Les clés de l’inclusion numérique ? La proximité et les partenariats

Alors que la dématérialisation gagne du terrain, beaucoup d’usagers peinent à prendre en main les outils numériques et ne peuvent accéder à de nombreux services. En allant chercher au plus près des territoires ces exclus du numérique et en adaptant les dispositifs de formation, l’inclusion numérique prend petit à petit ses marques.
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Un atelier de médiation numerique

« La fracture numérique s’aggrave de jour en jour, et le confinement a été un révélateur supplémentaire. Il a montré que ceux qui étaient coupés du numérique ont souffert plus que les autres sur le plan humain comme professionnel et, en parallèle, le numérique a été ce qui a permis au pays de continuer de fonctionner » : tel est le constat sans appel posé par Raymond Vall, sénateur du Gers dont le mandat vient de s’achever et rapporteur de la mission d’information sur la lutte contre l’illectronisme.

Dans son rapport, remis en septembre au gouvernement, la mission arrivait aussi à la conclusion, appuyée par l’audition du secrétaire d’Etat au numérique, que « l’Etat était tout simplement dans l’incapacité de déployer [la politique publique d’inclusion numérique, ndlr] sans les collectivités locales ».

Depuis longtemps, en effet, ce sont bien les territoires qui rivalisent d’idées et de solutions pour lutter contre l’illettrisme du XXIe siècle. Petit à petit, leurs pratiques se rodent et les solutions s’affinent, en partant d’un constat partagé par tous : la bataille se joue auprès de profils très hétéroclites, au plus près des populations, et quasiment avec du sur-mesure.

Et la campagne en faveur de l’inclusion numérique se prépare et se gagne toujours en allant au plus près du terrain. « Les gens n’ont pas peur de nous solliciter, ils sont également très attentifs à ce que nous pouvons leur proposer, et confiants, car nous représentons la proximité », analyse Valérie Bouvier, première adjointe au maire chargée de la transversalité, de la communication et de la participation citoyenne de Saint-Pierre-en-Faucigny (5 900 hab., Haute-Savoie).

Pour elle, aucun doute possible : la commune est le territoire qui doit abriter les actions permettant d’autonomiser le plus de personnes possibles à la dématérialisation des services. « Il faut aller à la porte des habitants », assure-t-elle.

Mesure de l’indice de fragilité

S’il ne fallait retenir qu’une méthode pour parvenir à amener un maximum d’exclus du numérique à une pratique correcte, elle tiendrait en un mot : proximité.

D’abord, en amont, pour bien cibler les besoins. « Pour réaliser le diagnostic des pratiques numériques sur notre territoire, nous sommes partis de la mesure de l’indice de fragilité numérique produit dans le cadre du programme Incubo de la préfecture de région Occitanie, mais nous l’avons complétée par une approche qualitative », révèle Anne-Claire Dubreuil, directrice de projet « transformation numérique » de l’agglomération du Sicoval (36 communes, 76 800 hab., Haute-Garonne).

Pour effectuer cette analyse, le Sicoval s’est appuyé sur La Poste, chargée de mener des entretiens auprès d’une population choisie en amont, les ménages modestes et les plus de 70 ans. En complément, les aidants ont été sollicités pour évaluer leur niveau de pratique numérique personnel et dans leur mission vis-à-vis des habitants.

Comme pour les diagnostics, le déploiement de formations à la prise en main numérique semble porter ses fruits s’il se fait au plus près des besoins. En l’occurrence, dans les communes, et même parfois dans plusieurs lieux différents grâce à des dispositifs fixes, mais aussi de plus en plus itinérants.

« L’opérationnel et le concret, comme l’information des habitants sur les dispositifs qu’ils peuvent suivre, les sites où ils trouveront de l’accompagnement, doit se faire à l’échelle de la commune, tandis que l’agglomération fédère et met en cohérence », assure Anne-Claire Dubreuil. Saint-Pierre-en-Faucigny, en mobilisant son tissu associatif et la mission locale, est parvenue à créer des ateliers numériques regroupant des jeunes et des seniors exclus du numérique. « Nous avions prévu deux ateliers, nous en sommes à huit », indique l’élue.

Elle attribue ce succès au travail de fourmi effectué au plus près du terrain pour repérer et convaincre ceux que la dématérialisation laisse au bord du chemin de se familiariser avec le numérique.

Après l’analyse des besoins, une cartographie

Un autre enseignement qui commence à se dégager des pratiques locales concerne les partenariats. Entre acteurs publics ou en mêlant public et privé, l’action groupée est la règle. D’abord, avec l’ensemble des acteurs du champ social, tels que Pôle emploi, les CAF et les missions locales, et aussi avec, dans le privé, les opérateurs de services, notamment téléphoniques, et les organismes de formation.

