[Série de l'été] Risques naturels

Solutions d’adaptation fondées sur la nature : comment les mettre en œuvre pour lutter contre les inondations ?

Par • Club : Club Techni.Cités

Alors que les techniques qui s'appuient sur les services et les ressources fournis par les écosystèmes se développent et démontrent leur pertinence, le Cepri vient de publier un guide qui présente les solutions pour prévenir les risques d'inondations : atouts, types d'actions, conditions de mises en œuvre … Décryptage.

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Face à une surconsommation générale et des besoins toujours plus forts en énergie, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à la sobriété. Maître-mot des défenseurs de l’environnement depuis quelques années, il infuse aussi dans les territoires et les services techniques, comme on a pu le constater lors des dernières Assises de la transition énergétique. Comment réduire le superflu et optimiser les ressources disponibles ? C’est ce que nous voyons cet été via une websérie pour montrer comment la sobriété s’applique aussi dans la gestion des déchets, des services d’eau et d’assainissement, dans l’énergie et dans la mobilité. Le thème de cette semaine est eau et assainissement.

Pendant des décennies, l’aménagement et l’équipement du territoire s’est fait en faisant appel exclusivement aux techniques du génie civil dénommées « solutions grises ». Sans remettre en cause leur intérêt dans certains contextes (comme les digues en centre urbain), elles ont montré leurs limites et même leurs inconvénients. Au-delà de l’appauvrissement écologique du milieu, elles peuvent accentuer les risques : c’est le cas de digues qui accélèrent l’écoulement, ce qui peut favoriser une inondation en aval. Face à ce constat, un mouvement de fond est apparu depuis les années 2000, celui d’avoir recours aux « Solutions fondées sur la Nature (SfN) » (denommées aussi NBS « Nature-based solutions »).

Le Congrès mondial de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature ) à Hawaï a ensuite adopté en 2016 une résolution qui les a définis pour la première fois. Ce sont « les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis globaux de la société comme la lutte contre les changements climatiques ou la gestion des risques naturels ».

Une approche écosystémique globale

C’est dans ce contexte que le Cepri vient de publier un guide destiné aux collectivités sur les SfN pour prévenir les risques d’inondations (1). Ce document s’inscrit dans le cadre du projet Life ARTISAN coordonné sur une durée de 8 ans (2020-2027) par l’Office Français pour la Biodiversité (OFB) et signifiant « Accroître la résilience des territoires au changement climatique par l’incitation aux Solutions d’adaptation fondées sur la Nature (SafN) ». Il s’agit désormais de s’appuyer sur les services et les ressources fournis par les écosystèmes. Ainsi, découlant de la définition des SfN, ces SafN visent à la fois à s’adapter aux impacts des changements climatiques tout en permettant d’obtenir « un gain net pour la biodiversité et des cobénéfices pour la société ».

Le guide rappelle tout d’abord ce concept et les définitions qui y sont liées tout en précisant bien qu’il s’agit de mettre en œuvre une ou plusieurs actions concrètes de restauration, de gestion ou de protection des milieux « dans le cadre d’une approche écosystémique globale ». Une telle approche impose d’englober « les enjeux écologiques, sociétaux, politiques, économiques et culturels et ce à toutes les échelles, de l’individu au collectif, du local au national, de la sphère publique ou privée ». En particulier, une collectivité peut prendre en compte la protection de la biodiversité dans son action de réduction du risque inondation. Mais, souvent, elle n’intègre pas au projet l’adaptation au changement climatique qui constitue pourtant l’un des défis sociétaux pour l’UICN. Au travers de plusieurs exemples, le guide présente tout d’abord l’intérêt d’utiliser ces solutions qui participent à la réduction du risque d’inondation sur un territoire, en limitant l’aléa (cas du cordon dunaire) avec un effet sur la hauteur et la vitesse de l’eau, mais aussi sur la durée de l’inondation et sur les impacts de “petits” événements d’inondations … Elles permettent aussi d’adapter le territoire à la présence du risque d’inondation et de réduire sa vulnérabilité en donnant plus de place à l’eau, en surélevant les constructions ou en adaptant les réseaux ….

