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[Entretien] éducation

« La mixité, ce n’est pas les filles contre les garçons »

Publié le 01/08/2022 • Par Alexandra Caccivio • dans : Actu expert Education et Vie scolaire, France

Maruejouls-Edith
C. Rozotte / Divergence
Depuis douze ans, la docteure en géographie Edith Maruéjouls se penche sur les cours de récréation, qui « sont le lieu des premières inégalités, en particulier entre filles et garçons ». En analysant, avec les enfants et les équipes pédagogiques, ces espaces, elle les amène à repenser l’occupation des sols, pour que chacun y trouve sa place.

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Si la mixité est instaurée depuis 1975 à l’école, elle ne garantit pas l’égalité, relevait en 2017 le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes. Les enseignants, comme l’ensemble de la société, véhiculent des stéréotypes sexistes. « Dans les manuels de CP, les femmes représentent 40 % des personnages et 70 % de ceux qui font la cuisine et le ménage, mais seulement 3 % des personnages occupant un métier scientifique », illustrait le HCE.

Il dépeignait également « une géographie de la cour de récréation très sexuée », avec des garçons qui « investissent l’essentiel de la cour par des jeux mobiles et bruyants ».

Docteure en géographie, Edith Maruéjouls a fondé en 2014 l’Atelier recherche observatoire égalité (Arobe). Depuis douze ans, elle se penche sur les cours de récréation qui, « véritables espaces publics miniatures », « sont le lieu des premières inégalités, en particulier entre filles et garçons », dit-elle. En analysant, avec les enfants et les équipes pédagogiques, ces espaces, elle les amène à repenser l’occupation des sols, pour que chacun y trouve sa place.

Réussir à faire de l’école un lieu où filles et garçons jouent ensemble afin de prévenir, plus tard, les violences. C’est le but que poursuit Edith Maruéjouls, qui publie ce mois-ci « Faire je(u) égal : penser les espaces à l’école pour inclure tous les enfants », aux éditions Double Ponctuation. Elle y propose des solutions visant à rendre l’école plus inclusive. Pour les filles. Pour les garçons – très nombreux – « qui ne sont pas performants au ballon ». Pour tous ces élèves qui, parce qu’ils ont un handicap, sont laissés de côté.

Vous avez travaillé sur la répartition filles-garçons dans l’espace public, très inégalitaire. Pourquoi vous êtes-vous particulièrement intéressée, avec les collectivités, à la cour de récréation ?

C’est l’endroit où les enfants vont apprendre la manière dont fonctionne l’espace public. La loi de 1975, qui rend obligatoire la mixité dans les écoles, aurait pu changer les choses. Mais on n’y a pas mis de projet. L’école, en dehors des temps de classe, peine à réaliser une mixité et une égalité réelles, dans la cour, à la cantine.

La mixité, ce n’est pas 50-50, ni les filles contre les garçons. L’objectif est d’amener les enfants à jouer, à manger, à rire… ensemble. C’est l’absence de relations entre les filles et les garçons qui crée les violences plus tard. La mixité n’étant pas la norme, il faut développer des stratégies pour la favoriser, en créant des espaces où filles et garçons pourront faire « jeu ensemble ».

Il existe de nombreuses stratégies pour réussir à faire de l’espace de la cour un lieu du bien-vivre ensemble, égalitaire, apaisé et joyeux. Car c’est aussi la question : beaucoup d’enfants s’ennuient dans les cours parce qu’ils n’ont pas de place pour le jeu qu’ils aimeraient faire, voire souffrent des injustices dont ils sont témoins.

Dans la méthodologie que nous avons développée, nous discutons beaucoup avec les enfants afin de comprendre comment ils occupent l’espace. A partir de cela, nous proposons une semaine d’expérimentation, en aménageant ici un espace calme, là un endroit intermédiaire – avec des jeux de société –, ailleurs une aire de jeux collectifs. Cela permet à chacun de trouver sa place, sans être bousculé par les autres.

