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Le changement (climatique) c’est maintenant

Le Ventoux invente la vigne de demain

Publié le 05/08/2022 • Par Mathilde Elie • dans : A la une, Dossiers d'actualité, France

Le domaine de Piolenc permet d’expérimenter la culture de vignes abritées par deux structures de 280 panneaux photovoltaïques.
Le domaine de Piolenc permet d’expérimenter la culture de vignes abritées par deux structures de 280 panneaux photovoltaïques. D.R.
Chaleurs extrêmes et gels tardifs mettent à mal les différentes cultures du mont Ventoux. Le sujet embarque une foule d’acteurs locaux et les solutions se structurent pour que les vignerons, en première ligne, puissent adapter leurs pratiques et préservent ce qui constitue leur identité.

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«A l’époque de mon grand-père, les vendanges avaient lieu fin septembre. L’année dernière, nous avons récolté en août. En soixante ans, il y a eu un décalage de vingt-trois jours. Or cette précocité est l’un des premiers indicateurs du changement climatique. »

­Stéphane ­Saurel, vigneron, avoue être assez pessimiste. « Les canicules deviennent monnaie courante, la vigne n’a plus d’eau, les phénomènes de gel et de grêle se multiplient. Ces aléas, souvent intenses, bloquent la maturation des plantes. Nos vins ne sont plus équilibrés… » Son domaine, Les terrasses d’Eole, surplombe le clocher de l’église de ­Mazan. En arrière-plan, le mont ­Ventoux, son sommet dénudé où trône l’observatoire astronomique, tel un phare. Des rangées d’oliviers accueillent les visiteurs. Plus bas, près d’une rivière, sur une terre fertile, il fait pousser des noyers. Préoccupé par l’avenir de la planète, cet agronome de formation s’essaie à l’agroforesterie, technique qui consiste à combiner arbres forestiers et cultures pour entretenir la richesse des sols.

A la tête du Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE) « Les hommes qui plantent des arbres » il se forme et cherche, avec d’autres agriculteurs de la région, à s’adapter tout en préservant la biodiversité. Il a même mis au point un Système d’information géographique intégrant 150 ans de données climatiques dont une partie issues des projections du Giec. « L’idée est de regrouper 10 000 cartes du climat de notre appellation à différents stades phénologiques de la vigne pour permettre aux vignerons de se projeter dans le type de vigne, la manière de planter… »

Prise de conscience

« Dans le ­Ventoux, encore plus qu’ailleurs, le climat est au cœur de l’ADN de notre terroir », insiste ­Frédéric ­Chaudière, président de l’AOC (appellation d’origine ­contrôlée) ­Ventoux. Deux études sur le ­climat, menées par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) ­d’Avignon, le confirment : « L’accélération du réchauffement climatique pose des questions existentielles pour le vignoble du V­entoux dans les années à venir. » Après la sécheresse de 2003, la perte de 30 % de l’AOC en 2017 pour cause de grêle, un millésime 2018 compliqué à gérer à cause de la pression du mildiou lié à des conditions d’humidité exceptionnelles.

Les acteurs locaux ont décidé d’agir. Un groupement ­informel est en place et réunit la chambre d’agriculture du ­Vaucluse, son antenne locale GDA ­Ventoux, ­l’Inrae, le lycée viticole de ­Carpentras et la communauté de communes du V­entoux. Une prise de conscience qui coïncide avec la création du parc naturel régional (PNR).

« En 2019, alors que nous finalisions le projet de PNR, nous avons fait intervenir des experts scientifiques du Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] et de la chambre d’agriculture pour prendre la mesure de la situation, se souvient Ken Reyna, directeur du PNR. Cela a donné lieu à un forum ouvert, rassemblant des chercheurs, des agriculteurs, des élus locaux pour imaginer les pratiques de demain. » Le groupe de travail « clim agri ­Ventoux » est ainsi né, avec pour objectif de faire émerger une ­dynamique qu’il veut désormais partager avec les décideurs publics des territoires voisins.

Logique de durabilité

La région prend aussi sa part afin de préserver ce qui constitue l’une des richesses de ce territoire. Une feuille de route pour accompagner l’agriculture dans son adaptation au changement climatique, aux enjeux environnementaux et aux attentes sociétales a ainsi été inscrite dans la charte du PNR du mont ­Ventoux. « C’est une politique globale d’adaptation des filières agricoles que nous portons de manière très volontariste dans une logique de ­durabilité, ­d’innovation et de viabilité », notent ­Bénédicte ­Martin, vice-présidente (LR) de la région Paca, chargée de ­l’agriculture et première vice-­présidente du PNR du mont ­Ventoux, et ­Jacqueline ­Bouyac, présidente du PNR du mont ­Ventoux et vice-présidente (LR) de la région Paca.

