Une large mobilisation pour exiger un « plan d’urgence pour le 93 »

Depuis plus d’un mois, les écoles, collèges et lycées du département de la Seine-Saint-Denis se mobilisent, exigeant un « plan d’urgence ». Selon les besoins évalués par l’intersyndicale, il manque 5 000 postes d’enseignants, d'infirmières scolaires ou encore d’assistants d'éducation, mais aussi des investissements dans les infrastructures scolaires. Depuis peu, les élus locaux se mobilisent eux aussi, aux côtés des enseignants et des parents d’élèves.
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Opérations collèges morts, réunions d’information avec les parents, manifestation et rassemblements … Depuis le 26 février dernier, les actions se suivent sans se ressembler dans les établissements de la Seine-Saint-Denis. À l’initiative d’une large intersyndicale (FSU, CGT Educ’action, SUD-Education, CNT, FO), des enseignants, parents d’élèves et assistants d’éducation se mobilisent pour exiger un plan d’urgence pour le département.

« En 1998, une mobilisation similaire avait abouti, rappelle Grégory Thuizat, enseignant de français et co-secrétaire départemental du SNES-FSU 93. Le département avait obtenu 3 000 postes supplémentaires. » Vingt-six ans plus tard, pour chiffrer au mieux les besoins du département, un questionnaire a été envoyé aux 1 300 établissements de la Seine-Saint-Denis à l’automne dernier.

Un plan d’urgence à hauteur de 358 millions d’euros

Les revendications sont donc chiffrées : ce sont 358 millions d’euros nécessaires pour pourvoir les postes manquants, aussi bien dans l’enseignement et la vie scolaire qu’au sein des pôles médico-sociaux. Dans le secondaire, il manque 1 000 enseignants pour les 130 collèges, et 2 200 enseignants au sein des 68 lycées. Mais le premier degré est aussi lourdement touché avec 2 000 enseignants manquant dans les 859 écoles.

Le nombre d’heures d’absences non remplacées est la conséquence la plus visible de ce problème, souligne Alix Rivière de la FCPE 93. « Dans les années 2000, notre association estimait qu’un élève du 93 perdait en moyenne une année de scolarité à cause de ces absences. En 2024, c’est encore plus ! Preuve que le problème, loin d’être résolu, s’est aggravé. » Selon les chiffres du ministère, en octobre 2023, le taux d’absences remplacées s’établit à 65% dans le premier degré pour 77,4% au niveau national, et 92,8 % contre 94,5% dans le second degré.

Et les enseignants ne sont pas les seuls à manquer : l’intersyndicale demande aussi la création de 2 000 postes d’accompagnants d’élèves en situation de handicap, 175 de et 650 assistants d’éducation. Mais également 128 postes d’infirmières scolaires et 72 d’assistants sociaux. Le plan d’urgence comprend également un volet sur le bâti scolaire. Selon les réponses au questionnaire de l’intersyndicale, un tiers des établissements scolaires sont infestés de nuisibles, et plus de la moitié sont sous-chauffés. Les représentants syndicaux ont été reçus le 15 mars par Nicole Belloubet, rue de Grenelle, sans que le rendez-vous ait débouché sur un accord.

Contre les groupes de niveau et la ségrégation scolaire

Face au « choc des savoirs » annoncé par Gabriel Attal en décembre dernier, l’opposition départementale a rencontré la mobilisation nationale. Dans les cortèges, « des nombreuses pancartes et slogans dénoncent les groupes de niveaux », souligne Grégory Thuizat. Alix Rivière, voit elle, un lien entre les deux combats : « Les enfants qui n’auront pas eu cours de français de l’année par manque de professeurs, ils iront dans quel groupe à votre avis ? » Le 2 avril à nouveau, une journée de grève nationale était prévue par les syndicats.

Des mesures également contesté par Stéphane Troussel, président du conseil départemental qui appelle plutôt à « un choc d’égalité ». « Je refuse que les ressources allouées par l’Éducation nationale aux établissements en éducation prioritaire en Seine-Saint-Denis soient parfois inférieures à ceux des établissements des quartiers favorisés de Paris », s’indigne l’élu dans un communiqué, rappelant que la ségrégation sociale qui s’est installée entre les établissements et mise en lumière par les IPS.

« La Seine-Saint-Denis figure parmi les cinq départements qui investissent le plus dans les collèges. Déjà, depuis 2010, le Département a construit 10 collèges supplémentaires, passant de 120 à 130 collèges publics, reconstruit 23 collèges et modernisé 82 autres. Cependant, ces efforts ne seront jamais suffisants, car ils sont entravés par la pénurie d’enseignants, de moyens de vie scolaire, de personnels médico-sociaux », précise-t-il.

Douze maires mettent l’État en demeure

Les maires sont également entrés dans la mobilisation. Le 2 avril, douze élus municipaux ont pris un arrêté commun afin d’obliger l’État à accéder aux demandes issues du plan d’urgence. Ces textes pris à Romainville, La Courneuve, Montreuil, Pantin mais aussi Sevran et Noisy-le-Sec, s’appuient sur « le respect de la dignité de la personne humaine » qui est l’une des « composantes de l’ordre public ».

Les maires signataires souhaitent aussi lancer un débat sur de vrais « indicateurs » permettant de mesurer l’égalité réelle des dotations attribuées à la Seine-Saint-Denis. Un sujet qui réapparaît à chaque plan de rattrapage. « Si l’État se veut plus fort en Seine-Saint-Denis, il semble voué à une certaine impuissance », estimait le rapport parlementaire de Stéphane Peu et sa Christine Decodts, publié le 30 novembre dernier.

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