Protection de l’enfance : comment le système a tenu grâce aux professionnels et au système D

Après les débuts chaotiques du confinement, marqués par la difficile coordination entre les institutions et par la non reconnaissance des professionnels du secteur comme prioritaires, la situation dans la protection de l’enfance se stabilise. Cependant, alors que le 119 enregistre une hausse inquiétante des appels, les acteurs sont épuisés et craignent une recrudescence des informations préoccupantes et des placements d’urgence après le déconfinement.
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Enfance : quelques avancées et beaucoup de réflexions

« A la mi mars, ce fut l’affolement général, quand tous les repères ont tangué, quand les principes se sont estompés », se souvient Christophe Anché, assistant social dans un service de milieu ouvert parisien et membre de la commission Protection de l’enfance de l’Association nationale des assistants de service social (ANAS). Et alors que les institutions peinaient à s’adapter dans l’urgence et que les partenariats étaient parfois bloqués, ce sont les réseaux interpersonnels, l’engagement des professionnels et la débrouille qui ont permis au système de tenir.

Réactions tardives de l’Etat

D’abord, le secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance, Adrien Taquet, a mis du temps à reconnaître les professionnels de la protection de l’enfance comme prioritaires pour la garde de leurs enfants. Ce fut fait le 24 mars, grâce notamment à la pression de l’Assemblée des départements de France (ADF). Ce retard a contribué à provoquer une baisse notable des effectifs, estimée à environ 30%. Ensuite, les consignes de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) pour le secteur ne sont arrivées que le 30 mars. Entretemps, les départements, avec l’aide des associations, s’étaient organisés. Que ce soit en Moselle, dans la Gironde ou ailleurs, ils avaient mobilisé des étudiants en travail social ou des agents départementaux d’autres secteurs pour pallier au manque.

La nécessaire coordination en temps de crise

En Haute-Garonne, la cellule de crise interinstitutionnelle préconisée par la DGCS a été

mise en place dès le 27 mars. Elle réunit l’ensemble des acteurs concernés : le département, la DDCS, la préfecture, l’Agence régionale de Santé (ARS), le commissaire à la prévention et la lutte contre la pauvreté, le procureur, le juge des enfants coordinateur, la Protection judiciaire de la jeunesse, l’Education nationale, un pédopsychiatre, des associations.

« Nous avons désormais un interlocuteur privilégié au sein de l’ARS. Il avait été repéré auparavant, mais sans la facilité des échanges et la réactivité que nous avons maintenant », assure Véronique Desfours, directrice Enfance et famille au conseil départemental. Cependant, ce que regrette Fabienne Quiriau, directrice générale de la CNAPE, c’est la grande disparité territoriale de la mise en place de ces cellules de crise.

Le temps long du confinement

Tous les secteurs prenant en charge les enfants sont impactés. Concernant les Actions éducatives en milieu ouvert (AEMO), la difficulté provient surtout du passage au télétravail. Même si les coups de fil permettent d’établir une relation plus informelle avec les parents, ils empêchent une appréciation objective de la situation. « On craint de découvrir des situations dégradées à la fin du confinement », estime Fabienne Quiriau. Dans les structures d’accueil collectif, le temps du confinement se fait long. « L’annonce de la date du 11 mai a provoqué quelques tensions – il fallait tenir encore un mois », relate Véronique Desfours. Elle regrette par ailleurs la consigne de la DGSC sur les sorties, limitées à deux enfants accompagnés d’un éducateur, et dans un rayon maximal d’un kilomètre : « C’est une consigne hors sol, notamment en ce qui concerne les structures en ville, privées d’espaces extérieurs. Il faut pouvoir permettre aux enfants de souffler. »

Les assistants familiaux sous pression

Ils se sont retrouvés à s’occuper 24 heures sur 24 des enfants qui auparavant allaient à l’école ou dans les structures spécialisées en santé mentale. « Aujourd’hui, on supplée à l’ensemble de la prise en charge. On doit être la nounou, l’infirmier, l’instituteur, l’éducateur, le médiateur, car c’est nous qui organisons les relations avec les parents via le téléphone ou la vision-conférence », énumère Evelyne Arnaud, assistante familiale et membre du syndicat professionnel SAF Solidaires. Elle espère des compensations financières pour ce métier déconsidéré et pourtant essentiel à la protection de l’enfance.

Une hausse des appels au 119 à nuancer

Parallèlement, le secrétariat d’Etat à la protection de l’enfance a annoncé une hausse notable des appels au 119 (le Service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger, SNATED). Durant la semaine du 13 au 19 avril, le nombre d’appels est supérieur de 89,35% à celui de la même période de l’année dernière. « Cela démontre surtout l’efficacité de la campagne de communication du gouvernement. Mais beaucoup d’appels de voisins qui entendent des cris ne veulent pas forcément dire qu’il s’agit d’enfants maltraités », veut nuancer Agnès Gindt-Ducros, directrice de l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ONPE).

Elle met en parallèle la baisse de l’activité des Cellules de recueil d’informations préoccupantes (CRIP) au sein des départements. Son observation est confirmée par le cas de la Gironde où le nombre d’informations préoccupantes (IP) recueillies par la CRIP a baissé de 33% par rapport à l’année dernière. Emmanuelle Ajon, vice-présidente (PS) en charge de la protection de l’enfance témoigne : « L’Education nationale nous remontait beaucoup d’IP qui ne nous parviennent plus. Nous sommes inquiets sur l’après-confinement. »

Focus

Mineurs non accompagnés : quelques rares bonnes pratiques

Dans une lettre ouverte du 6 avril, un collectif d’associations et d’avocats accusait les départements de refuser l’accueil provisoire d’urgence aux mineurs non accompagnés (MNA). Sans réfuter ces accusations, l’Assemblée des départements de France s’en défend : elle a toujours demandé à l’Etat d’assurer cette mission qu’elle estime régalienne, puisqu’il s’agit d’accueillir des étrangers. Alors que les arrivées de MNA semblent se tarir, en Haute Garonne, le Dispositif départemental d’accueil, d’évaluation et d’orientation des mineurs isolés, créé en juillet 2016, continue à accueillir et à évaluer les MNA. Le département a fait le choix de garder ceux qui sont évalués majeurs et qui se seraient sinon retrouvés à la rue, durant la durée du confinement. La Gironde met également à l’abri tous les MNA, y compris les majeurs.

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