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Pourquoi le département de l’Hérault refuse de financer le contournement ferroviaire de Montpellier et Nîmes
Jean Lelong | Actualité Club finances | Régions | Publié le 24/01/2012

Le contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier, d’un coût de 2 milliards d’euros, sera financé sans participation du conseil général de l’Hérault. Son président, André Vezinhet estime que la réalisation de cet équipement relève de la responsabilité de l’Etat et de l’Europe. Il demande également que l’Europe participe massivement au financement de la ligne nouvelle Montpellier-Perpignan, chaînon manquant de la liaison à grande vitesse entre Séville et Rotterdam.

Cinq collectivités du Languedoc-Roussillon participeront au financement du contournement ferroviaire de Nîmes et Montpellier, dont Réseaux ferrés de France (RFF) a choisi de confier [1] la réalisation à Bouygues TP. Au terme d’une réunion tenue le lundi 16 janvier 2012 à la préfecture de l’Hérault, la région Languedoc-Roussillon, les agglomérations de Montpellier et de Nîmes et le département du Gard auraient accepté de contribuer [2] à hauteur de 560 millions d’euros à cet investissement chiffré à 2 milliards d’euros. Seul le conseil général de l’Hérault s’est tenu à l’écart du tour de table, conformément à une position arrêtée dès 2007.

Une situation « impensable » – « Lorsque nous avons été sollicités par le représentant de l’Etat chargé du montage financier de ce projet, explique André Vezinhet, président de l’assemblée départementale, l’Etat nous devait 600 millions d’euros, correspondant à des transferts de compétences non compensés par des transferts de recettes. Depuis, les choses ont empiré. La dette approche désormais 1 milliard d’euros. Il est donc singulier que l’Etat, qui est notre débiteur, se paie le luxe de nous demander en plus de suppléer à ses carences pour financer une réalisation qui est, à l’évidence, d’enjeu national et européen. C’est impensable ! Vous imagineriez-vous aller sonner chez quelqu’un auprès de qui vous êtes redevable d’une dette énorme et lui dire : “ Donnez moi en plus de l’argent pour me permettre d’atteindre mes objectifs“ ? »

« Planche à billets  » – André Vezinhet met également en relation l’importance des contributions demandées avec la situation financière des collectivités. « Quand je vois les agglomérations de Nîmes et de Montpellier et le département du Gard s’engager sur des montants importants, à l’heure où nous connaissons de graves difficultés financières, je me demande où ils trouvent l’argent. Auraient-ils une planche à billets ? Je ne le crois pas. En ce qui me concerne, je veux pouvoir rendre une copie propre à mon successeur. Je ne me vois pas lui dire : J’ai engagé le département pour 100 ou 130 millions d’euros sur le TGV. Car c’est lui qui aura à payer les annuités ».

Ligne Montpellier-Perpignan – Le président du conseil général de l’Hérault n’est pas davantage disposé à engager sa collectivité dans le financement de la ligne nouvelle Montpellier-Perpignan, même s’il a accepté de cofinancer, à hauteur de 61 000 euros, les études préparatoires au débat public. « J’ai donné mon accord car je ne voulais pas bloquer les études. Il faut bien savoir où faire passer la ligne. Mais la somme était très raisonnable et j’ai bien expliqué que cette contribution ne pouvait en aucun cas être conçue comme un engagement à financer les travaux. Une seule chose pourrait me faire changer d’avis, précise André Vezinhet : si l’Etat me rend le milliard d’euros qu’il me doit, alors je pourrais en distraire une partie pour financer le TGV. »

Une participation insuffisante de l’Europe – André Vezinhet avance un autre argument pour justifier son abstention : la faiblesse de la contribution européenne au financement du contournement de Nîmes-Montpellier : « L’Europe a apporté à la réalisation du TGV Est, dont je rappelle qu’il ne franchit pas la frontière, une contribution de l’ordre de 15 %. Et pour le TGV Nîmes-Montpellier, qui s’inscrit dans la liaison Séville-Rotterdam, la participation européenne est inférieure à 3 %. Se moquerait-on de nous ? Ne veut-on pas reconnaître le caractère totalement européen de cette liaison et l’importance capitale qu’elle revêt pour toutes les régions traversées ? Je suggère donc au président du conseil régional, Christian Bourquin, comme je l’avais suggéré à son prédécesseur, Georges Frêche, d’aller rencontrer le président de la Commission européenne, Manuel Barroso, entouré des présidents des conseils généraux du Gard, de l’Aude, les Pyrénées-Orientales et de l’Hérault, pour lui demander de financer massivement la réalisation de la ligne nouvelle Montpellier-Perpignan, et de débloquer ainsi le seul projet de TGV authentiquement européen. Cela permettrait d’effacer les contributions des collectivités, du moins des collectivités autres que la région qui, elle, est compétente en matière ferroviaire. »

REFERENCES

Consulter la carte du projet de contournement de Montpellier et Nîmes et de la ligne TGV entre Montpellier et Perpignan.