Ce travail en réseau permet non seulement de mobiliser des ressources, mais aussi, et surtout, de créer un écosystème, base de la mise en œuvre de solutions amenant à l’inclusion numérique. Il offre également un espace pour comparer les dispositifs et les améliorer.

C’est ainsi qu’après avoir fait appel à ses ressources internes au sein des services sociaux afin d’analyser les besoins à l’échelle des territoires qui la composent, la métropole de Lyon (59 communes, 1,4 million d’hab.) prend la main pour cartographier le réseau des acteurs locaux du numérique. « L’objectif est de favoriser l’interconnaissance et, ce faisant, par exemple de répondre à des appels à projets, ou de porter des lieux ressource en commun », explique Erwan Le Luron, chef de projet numérique à la métropole.

Dans la plupart des territoires, ce travail permet de se rendre compte que, bien souvent, ce ne sont pas les forces en présence qui font défaut pour trouver les compétences capables de lutter contre l’illectronisme, mais plutôt les moyens d’organiser leur action. Et si tel n’est pas le cas, ces cartographies ont le mérite de mettre en lumière les ressources qu’il faudra aller chercher ailleurs.

L’ingénierie des dispositifs, un défi

Reste un autre défi : celui de l’ingénierie pour monter les dispositifs, les financer et les évaluer. Là, les schémas sont moins convergents. Raymond Vall plaide pour une animation départementale.

« Une conférence des financeurs doit coordonner, dans chaque département, les interventions territoriales, publiques et privées, et permettre, partout, le déploiement du Pass numérique. Un référent inclusion numérique doit être désigné à l’échelle intercommunale, pour garantir l’infusion des offres d’inclusion numérique dans l’ensemble des territoires, y compris ruraux », réclame-t-il.

Ce modèle fait écho à celui mis en place par le département des Pyrénées-Atlantiques, mais, à l’image du Sicoval ou de la métropole de Lyon, les communautés d’agglo ou de communes sont aussi très souvent à la manœuvre pour se positionner en boîte à outils de l’inclusion numérique.

La région Hauts-de-France a d’ailleurs mis en place une politique incitative pour convaincre les EPCI de définir leur feuille de route en matière d’inclusion numérique. Elle « met à disposition une animation qui les aide à définir leur feuille de route et des subventions. Ainsi, 48 intercommunalités sur 92 ont aujourd’hui acté leur stratégie en matière d’inclusion numérique et ont recruté un numéricien, chargé de faire vivre leur politique.

« La région se charge d’animer le réseau de ces numériciens pour diffuser les pratiques et de l’information », décrit Caroline Larmagnac, directrice générale adjointe de la région, chargée du pôle « équilibre des territoires ».

Quant à la mobilisation des moyens financiers, elle exige aussi une veille sur les outils financiers mobilisables et des compétences aiguisées pour monter les dossiers. D’autant plus qu’ils sont à aller chercher auprès de partenaires publics (collectivités, Etat, Europe), mais aussi d’acteurs privés. Un travail long et exigeant que peu réalisent aujourd’hui, préférant s’appuyer sur des dispositifs existants, notamment le Pass numérique, même s’il représente une contribution modeste au regard du coût des dispositifs.

Focus

Une action forte issue d’un travail collectif

Lancement du Pass numerique avec Cédric O à La Fibre64

[La Fibre64 (Pyrénées-Atlantiques) 11 collectivités ] Au sein du département des Pyrénées-Atlantiques puis du syndicat mixte La Fibre64 (1), le travail en faveur de l’inclusion numérique a commencé en 2017 par une évaluation des besoins. « Ce diagnostic nous a permis d’adresser principalement deux types de public, les aidants et le public très éloigné de la pratique numérique. Puis, nous avons défini un plan d’action opérationnel articulé autour d’offres de services en ingénierie de projets, en médiation numérique et en ingénierie de financement », relatent Emmanuel Dainciart, directeur, et Amalia Martinez, responsable du service « solutions numériques » de La Fibre64.Depuis cette année, le syndicat mixte déploie sur l’ensemble du département une offre de formation itinérante, assure une veille afin de repérer les sources de financement potentielles (Pass numérique, La Poste, la région…) et aide ses partenaires à financer les projets.

Un espace « ressources » pour les aidants numériques appuie ces actions. « Il leur permet notamment d’avoir une vision des différents acteurs de l’inclusion numérique présents sur le territoire et des actions qui y sont déployées, mais aussi de tisser des liens pour échanger des bonnes pratiques et faire évoluer les dispositifs. La force de notre action vient sans aucun doute du travail collectif en faveur de l’inclusion numérique, l’animation du réseau de partenaires, dont Pole emploi, la CAF et la CPAM par La Fibre64 étant l’une des clés de la réussite », estiment Emmanuel Dainciart et Amalia Martinez.

Contact : Emmanuel Dainciart, contact@thd64.fr

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