Quel impact le désengagement de l’État a-t-il sur le terrain des cités éducatives ?
Pour l’instant, rien n’est vraiment assuré. Aujourd’hui, nous ne savons pas s’il y aura ou non recours à l’article 49.3 pour faire passer le projet de loi de finance 2025. Sur le terrain, les préfets ne s’avancent pas sur les budgets. À Gennevilliers, nous recevrons une plus grosse enveloppe car le périmètre de la cité éducative s’est élargi. Mais à Nantes, par exemple, la préfète a prévenu que l’enveloppe de la cité éducative serait corrélée au budget de l’État.
Les premières cités éducatives lancées en 2020 sont en train d’être reconduites. Selon les endroits, les conventions sont déjà écrites, voire votées par les conseils municipaux. Nous aurons une visibilité en fin d’année.
Quels sont les risques encourus par les cités éducatives en cette période incertaine ?
Dans les départements, nous constatons que les préfets commencent à prendre la main en douceur. Ils suggèrent que le budget pourrait être envoyé à la préfecture, qui le redistribuerait ensuite aux cités éducatives. Or, normalement, ce budget devrait être imputé à une structure tierce, comme la Caisse des écoles par exemple.
La Ville ne doit pas l’utiliser pour sa propre politique, ni le préfet s’en servir pour alimenter les politiques décentralisées de l’État. Car si ce dernier redistribue ces sommes, il va y mettre des conditions, comme cela s’est passé avec le programme de réussite éducative (PRE). Nous craignons les tours de passe-passe qui permettraient aux préfets d’affecter ces budgets au volet éducatif de leur contrat de ville.
Comment faire pour éviter cela ?
Les cités éducatives doivent conserver leur gouvernance décentralisée, via une troïka constituée du préfet, du directeur académique des services de l’Éducation nationale (Dasen) et du maire. Cette gouvernance, il faut la protéger, au risque de voir mourir les cités éducatives.
Mais c’est d’autant plus compliqué que par endroit, ces cités viennent se superposer à d’autres dispositifs. Car il y a souvent confusion entre la mission d’une cité éducative, qui est de construire une approche systémique, et celles des dispositifs très ciblés sur des problématiques particulières. Sur le terrain, les acteurs se laissent embarquer dans cette logique, parce qu’ils ont le nez dans le guidon et, voulant régler un certain nombre de problèmes, ils font de l’étayage sur l’étayage. Or une cité éducative qui répond aux difficultés conjoncturelles n’est qu’un dispositif d’étayage de plus.
Quels sont les garde-fous ?
Tout dépend des endroits. Dans le flou artistique actuel, chacun essaie de jouer sa carte. La Ville veut faire de la cité éducative un ciment de la cohésion sociale. L’Éducation nationale veut en faire un super réseau d’éducation prioritaire (REP). Quant au préfet, il est soumis à la pression politique de régler les questions conjoncturelles. Sa feuille de route évolue en fonction des priorités gouvernementales.
Dans les Hauts-de-Seine, à Gennevilliers [NDLR : Richard Merra est conseiller municipal délégué à la cité éducative à Gennevilliers], je bataille sur chaque mot de la convention pour ne pas perdre la gouvernance. Je me bats pour que l’éducation et la cohésion sociale soient les deux faces d’une même pièce sur ce territoire. C’est ce combat qui doit être mené par la troïka. Elle ne doit pas se contenter d’un compromis entre trois feuilles de route, mais en construire une nouvelle qui soit cohérente avec l’approche systémique du territoire.
Depuis plusieurs mois, vous déplorez une absence de cap pour les cités éducatives…
Effectivement, les cités éducatives n’ont plus de direction politique. Nous n’avons plus vraiment de ministre à nos côtés. Valérie Létard, la ministre déléguée chargée du Logement, notre ministre de référence, a autre chose à faire que de s’occuper des cités éducatives, même si elle est issue du camp de Jean-Louis Borloo et connait à ce titre les cités éducatives.
Aujourd’hui, c’est l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) qui pilote les cités éducatives. Mais ce n’est qu’une agence. Elle n’a pas de direction politique. C’est comme si la Direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco) pilotait l’Éducation nationale sans ministre ! L’ANCT suit comme elle peut. Depuis que le Comité national d’évaluation et d’orientation des cités éducatives (CNOE) a disparu, on ne sait plus très bien ce qu’il s’y passe. L’ANCT est en autonomie complète. L’intérêt du CNOE était d’avoir une représentativité nationale des acteurs éducatifs des villes et des régions. Aujourd’hui, il n’y en a plus. C’est un vrai problème ! Il faut donc que les réseaux d’élus s’expriment sur le sujet pour être entendus.
Avec la baisse du budget dans le PLF 2025, les cités éducatives ont-elles les moyens de leurs ambitions ?
Tous ceux qui sont dans l’étayage pensent qu’il faut toujours plus d’argent. La cité éducative devient par endroit une nouvelle « manne financière ». Mais elle ne doit pas être cantonnée à une « fonction guichet » pour faire le pompier et régler les problèmes que le droit commun ne parvient pas à résoudre, à coup de dispositifs.
La cité éducative doit au contraire faire système, pour en finir avec le mille-feuille. Cet argent, nous en avons besoin pour être accompagnés dans cette organisation, pour structurer les territoires afin que les habitants puissent se projeter dans l’avenir.