Concernant la gestion de l’eau, la région veut promouvoir une « irrigation vertueuse » en investissant dans la recherche et la modernisation des canaux et réseaux, la création d’ouvrages de substitution d’eau et l’extension des réseaux agricoles. Le département apporte aussi sa pierre à l’édifice en réalisant des investissements pour ­économiser l’eau. « Cela sécurise le département, notamment dans les périodes de sécheresse », note Georgia Lambertin, présidente de la chambre d’agriculture du Vaucluse et agricultrice, qui fait de l’adaptation au changement climatique la boussole de son mandat. ‘Les impacts économiques sont importants, avec des pertes de production importantes. Notre objectif est d’aider les agriculteurs à être les plus résilients possible sur leur exploitation. »

Domaine expérimental

Mais concrètement, quelle stratégie adopter ? C’est la question que cherchent à résoudre les techniciens de la chambre d’agriculture. A quelques kilomètres d’Orange, le domaine expérimental de ­Piolenc est un laboratoire à ciel ouvert.

« Ici, ce sont des haies viticoles pour ramener de la biodiversité, des cultures de thym pour ne pas laisser les terres nues, un conservatoire de clones de grenache pour maintenir la diversité. Là, des vignes issues de croisements pour créer des cépages résistants aux maladies, ces plants sont recouverts de filets d’ombrage pour ­retarder la maturité et donc la date de récolte », explique ­Silvère ­Devèze, conseiller « viticulture œnologie », en parcourant les allées. Puis, sortis des vignes, deux structures de 280 panneaux photo­voltaïques pilotés à distance servent d’ombrage.

« Les vignes abritées résistent mieux aux fortes chaleurs, poursuivent leur croissance même si les températures sont très élevées et leur besoin en eau est réduit, car il y a moins d’évapotranspiration. » Mais si les résultats de l’expérience sont intéressants, le coût de ce genre d’installation, la modification de l’aspect paysager et la problématique du maintien des rendements peuvent être prohibitifs pour les vignerons. « Il n’existe pas de solution idéale », concède le spécialiste.

Pour Inaki Garcia de Cortazar Atauri, directeur de l’unité Agroclim de l’Inrae d’Avignon (Vaucluse, 92 000 hab.) l’une des clés est la diversité. « Cela vaut aussi bien pour l’agriculture que la viticulture, note-t-il. Pour la viticulture, il faut chercher des cépages plus tardifs, résistants aux fortes températures, s’interroger sur le feuillage et la taille pour retarder la problématique du gel. Pour l’agriculture, il faut trouver des dates de semis plus adaptées, se tourner vers d’autres espèces comme la pistache ou la grenade ou encore l’argousier. Cela permet aux agriculteurs de sécuriser leurs récoltes. Les idées sont là, mais les agriculteurs auront besoin de la puissance publique, car ils ne pourront pas assumer la totalité des coûts d’adaptation. »

philippe rossello_grec sud« Le parc naturel régional pourrait devenir exemplaire », Philippe Rosselo, Groupe régional d’expert sur le climat en région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur

« Au mont Ventoux, la température a augmenté de 1,8 degré ces soixante dernières années, alors que la moyenne mondiale est de 1,1. L’agriculture se trouve face à une équation compliquée puisqu’elle doit trouver des solutions pour augmenter la résistance des cultures au choc climatique, sans pour autant aggraver le changement climatique. En somme, elle doit s’adapter à une situation à laquelle elle contribue de fait, en émettant des gaz à effet de serre. Le parc naturel régional du mont Ventoux pourrait devenir exemplaire si l’on arrive à la fois à rendre son agriculture plus propre tout en réussissant à adapter les pratiques et les cultures pour les rendre plus résilientes. Il y a un contexte local de prise de conscience et de mobilisation. Le plan “climat“ de la région, intitulé “gardons une Cop d’avance“ est un atout. Tous les ingrédients sont réunis aujourd’hui, mais cela nécessite d’améliorer le dialogue et de mieux partager les expériences. »

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