Un ministère chargé du droit commun qui s’interroge sur sa participation à la politique de la ville : la démarche est suffisamment rare pour que soit soulignée la publication, en ce début d’été, d’un rapport intitulé « L’action du ministère de la Culture dans les quartiers de la politique de la ville (QPV) ».
Cette action – au côté des collectivités, « premiers financeurs de la culture en QPV », souligne le rapport – n’est « pas toujours lisible ni quantifiable », pointe la lettre de mission adressée en février à l’Inspection générale des affaires culturelles (Igac) par la ministre de la Culture, Rachida Dati.
- Retrouvez ici le rapport complet de l’Inspection générale des affaires culturelles sur l’action du ministère de la Culture dans les quartiers de la politique de la ville (QPV)
Une offre bien repérée par les habitants
Le rapport s’avère riche en enseignements, notamment par les résultats d’une enquête – la première du genre – sur les pratiques culturelles et les attentes en la matière des habitants des QPV. À rebours des idées reçues, ceux-ci « ne s’estiment pas démunis en matière d’offre culturelle » : « 94 % d’entre eux déclarent qu’il y a au moins un équipement dans leur quartier ou à proximité et 65 % en estiment le nombre à quatre ». Il s’agit à 83 % d’une bibliothèque ou médiathèque, à 64 % d’un cinéma (dont 55 % d’art et d’essai), à 62 % une école de musique, de danse, de cirque ou un conservatoire. Une hiérarchie identique à celle citée dans les enquêtes conduites à l’échelle de la France entière.
Face à cette offre, leurs pratiques culturelles sont, elles aussi, dans la norme observée pour l’ensemble de la population : 58 % en citent au moins une suscitant leur intérêt et 52 % ont concrétisé leur envie. Derrière les activités individuelles (écriture, arts plastiques…), le cinéma est la première de ces pratiques, suivie par la fréquentation d’une bibliothèque ou médiathèque, puis par les spectacles vivants et enfin les musées.
Peu d’équipements : oui, mais…
Le sous-équipement des quartiers prioritaires, quant à lui, est aussi « à nuancer », assurent les auteurs : celui-ci est réel sur le plan statistique (« dans les 1 580 existants QPV où résident 8,2 % de la population, se situent 2,5 % des équipements au 1er janvier 2024 »), mais si l’on élargit l’analyse à un périmètre accessible en moins de 20 minutes à pied autour de chaque quartier, ce taux grimpe à 17,6 % (même si les inégalités sont fortes entre régions).
Autre spécificité des QPV : les MJC, « spontanément plus citées que les autres », pointent les auteurs, jouent « un rôle déterminant ». C’est souvent là aussi, ainsi que dans les centres sociaux, que les habitants apprennent une activité artistique, plus que dans une école de musique ou un conservatoire.
Les répondants sont aussi 73 % à identifier une offre temporaire ou itinérante (festival, spectacle de rue, etc.) dans leur quartier. Seuls 43 % disent en avoir bénéficié, mais les auteurs du rapport notent que ces activités culturelles mobiles « atténuent les différences liées à l’instruction et à la proximité ». Les concerts constituent l’activité la plus demandée, quelle que soit la catégorie d’âge ou socio-culturelle.
Accessibilité et participation : des leviers
Interrogés enfin sur les leviers pouvant favoriser leur participation à des événements culturels, 39 % des répondants citent des tarifs réduits et des lieux accessibles. Or, « la proximité relative » d’équipements situés à côté des QPV « ne garantit pas leur accessibilité réelle », relèvent les auteurs. Par ailleurs, 188 quartiers (souvent en Outre-mer) ne disposent d’aucun équipement, ni même à un kilomètre à la ronde.
Autre levier qui pourrait décider les répondants : le fait d’être consultés sur leurs préférences. Parmi eux, 29 % aspirent aussi à voir des créations artistiques impliquer les habitants des quartiers. Autant de résultats qui nourrissent certaines des 11 recommandations formulées dans ce rapport, comme « encourager les initiatives de proximité » et les « démarches participatives » ou encore « favoriser la gratuité et communiquer sur les politiques tarifaires accessibles ».
Renforcer le pilotage interministériel
Mais les auteurs listent aussi d’autres recommandations pour développer la culture dans la politique de la ville. Ils estiment qu’en 2023, le montant des crédits de « droit commun renforcés » que le ministère de la Culture a alloués ou permis d’allouer (par ses opérateurs, par exemple) s’élève à 82 millions d’euros, tous programmes confondus (patrimoine, création, etc.). Cette somme va donc bien au-delà des 24,5 millions d’euros alloués à la culture dans le programme 147 (politique de la ville) du budget de l’État.
Mais pour eux, il faut avant toute chose « renforcer le pilotage du volet culturel de la politique de la ville » en confortant la place du ministère de la culture en interministériel et à l’Anru, ou encore en identifiant plus précisément les dépenses consacrées aux QPV.
Autre objectif : « Soutenir les acteurs dans les quartiers ». À ce titre, les auteurs recommandent des rencontres régulières entre les Drac et les bailleurs sociaux, pour une mobilisation en faveur de la culture de l’exonération de la TFPB. Ils préconisent aussi de donner la priorité aux projets d’équipements dans les QPV qui n’en ont pas, comme à toutes les initiatives issues des QPV.
Références
- Restez informé de l'actualité des politiques culturelles, inscrivez-vous à la Newsletter Culture de la Gazette












