Hébergement d’urgence : des maires passent à l'attaque

Les maires de gauche de cinq grandes villes, Strasbourg, Lyon, Grenoble, Rennes et Bordeaux, engagent, durant ce mois de février, des recours contentieux contre l’Etat en matière d’hébergement d’urgence.
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Les maires de gauche de cinq grandes villes (Strasbourg, Lyon, Grenoble, Rennes et Bordeaux) demandent à être remboursés des moyens financiers engagés par leur collectivité pour pallier les carences de l’Etat en matière d’hébergement d’urgence. Une attaque qui se veut « une main tendue pour refonder ensemble un système insuffisant, inefficace et surtout indigne », selon les paroles de Jeanne Barseghian, maire (EELV) de Strasbourg, lors d’une conférence de presse des cinq édiles, le 15 février.

Le silence assourdissant de l’Etat

Elle a rappelé que cette action s’inscrit dans une série d’interpellations des élus locaux depuis deux ans et la sortie de la crise sanitaire. Parmi ces interpellations, les recours gracieux envoyés à leurs préfets par ces mêmes élus (ainsi qu’Anne Hidalgo), le 10 octobre dernier. Aucun n’a reçu de réponse dans un délai deux mois. « Ce qui est flagrant, c’est ce silence assourdissant », a poursuivi la maire de Strasbourg.

D’où la décision des édiles de passer à l’attaque, en espérant surtout obliger l’Etat à se rendre à l’évidence : une crise humanitaire se joue dans les rues des grandes villes de France estiment-ils.

Une impuissance insupportable

Ils ont, chacun à leur tour, parlé des enfants qui dorment dans la rue. « Dès le début de notre mandat, nous nous sommes engagés sur une politique de l’accueil et l’objectif de zéro enfant qui dort à la rue. Ce qui nous a amené à contribuer, au regard des carences de l’Etat, à l’hébergement d’urgence. Aujourd’hui, c’est un constat d’échec, un constat de l’incapacité de tenir cet engagement qui est aussi personnel. Cette nuit, 28 enfants dormaient dans la rue, et plus de 120 étaient mis à l’abri dans des écoles », a témoigné Nathalie Appéré, maire (PS) de Rennes.

A Lyon, ils sont 200 à la rue, et 500 dans une grande précarité par rapport au logement. « Mes concitoyens me questionnent souvent : pourquoi il y a autant de gens à la rue, ils me demandent d’agir, d’assumer mon mandat et de résorber ces situations indignes », a confié Grégory Doucet, maire (EELV) de Lyon. Comment leur expliquer cette impuissance terrible ? »

Des recours

Ces dernières années, les villes et métropoles, s’impliquent de plus en plus dans l’hébergement d’urgence. Elles ouvrent des places, des accueils de jour, des gymnases, elles payent des nuitées hôtelières. Ce sont ces dépenses – ou plutôt une partie d’entre elles – dont les collectivités réclament le remboursement.

Certaines, comme Rennes ville et métropole, ont choisi de déposer le recours pour leur totalité des dépenses engagées : 3,07 millions d’euros pour l’année 2022.

D’autres, comme Bordeaux, ont décidé de ne compter que les nuitées hôtelières sur neuf mois en 2023, et la mise à disposition d’une salle, soit 130 000 euros.

Grenoble réclame symboliquement 50 940 euros, même si, selon son maire, Eric Piolle (EELV), c’est environ 2 millions qui ont été dépensés, hors compétences communales. Enfin, le recours de Strasbourg porte sur 917 807 euros, qui ne comprennent pas les 600 places d’hébergement ouvertes par la ville.

Refonder le système

« D’un point de vue juridique, le dépôt de ces recours est un travail titanesque », a affirmé Jeanne Barseghian. Quelle chance pour ces recours d’aboutir ? Les procédures peuvent durer des mois, voire des années. Or, l’urgence sociale est là. Les élus locaux espèrent surtout que le gouvernement finira par entendre leurs nombreux cris d’alarme, et entamera une refonte globale de l’hébergement d’urgence.

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