée » ou « enregistrant les faites et gestes des citoyens pour anticiper les risques et vivre mieux ». Pour d’autres encore elle constitue un « moyen d’adapter les politiques publiques aux usages réels et en temps réel »…

Adapter la ville à l’humain

« En quelques minutes, les participants ont mis le doigt sur les principaux enjeux-clé, a commenté Hélène Rey, chargée de projet « ville intelligente » à la Métropole européenne de Lille (MEL), et notamment sur la tension entre l’humain et la technologie ». A la MEL, a t-elle poursuivi, la ville intelligente est considérée comme devant être durable, collaborative et solidaire. Pour prendre des décisions cohérentes en adéquation avec les besoins, « encore faut-il disposer d’indicateurs pertinents, a ajouté Mathieu Gardrat, du laboratoire Aménagement, économie transport (LAET) de l’université de Lyon 2. Et que les solutions « prennent en compte les caractéristiques humaines et s’adaptent à elles et non l’inverse », a insisté Céline Lemercier, professeur des universités en psychologie et ergonomie cognitives, notamment en matière de mobilité.

Interrogés sur les opportunités qu’offrent selon eux les villes intelligentes, les participants ont beaucoup évoqué les bénéfices environnementaux (meilleure gestion des ressources et efficacité énergétique, ville plus verte) mais aussi un moyen d’inclure les populations vulnérables comme les personnes âgées ou handicapées. Au chapitre de leurs inquiétudes et des risques, ils ont largement pointé les questions relatives à la vie privée et à la protection des données, mais aussi le « risque de déshumanisation » des rapports entre habitant et entre les citoyens et les pouvoirs publics, ou d’augmentation de la « dépendance au numérique »…

Grand village

A la question de leurs aspirations vis-à-vis de la ville connectée, ils ont exprimé le souhait d’un « droit à l’anonymat », d’une « ville à taille humaine », qui « fait du bien à ses citoyens », d’« espaces publics apaisés », d’espaces « de rencontre et de sociabilité », « des vélos partout »… « Ce que les gens veulent, a commenté Aurélie Varrel, chargée de recherche au CNRS, c’est une ville pas connectée », une sorte de « grand village ». Elle qui a suivi le déploiement des smart cities en Inde, observe d’ailleurs qu’au delà de l’annonce « flamboyante » de la création de 100 villes intelligentes dans ce pays, ce sont des solutions plutôt pragmatiques et utilisant à la marge seulement des solutions technologiques qui ont été mises en places…

Si la ville intelligente ne doit pas forcément être aussi connectée qu’on a pu le croire, elle doit cependant être en prise avec son territoire et ses habitants, a insisté Hélène Rey, dans des domaines qui recouvrent toutes les compétences d’une intercommunalité comme la MEL. Créative, à l’écoute, cette ville intelligente doit viser à rendre la vie de ses habitants, y compris les plus vulnérables, plus agréable. De façon sous-jacente, a ajouté la chargée de mission lilloise, les débats posent la question de la façon dont l’urbanisme doit évoluer, dans le cadre contraint des procédures, par exemple pour « intégrer les bonnes idées des citoyens et des associations » et résoudre les difficultés. En matière de sécurité des données, sujet plus sensible encore, « beaucoup de choses restent à construire ».

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