Pour les forces de police comme pour les élus locaux, la lutte contre le trafic de stupéfiants est devenue la mère des batailles. Particulièrement depuis le Covid, où la consommation a explosé partout sur le territoire. Quant aux produits, ils se révèlent de plus en plus dangereux pour la santé. Dans ce contexte, comment repenser les politiques de lutte contre les drogues, en intégrant un véritable volet prévention ? Quelle place pour les villes aux côtés des services de l’État ?
Partant du diagnostic particulièrement alarmant du rapport de la commission d’enquête sur l’impact du narcotrafic présidé par le sénateur Jérôme Durain, les élus du Forum français pour la sécurité urbaine ont profité de leurs Assises de la sécurité des territoires organisées les 18 et 19 juin pour partager leurs réflexions et tenter d’apporter des réponses.
« Les villes ont un rôle à jouer dans leur champ de compétences »
Nathalie Appéré, maire (PS) de Rennes, présidente de Rennes Métropole, secrétaire générale de France Urbaine
« Si la lutte contre le trafic des stupéfiants est incontestablement une mission régalienne, les élus locaux doivent y être associés au nom de la proximité qu’ils ont avec leurs habitants. C’est là que réside notre plus-value. La crédibilité de l’action partenariale résidera justement dans cette capacité à réunir l’ensemble des acteurs, dans le respect du périmètre de chacun, et à coordonner les actions mises en œuvre. Prenons l’exemple des opérations « places nettes », qui sont à mes yeux insuffisantes mais indispensables – car malgré l’effet com’, elles montrent aux habitants que leurs préoccupations sont prises en considération. Dans le cadre de ces opérations coup de poing, les villes ont un rôle à jouer dans leur champ de compétences en faisant remonter les informations via la police municipale ou encore en procédant à l’enlèvement des encombrants qui font suite à l’intervention policière. Au-delà, nous pouvons initier des actions à 360 degrés avec nos propres moyens dans le champ de la prévention, de la santé et notamment de la santé mentale, des services publics de proximité et bien sûr dans l’accompagnement des enfants et des adultes. »
« Nous connaissons les outils pour agir auprès des jeunes »
Pierre Hurmic, maire (EELV) de Bordeaux, premier vice-président de Bordeaux Métropole, président du Forum français pour la sécurité urbaine.
« Face à l’ampleur du fléau, tous les échelons territoriaux sont pertinents. La lutte contre les stupéfiants passe autant par l’international et le national que le local. Faisons la comparaison avec la menace terroriste qui a montré combien nous avons su adapter nos actions municipales. Des moyens phénoménaux ont été engagés pour sécuriser les manifestations de toutes sortes dans nos villes, déployer des blocstops là où c’est nécessaire ou encore recruter des vigiles. Nous devons nous mobiliser tout autant contre la drogue. Certes, personne n’attend des maires qu’ils enrayent le trafic. Mais nous pouvons agir auprès des jeunes, de plus en plus nombreux à consommer des produits stupéfiants. Nous connaissons les outils pour prévenir les conduites addictives et l’entrée dans le trafic. On a fait des campagnes très audacieuses contre le tabac. Qu’attend-on pour le faire sur les stups ? De même, il faut investir sur la présence humaine : dans les établissements scolaires avec le recrutement de médiateurs à l’école mais également dans le champ de la santé avec les professionnels et la création de haltes soins addictions ».
« Les élus locaux ont une ressource fondamentale : la proximité »
Jérôme Durain, sénateur (PS) de Saône-et-Loire et président de la commission d’enquête sénatoriale sur l’impact du narcotrafic en France
« La question centrale, c’est l’argent : 50 % des montants générés par le narcotrafic repartent dans l’économie réelle à travers la restauration, l’hôtellerie, les entreprises de sécurité… Ces commerces éphémères, kebabs, ongleries ou encore coiffeurs qui contribuent aux trafics, ils sont connus. Et c’est toute notre économie locale qui peut être impactée.
Les élus locaux ont une ressource fondamentale : la proximité, l’information, la connaissance du terrain. Les maires savent par exemple à quel moment il faut envoyer les policiers municipaux ou non, en fonction d’une enquête de police en cours. À ce titre, le processus de signalement doit être amélioré car les élus sont les mieux placés pour repérer ces commerces qui ont pignon sur rue, n’ont pas de clientèle mais tournent quand même. Les maires sont en capacité de signaler tous ces enrichissements suspects.
Mon inquiétude concernant le bloc local et la gestion du narcotrafic, c’est aussi la corruption. Cette menace est tellement importante qu’elle pose la question des méga-fichiers qui donnent accès à un grand nombre d’informations à tout le monde. Dans quelles conditions peut-on mettre le doigt dans ce sujet sans se mettre en danger ? C’est une question alarmante, mais il faut la traiter. »












