Pour la première fois, la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale a convié, le 16 octobre, des syndicats du spectacle vivant public pour débattre de l’avenir de leur secteur, en l’occurrence la CGT Spectacle, le SNAM-CGT (artistes musiciens), le Syndicat national des arts vivants (Synavi) et le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac).
Le projet de loi de finances et les crédits envisagés pour la création – 1,06 milliards d’euros, en très légère hausse – sont évidemment dans les têtes, mais pas que. Si toutes les organisations professionnelles s’accordent pour juger les subventions de l’Etat et des collectivités insuffisantes pour faire face à l’augmentation des coûts artistiques et des diverses dépenses de fonctionnement des structures, l’avenir du spectacle vivant public se joue aussi parallèlement sur d’autres enjeux : lors des échanges, il a beaucoup été question de décentralisation, d’écritures de nouvelles formes, de relations aux territoires, de compréhension du monde rural, de la place des équipements labellisés, etc.
Le spectacle vivant public, écosystème de proximité
Maxime Séchaud, secrétaire général adjoint de la CGT-Spectacle a décrit une situation alarmante, où France Travail constate une baisse du nombre d’attestations employeurs mensuelles (AEM), car « les intermittents du spectacle peinent à remplir leur agenda, avec des contrats de plus en plus courts ». Une situation qui conduit les artistes à multiplier les projets de courte durée pour pouvoir vivre.
Le comédien a notamment souligné l’impact négatif indirect de cette situation sur « toutes sortes de services publics, comme les hôpitaux, les centres sociaux, les écoles, etc. », avec lesquels les artistes travaillent régulièrement.
« Infusion territoriale artistique »
Emmanuelle Gourvitch, membre du conseil national du Synavi, a invité les élus à ne pas regarder le secteur uniquement par le prisme des scènes labellisées par le ministère de la Culture, comme le font la plupart des rapports sur le spectacle vivant. « Les scènes labellisées sont importantes et structurantes, mais elles ne sont pas les seules : il existe aussi de nombreuses structures artistiques qui travaillent de longue date avec les habitants, dans l’invisibilité. C’est une réalité qui doit être prise en compte », a-t-elle fait valoir.
La représentante du Synavi a décrit une « infusion territoriale artistique », et a, elle aussi, égrené les multiples interactions des artistes avec les politiques publiques, notamment au niveau local. « Les collectivités sont essentielles, nous échangeons avec elles au plus près de nos activités », a-t-elle insisté.
Une nouvelle vague de décentralisation culturelle ?
Plus les marges budgétaires sont bridées, moins les institutions culturelles travaillent sur les territoires les plus éloignés des villes-centres, a expliqué en substance Philippe Gautier, secrétaire général du SNAM-CGT , en prenant l’exemple des orchestres symphoniques régionaux. « Un cas concret montrant que si l’Etat donne moins, la structure fait moins », a-t-il souligné, en regrettant la difficulté à l’obtenir des collectivités l’engagement dans « un pacte financier ».
Pour Nicolas Dubourg, président du Syndeac, ces enjeux territoriaux renvoient à la question de la décentralisation culturelle. « La décentralisation culturelle a été pensée pour un paysage, qui, depuis quarante ans, a muté. Jusqu’à présent, il s’agissait d’amener le public vers les lieux. Aujourd’hui, il faut distinguer entre les populations qui habitent à 20 ou 30 kilomètres des métropoles, pour lesquelles il faut penser des transports, et celles qui vivent dans des zones isolées, pour lesquelles il faut envisager le déplacement des œuvres et des artistes. »
Ce qui appelle de nouvelles formes de spectacle. « Les œuvres qui sont vues par 1 000 personnes sont différentes de celles qui sont vues par 500 personnes dans un village », a insisté le président du Syndeac.
Une question qui, à ses yeux, doit être intégrée à la transition écologique du spectacle vivant et pose la question d’une « troisième vague de décentralisation culturelle » (1)
Focus
Le Pass culture ne passe toujours pas
Une fois de plus, les représentants des syndicats du spectacle vivant ont pointé le pass Culture, dont le projet de loi de finances pour 2025 ne prévoit pas de diminuer les crédits (267 millions d’euros, dont 210 millions du ministère de la Culture pour les achats individuels, et 57 millions du ministère de l’Education nationale pour l’utilisation collective par les enseignants). « Nous dénonçons un dispositif qui ne part pas d’une logique de politique culturelle mais du marché. Il faut rééquilibrer le pass Culture entre ces deux volets », a notamment fait valoir Nicolas Dubourg.
Focus
Censure : la faiblesse de la loi « LCAP » de 2016
Interrogés sur la façon dont ils affrontent la censure, qui sévit ici et là, les représentants des organisations professionnelles du spectacle vivant ont invité les députés à réfléchir aux différentes formes qu’elle prend : déprogrammation, retrait de subvention, autocensure. Philippe Gautier a souligné la faiblesse de la loi de 2016 [loi sur la liberté de création, l’architecture et le patrimoine [LCAP] du 7 juillet 2016] qui, certes, affirme la liberté de création et de programmation, mais « ne prévoit pas de sanction pénale. »
Références
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