Cela suffit-il à créer de nouvelles relations entre les filles et les garçons ?

Non. Déconstruire le sexisme et la hiérarchie (entre les faibles et les forts), pour réellement partager l’espace entre tous, est une longue marche, qui demande un plan d’action. Je travaille beaucoup avec les animateurs du périscolaire parce que la pause méridienne est le moment idéal pour cela, c’est un temps long où l’on peut créer de la relation.

Nous agissons par exemple sur la manière de choisir un jeu à faire ensemble, par la négociation ou en faisant tourner la « roue du jeu au hasard ». Cela permet de casser un peu les rapports de force. Et souvent, les enfants adhèrent, parce que même ceux qui raffolent du foot aiment jouer à autre chose.

« Faire égalité », ce n’est pas seulement faire en sorte que les jeux dits « de garçon » s’ouvrent aux filles. C’est aussi veiller à ce que les garçons soient perméables au monde des filles, qu’ils trouvent que ce qu’elles proposent est valable. Sinon, ce processus se retrouve plus tard de manière insidieuse dans l’espace politique et dans l’espace citoyen, où les femmes sont invisibles.

Cela demande-t-il de gros investis­sements de la part des collectivités ?

Il n’y a pas toujours besoin de détruire une cour pour la rendre égalitaire. Et, avant, le cas échéant, d’engager des travaux, il est important d’expérimenter, pour voir la manière dont les enfants font usage des nouveaux aménagements. Par exemple, dans une des communes où je suis intervenue, les services techniques nous ont aidés à créer une zone calme, en installant des copeaux, des rondins de bois. Le premier jour de récré, c’est devenu un espace de parcours pour les enfants – filles et garçons !

Cela dit, c’est une observation que je fais systématiquement, les enfants sont en demande de verdure, de fleurs, d’ombre… Le végétal esthétise les lieux de vie, il fait appel aux sens, il apporte cette qualité de vie, indispensable au bien-être psychologique et moral. Les espaces végétalisés travaillés de manière à favoriser la mixité filles-garçons sont immédiatement investis par les enfants. Mais végétaliser et « faire égalité » sont deux métiers distincts. Ils ne font pas appel aux mêmes expertises.

Vous consacrez tout votre dernier chapitre aux toilettes, dont vous faites presque un sujet à part entière. Quel est l’enjeu ici ?

La façon dont on gère les toilettes est révélatrice de la résistance à régler aujourd’hui la question de la relation filles-garçons. En séparant les filles et les garçons, c’est comme si on allait résoudre tous les problèmes de société, éviter les violences et le harcèlement. En faisant cela, on dit à une petite fille de 6 ans qu’elle doit avoir peur d’un garçon. Et au garçon qu’il est un potentiel agresseur pour cette petite fille. Aujourd’hui, alors que les toilettes sont non mixtes, huit enfants sur dix s’empêchent d’aller aux toilettes.

La gestion des toilettes a rendu invisibles les vrais problèmes qui relèvent de processus sociologiques classiques : les toilettes sont un lieu du harcèlement et de l’insécurité parce que c’est un lieu d’impunité. Les garçons, qui sont pudiques à cet âge-là, me le disent : il y a une injonction à utiliser l’urinoir. Pour moi, c’est le même parallèle que lorsque les garçons disent qu’ils ont peur de jouer à la corde à sauter. Ils ne vont pas dans la cabine parce que « ça ne se fait pas quand on est un garçon ». Et quand ils vont dans la cabine, les autres tapent sur la porte.

Ouvrir les blocs, cela peut paraître une question de bon sens. Mais ce n’est pas si simple. Je suis pour expérimenter, partout où c’est possible, la mixité dans les blocs sanitaires. Et, s’il faut envisager­ une séparation, il serait beaucoup plus pertinent de séparer les petits et les grands. Parce que, dans les témoignages que j’ai recueillis, les petits disent qu’ils ont peur des grands.

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