Le secret d’une équipe performante serait-il de faire parler les agents de leur activité ? Pour valider cette hypothèse, Vertou (Loire-Atlantique), 420 agents pour 26 230 habitants, expérimente, depuis septembre 2024, les espaces de dialogue sur le travail (EDT). Des réunions qui permettent de discuter collectivement des difficultés rencontrées ou ressenties, d’échanger sur les freins opérationnels et de rechercher ensemble des solutions. « On planche sur le comment et le pourquoi du travail empêché. On analyse où ça bloque », résume Laura Prigent, chargée de mission « transformation et innovation ».
Un management par le dialogue sur le travail
Les EDT sont hérités des études de Yves Clot, psychologue du travail, et de Mathieu Detchessahar, professeur des universités et chercheur au laboratoire d’économie et de management Nantes-Atlantique de l’Institut d’économie et de management de Nantes. C’est à la suite d’une conférence de ce dernier, destinée aux manageurs de la ville et portant sur le management par le dialogue sur le travail, que Vertou a décidé de se lancer, avec son appui. Mathieu Detchessahar a accompagné une quinzaine d’EDT, avant que Laura Prigent ne prenne le relais.
« Nous avons fait entrer chacune des six directions générales adjointes dans la démarche, au fur et à mesure, pour arriver, en juin 2026, à un total de soixante-douze équipes qui auront pu expérimenter les EDT », indique Ginette Werler, directrice générale adjointe « dynamiques professionnelles et humaines ».
Dix-huit mois auront donc été nécessaires pour déployer, à l’échelle de la collectivité, ces réunions dédiées à l’écoute et à l’action collective, dont l’organisation est très cadrée. Cinq EDT sont organisés sur dix mois, à raison d’une réunion toutes les six à huit semaines, pour chaque équipe constituée à différents niveaux : terrain, pôle, service, direction générale adjointe et comité de direction. « Il faut, a minima, un manager avec deux agents et les groupes peuvent aller jusqu’à 18 personnes », souligne Laura Prigent.
Réalisation d’une fiche suiveuse
Elle les accompagne lors des deux premiers EDT, puis les encadrants continuent en solo. Toutefois, s’ils en éprouvent le besoin, ils peuvent bénéficier d’un coaching ou être accompagnés sur un EDT supplémentaire. « Ce n’est pas évident pour le manager, qui doit changer de rôle pour adopter une posture de facilitateur, en restant neutre, même s’il est en désaccord. Sa mission est de guider la réflexion du groupe par le questionnement, sans apporter de solution. S’il dispose d’une donnée que l’équipe n’a pas, il peut en faire part une fois que l’équipe s’est exprimée », explique Laura Prigent.
L’un des agents formalise les conclusions et les propositions validées par les participants dans une « fiche suiveuse ». « Plus qu’un compte rendu, c’est un outil de pilotage pour le suivi des sujets abordés », souligne Ginette Werler. Soit la solution peut être mise en œuvre par l’équipe et, dans ce cas, elle est expérimentée et réinterrogée lors de l’EDT suivant, soit elle nécessite d’être transmise à un niveau supérieur, qui devra s’emparer du sujet dans le cadre de son propre EDT.
L’ordre du jour de chaque réunion est défini par le groupe en début de séance qui, ensuite, vote pour le sujet à aborder. « Au-delà des réponses apportées aux “irritants”, ces moments favorisent la cohésion et renforcent le collectif », rapporte Ginette Werler. L’évaluation en continu de l’expérimentation se clôturera en décembre, une fois que tous les groupes auront organisé leurs cinq EDT. l
Focus
Une mise en discussion du travail réel
Mis en œuvre à l’échelle d’un collectif exerçant dans le même champ d’activité ou des activités connexes, les espaces de discussion sur le travail (EDT) constituent l’une des modalités du dialogue professionnel. Ces temps d’échanges formalisés portant sur le travail réel servent à analyser les situations concrètes, à identifier des marges de manœuvre et à coconstruire des solutions. Les EDT s’inscrivent dans une démarche d’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail en permettant aux agents d’aborder librement les contraintes du travail quotidien, d’interroger son efficacité, sa qualité et les modes de faire. Pour les encadrants, les EDT servent à mieux cerner la manière dont les agents vivent l’activité et leurs besoins. L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail propose un ensemble de ressources en ligne pour organiser des EDT.












