Des médecins généralistes volontaires consultent à tour de rôle chaque semaine dans un village

Le centre de santé animé par l’association Médecins solidaires vise à améliorer l’accès aux soins dans un désert médical rural identifié de la Creuse. Le cabinet du village d'Ajain est ouvert à tous. Il fonctionne grâce à un roulement hebdomadaire de médecins se déplaçant de toutes les régions. Durant leur séjour, ils sont salariés par l’association.
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Le centre de santé d'Ajain
Le centre de santé d'Ajain pour médecins solidaires volontaires

[Ajain, Creuse, 1 000 hab.]

Dans le préfabriqué à l’­entrée d’Ajain, des généralistes se ­succèdent chaque semaine depuis novembre 2022. Ils assurent les consultations et des visites à domicile du lundi matin au samedi midi auprès des habitants du village et des alentours, puisque le manque de médecins touche l’ensemble du département. Le généraliste, qui a exercé quarante ans à Ajain, a pris sa retraite en 2020.

Le maire, Guy ­Rouchon, a réagi comme tous les élus confrontés à ce problème : « Nous avons multiplié les actions dans les médias locaux, régionaux et nationaux et avons installé un panneau “Ajain recherche médecin” à l’­entrée du bourg. Nous avons publié une vidéo sur Youtube et sur notre site. Nous avons organisé des réunions avec l’agence régionale de santé, l’Ordre des médecins… Rien n’y a fait. »

Cette mobilisation n’a pas été totalement inutile parce que l’ARS a évoqué ­Ajain lorsque l’association Médecins solidaires cherchait un endroit pour tester son idée, celle de faire « tourner » les médecins dans un ­territoire où ils ne veulent pas s’établir. Une idée qui est venue à un généraliste, ­Martial ­Jardel, quand il a effectué un « tour de France » des remplacements. Il s’est rapproché du mouvement Bouge ton coq, mobilisé sur la revitalisation des campagnes, afin de créer Médecins solidaires.

Focus

Financement :
la commune, aidée à 80 % par le conseil régional et l’Etat, fournit le local. L’association perçoit les honoraires de consultation et paie les médecins et les secrétaires médicales. Elle finance aussi le logement et les déplacements des médecins. Elle est subventionnée par l’Etat, la région, la Sécurité sociale et le Grand Guéret.

Demander peu à beaucoup

« On ne peut pas obliger un médecin à s’installer dans un village, explique ­Gabriel du ­Passage, responsable de l’action “santé” de Bouge ton coq. Mais on s’est dit que si on ne peut pas demander à peu de médecins un engagement qui représente beaucoup, on ­pourrait demander à beaucoup de ­médecins un engagement sur un temps court. » Le conseil municipal d’­Ajain a accepté à l’unanimité d’être le ­terrain de cette expérimentation.

Moins d’un an après l’­ouverture du centre, presque 200 généralistes sont partants. Il s’agit de médecins remplaçants (non installés) ou bien installés, de quelques praticiens hospitaliers et de beaucoup de retraités actifs. Ils sont assistés sur place par deux secrétaires médicales qui prennent en charge toutes les tâches non médicales et font le lien avec le tissu sanitaire du secteur. « C’est super bien organisé », assure ­Etienne Maes, généraliste près de Rennes, venu en mars, motivé par la solidarité médicale portée par le projet et la volonté de participer à la lutte contre les ­difficultés d’­accès aux soins.

Durant leur séjour, les médecins sont salariés par l’association. Ils gagnent moins que pour une activité en libéral, notamment parce qu’ils voient un peu moins de patients par jour que dans un cabinet ordinaire, une vingtaine. En effet, « les consultations sont plus longues car on ne connaît pas les patients, observe le professionnel. Il faut se réapproprier le ­dossier de chacun. » Et laisser toutes les informations utiles aux praticiens qui viendront par la suite. « Nous sommes logés dans un gîte très sympathique et nos frais de déplacements sont ­remboursés », précise ­Etienne Maes, qui a apprécié le dépaysement, ressenti la reconnaiss­ance des patients et « rechargé [ses] batteries ».

Un partenariat essentiel

En à peine cinq mois, plus de 2 000 consultations ont été réalisées et quelque 800 patients ont demandé que le centre de santé soit leur médecin traitant. Selon ­Gabriel du ­Passage, le projet recueille 100 % de satisfaction du côté des médecins, qui découvrent une patientèle et se sentent utiles, comme de celui des habitants, qui retrouvent la possibilité de consulter.

Parmi les facteurs de réussite, poursuit-il, « le partenariat avec la collectivité est hyper­important. Le modèle ne fonctionne que si on ne gère aucun sujet immobilier ». La commune loue et met à disposition un local pré­fabriqué équipé et meublé de 66 mètres carrés, ce qui représente un investissement de 90 000 euros sur treize mois. Cependant, le cabinet déménagera à la fin de l’année au sein de l’Ehpad. « Nous avons assez de médecins pour assurer le planning jusqu’en 2024 et ouvrir un ­deuxième centre », souligne ­Gabriel du ­Passage. Un second cabinet qui est opérationnel depuis le mois de juin à ­Bellegarde-en-Marche, village creusois de 400 habitants, avec non pas un, mais deux généralistes disponibles chaque semaine.

« Beaucoup de communes nous contactent, continue-t-il. Nous travaillons avec les ARS afin de déterminer des critères de priorisation pour déployer le prochain centre dans un autre département. » Ce modèle, aux allures quelque peu humanitaires, fait partie des mesures de pis-aller qui apportent du répit dans les territoires les moins dotés en médecins, au point que Médecins solidaires a été identifié par le Conseil national de la refondation en santé comme un projet phare dans la lutte contre les déserts médicaux.

Contact : Gabriel du Passage, responsable de l’action “santé” de Bouge ton coq, contact@medecins-solidaires.fr

Focus

« On n’a plus de médecin de famille, mais une famille de médecins »

Guy RouchonGuy Rouchon, maire

« Avant, chaque semaine, chaque jour même, les habitants me demandaient si on avait trouvé un médecin… A présent, on ne me pose plus la question. Lors des deux réunions publiques avant l’ouverture du centre, certains doutaient et étaient attachés à la notion de médecin de famille. Aujourd’hui, ils sont très contents, surtout ceux qui n’avaient pas consulté depuis un an ou deux et sont ­touchés par des pathologies graves.

Ils apprécient ces médecins vraiment à leur écoute. Si des patients râlent un peu, c’est parce que le cabinet est souvent plein. Quelque chose s’est passé avec ces professionnels. On n’a certes plus de médecin de famille mais, grâce à ce dispositif, on a une famille de médecins. De toutes façons, nous n’avons pas le choix. Ce que nous espérons, c’est que cette expérience donne envie à l’un d’eux, à un couple ou à leurs amis, de ­s’installer au village. »

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