L’entretien des terrains de sport reste une source de pollution des nappes phréatiques, y compris dans les communes dites « zéro phyto ». Les sécheresses fragilisent le gazon, le rendant de plus en plus sujet aux attaques de champignons. Ce qui peut inciter à davantage de traitements… Voire à passer aux terrains artificiels, susceptibles de larguer dans l’environnement des microplastiques inaltérables, des substances chimiques dans l’eau, ainsi que des phtalates et autres HAP cancérigènes dans l’air que respirent les joueurs (1).
Une solution naturelle, bio et française existe toutefois depuis une petite dizaine d’années, pour maintenir un gazon vert, sur un sol de terrain de sport bien vivant. Elle s’inspire des amendements de goémon utilisés par les paysans depuis des siècles. Près de Tréguier (Côtes-d’Armor), en Bretagne, une petite entreprise – Symbiomer – a développé un produit entièrement à base d’algues, qui améliore considérablement le sol et la résistance des plantes aux rudes conditions auxquelles elles sont soumises sur les terrains de sport.
Le procédé consiste à déshydrater à basse température les algues ; ce qui permet de garder leurs propriétés intactes (acides aminés, oligo-éléments et phytohormones) et de les concentrer sous forme de pellets à semer ou de liquide à épandre.
Un bon point pour l’enracinement
Frédéric Goubsky, distributeur et conseil en solutions pour espaces verts au sein d’Echo-Vert Normandie, apparaît emballé par les résultats qu’il observe chez ses clients, collectivités et paysagistes. « C’est spectaculaire en rapidité d’installation. Le gazon pousse plus vite et plus densément ». « On peut gagner une à deux semaines sur l’enracinement, soit six semaines au lieu de huit », précise Élodie Ménard, ingénieure agronome chez Symbiomer. Frédéric Goubsky l’a constaté lors de la création d’un terrain à Dives-sur-Mer (37 000 habitants, Calvados) : « Les semis ont été faits le 10 juillet. Le 18, nous avions une levée complète. Le 12 août, la densification était énorme », témoigne-t-il.
Franck Bouchet, maire adjoint de Margencel (82 600 hab., Haute-Savoie) délégué à l’environnement, déclare également avoir « des résultats bluffants, surtout sur l’enracinement du gazon » sur son terrain d’honneur et celui d’entraînement. La mairie a épandu des bouchons d’algues à l’automne 2024 et au printemps 2025. L’élu, paysagiste de profession, constate une meilleure résistance à la sécheresse au mois de juin dernier.
Tout en fortifiant les plantes, les algues structurent le sol et lui permettent de mieux retenir l’humidité. « Cela nous a permis de ne pas faire de fumure azotée, comme habituellement », précise l’élu. « Le but est de rendre le terrain autonome, avec des apports légers », complète Élodie Ménard. Si ce n’est pas encore le cas à Margencel, l’idée est de faire un apport d’algues au lieu de trois fumures chimiques. Ce qui rend le coût de la solution acceptable, même si les produits Symbiomer restent plus chers qu’un amendement chimique classique.
Disparition des champignons
À Buzançais (4 400 hab., Indre), qui a trois terrains de football et un de rugby, Sophie Coutand, responsable des espaces verts, déclare « de très bons retours » et compte passer aux trois quarts en algues, avec un seul passage aux engrais minéraux, en juin 2026. Son terrain d’honneur avait subi une invasion du champignon dollar spot, ainsi que des ronds de sorcière. Courant 2024, après deux passages de pellets, un en juillet (250 kg) et un autre en octobre (225 kg), ces maladies chroniques « ont totalement disparu ». La commune compte passer le liquide en question tous les deux mois, pour entretenir le gazon.












