Sur le littoral méditerranéen, la réutilisation des eaux usées s’accélère

La réutilisation des eaux usées traitées (Reut) est vue comme une solution complémentaire en période de sécheresse et de raréfaction de la ressource en eau. Des collectivités s’en emparent pour le fonctionnement de leurs stations d’épuration, la voirie, les espaces verts, mais aussi pour l’industrie, les ports, etc. D’importants investissements sont nécessaires pour traiter ces eaux usées, les stocker et les transporter, mais aussi pour réduire leur taux de salinité.
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La salinisation des sols et des eaux menace la Camargue

Depuis l’été 2023, six collectivités des Pyrénées-Orientales peuvent utiliser leurs eaux usées traitées. « Les autorisations ont été délivrées en quelques semaines au lieu de deux ans habituellement, en raison de l’urgence face à un manque important d’eau dans ce département », justifie ­Yohann ­Marcon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-­Orientales, en faisant référence aux cas de cinq de Saint-Cyprien, Canet-en-­Roussillon, Sainte-Marie-de-la-Mer, Argelès et Banyuls.

Sécheresse alarmante

En effet, la sécheresse est alarmante. Le déficit de pluie, depuis septembre 2022, est estimé à la moitié de la normale saisonnière. Le débit des rivières baisse ­dangereusement, de même que le niveau des nappes souterraines. C’est aussi pour cette raison que les Step du bord de mer ont été les premières à obtenir le feu vert des services de l’Etat. Leurs eaux usées traitées sont rejetées dans la ­Méditerranée, tandis que celles de l’arrière-pays servent à soutenir l’étiage des cours d’eau.

« Ces ­autorisations sont temporaires et ne concernent que des eaux usées traitées de bonne ­qualité », précise Yohann ­Marcon, et à la condition d’un « traitement tertiaire complémentaire » (filtration et ultra­violet) pour éliminer toute pollution organique, virus, etc., selon l’arrêté du 17 juillet 2023 relatif à la Step d’Argelès. Laquelle entrevoit plusieurs usages, tels que l’irrigation agricole, le soutien à la défense contre les incendies, l’arrosage des espaces verts, etc.

A la hausse des ­températures et au déficit hydrique ­s’associe la montée du niveau de la mer, suscitant « une augmentation de la salinité des espaces naturels et cultivés », s’inquiète ­Robert ­Crauste, maire du Grau-du-Roi (8 400 hab.) et président de la communauté de communes terres de ­Camargue (3 communes, 20 600 hab., Gard), qui accueille, chaque été, 120 000 ­touristes. Aussi la collectivité a-t-elle décidé d’étudier les possibilités de , avec le soutien de l’agence de l’eau .

Taux de salinité à réduire

Le premier enjeu consiste à baisser le taux de salinité des eaux usées en améliorant l’étanchéité du réseau d’assainissement là où pénètrent des eaux parasites. Le deuxième est d’évaluer les usages de la Reut, pour le carénage des bateaux à ­Port-Camargue ou afin d’alimenter les roubines (canaux d’irrigation) qui traversent les vignobles.

Ces cas ne sont pas isolés. Sur le littoral méditerranéen, en région Provence – Alpes – Côte d’Azur, en plus des six Step pratiquant déjà le recyclage des eaux usées traitées, plusieurs projets sont en cours d’instruction. Le plus ­important est celui de la Step ­Haliotis de la métropole Nice Côte d’Azur (51 communes, 560 400 hab.), qui envisage de traiter cinq millions de mètres cubes d’eau par an, soit le volume utile pour l’arrosage des espaces verts et le nettoyage des voiries de la ville de Nice. « La priorité reste de prélever et de consommer moins d’eau. Mais il y a, depuis la sécheresse de 2022, un engouement pour la Reut comme substitut à l’eau douce prélevée et à l’eau potable », confirme ­Annick ­Mièvre, directrice de la délégation de ­Marseille de l’agence de l’eau RMC.

Le décret du 29 août 2023, qui assouplit la réglementation sur la Reut, favorise cette dynamique. Mais il reste des obstacles, avant tout économiques. « En plus des coûts de traitement très élevés, il faut investir dans des moyens de transport et de stockage de l’eau traitée, parce que les sites à arroser ou à irriguer peuvent être loin de la Step et que, pour des raisons sanitaires, l’arrosage des espaces verts doit se faire la nuit, de même pour le nettoyage de la voirie », détaille ­Annick ­Mièvre.

Besoins aléatoires

Trop cher pour l’irrigation agricole, « le prix de la Reut peut dépasser 20 euros le mètre cube, là où des agriculteurs en ­Occitanie prélèvent de l’eau brute via des forages qu’ils payent 50 centimes le mètre cube. Et leurs besoins sont saisonniers, aléatoires selon la météo, ce qui est risqué pour les gestionnaires de Step », pointe Régis Taisne, ­responsable « cycle de l’eau » à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies. En revanche, « le prix de la Reut peut être inférieur à celui de l’eau potable s’il y a substitution de l’une à l’autre », relève-t-il. D’autant plus si le site visé est la Step elle-même, ou pas loin.

A cet enjeu économique, ­Patrick ­Réamot, directeur général délégué à l’environnement de Sète agglopôle ­Méditerranée (14 communes, 127 900 hab.), est très attentif. Une fois la Step Eaux blanches agrandie et rénovée, il compte sur six millions de mètres cubes par an de Reut pour l’hydrocurage des réseaux d’assainissement et d’eaux pluviales, le nettoyage de la voirie, l’arrosage des espaces verts à l’entrée est de Sète, ainsi que pour l’usine Saipol, qui les substituera à l’eau potable pour le fonctionnement de ses équipements. Mais pas pour l’agriculture, l’eau du Rhône étant bien moins chère. D’autant qu’il doit investir pour réduire la ­salinité.

Focus

Destiner une partie des eaux traitées à la station d’épuration

René Revol, président de la régie publique des eaux de Montpellier Méditerranée métropole (Hérault) 31 communes • 507 500 hab.

Trois millions de mètres cubes par an, c’est le volume d’eaux usées traitées que Maera, la Step de la métropole de Montpellier, pourra utiliser et distribuer à partir de 2027. Un objectif ambitieux qui s’inscrit dans la rénovation engagée en 2023 par OTV Veolia pour augmenter de 50 % sa capacité, en faire une station à énergie positive et développer le recyclage.

Sur cette portion du littoral méditerranéen, la pression est forte : en plus de la sécheresse qui persiste, avec pour effet de réduire le débit des cours d’eau et le niveau des nappes souterraines, la croissance démographique (+ 1,8 % par an) reste dynamique. « Il est vital de préserver la ressource en eau », souligne René Revol, ­président de la régie publique des eaux de Montpellier ­Méditerranée ­métropole, qui a aussi pour compétence l’assainissement. Actuellement, un émissaire en mer, long de onze kilomètres dans sa partie maritime, rejette, dans la grande bleue, les 28 millions de mètres cubes d’eaux traitées chaque année.

L’idée est d’améliorer le traitement et d’en destiner une partie aux besoins internes de la station d’épuration : fonctionnement, nettoyage, arrosage de ses espaces verts situés à proximité, soit 1,3 million de mètres cubes d’eaux recyclées. Ensuite, le projet est de les utiliser aussi pour le nettoyage des rues, l’arrosage de stades de football et d’en proposer l’usage aux ­agriculteurs, notamment pour les arbres fruitiers et les vignes.

Contact : régie des eaux de Montpellier, 09.69.32.34.23.

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