De nombreuses SafN pour réduire tous les types d’inondations

Sont ensuite développées (sans être exhaustif) un certain nombre d’actions qui s’appuient sur le fonctionnement des écosystèmes naturels pour limiter les risques de ruissellements, de débordements de cours d’eau et de submersion marine. Il s’agit des actions qui permettent de :

  • réduire les ruissellements en favorisant une meilleure infiltration vers la nappe phréatique (comme la désimperméabilisation des sols avec un gain net sur la biodiversité, la végétalisation en milieu urbain, la création des chemins végétalisés pour l’eau tels que des fossés ou des noues dans les îlots de fraîcheur…), le ralentissement des écoulements ou le stockage de l’eau ;
  • réduire les risques liés aux inondations par débordement de cours d’eau en améliorant l’écoulement naturel amont-aval des cours d’eau (limitation des digues et de leur couverture en milieu urbain, reméandrage du cours d’eau, restauration du lit mineur, création de banquettes végétalisées dans le lit), en donnant plus d’espace au cours d’eau (création ou restauration des zones d’expansion de crue et/ou d’une zone humide …) ;
  • réduire les submersions marines en les contenant (utilisation des méthodes « douces » pour maintenir le cordon dunaire, limitation de l’érosion et augmentation de la rugosité des estrans – zones de balancement des marées- et des abords des côtes, sauvegarde et replantation des herbiers marins qui limitent l’érosion comme les posidonies), en donnant de l’espace à la mer, comme pour les cours d’eau, ce qui peut conduire à déplacer des constructions du littoral vers l’intérieur des terres et à renaturer ces espaces …

Une obligation : des élus et des techniciens convaincus

Mais pour faire le choix de ces solutions et les mettre en œuvre, la méthodologie n’est pas simple. Cela nécessite en particulier un engagement de la personne publique avec des élus et des techniciens convaincus, qui argumentent et expliquent les raisons du choix. En effet, ce choix peut satisfaire certains acteurs locaux (associations de protection de l’environnement, organismes publics engagés dans la préservation de la nature, etc.), mais il peut aussi soulever des incompréhensions, des réticences, voire des oppositions (propriétaires riverains opposés au projet par exemple). Il faut pour ce faire associer les acteurs concernés par le projet le plus en amont possible. Si besoin, on peut être accompagné par un médiateur en cas de conflits, plutôt que de courir le risque d’un contentieux.

Cela nécessite de construire une stratégie de prévention des risques d’inondation qui s’appuient sur plusieurs techniques (pas uniquement les infrastructures) pour s’adapter aux effets du changement climatique, tout en préservant la biodiversité. Cette nouvelle stratégie doit s’inscrire à tous les niveaux : dans le projet de territoire, dans la planification à différentes échelles (Sraddet, SDGE, PCAET, Scot et PLu(i)), au niveau des bassins hydrographiques (Sdage et PGRI), dans les opérations d’aménagement …

Une approche partagée et transversale

Il faut par ailleurs souligner que les SafN ont pris de l’importance en lien avec la prise de la compétence Gemapi. En effet, après une première phase où l’on s’est surtout intéressé aux ouvrages de protection des inondations, la tendance est désormais à une approche combinée avec la gestion des milieux  aquatiques. Il n’y a plus de vision dichotomique car la solution fondée sur la nature conjuguant la PI avec la GEMA à l’échelle d’un bassin versant est beaucoup plus efficiente. Mais il ne faut pas se leurrer : passer d’une démarche PI à celle de Gemapi n’est pas simple. Cela demande des compétences multiples pour les bureaux d’étude mais aussi pour les services des collectivités, en hydroécologie, en hydrobiologie, en hydraulique, en infrastructure ou en écologie … avec la nécessité d’une approche partagée et transversale entre tous les services. Il est donc important que les collectivités puissent être conseillées par des acteurs spécialisés dans le domaine des risques mais aussi de la biodiversité (écologues, bureaux d’études spécialisés, associations …).

Communiquer et évaluer

Le guide affirme aussi l’importance d’être pédagogue, de montrer des exemples de réalisations comparables sur d’autres territoires mais aussi d’évaluer le projet de SafN, de montrer ses résultats concrets pour le territoire. C’est souvent ce manque d’évaluation et de résultats quantitatifs « qui fait actuellement défaut dans les projets de SafN étudiés et qui peut parfois remettre en cause la crédibilité du projet ».

Au final, il est démontré que l’atout majeur des actions d’adaptation fondées sur la nature est qu’elles génèrent de multiples bénéfices, au-delà de la prévention des inondations tout en optimisant certains coûts. Le guide présente à ce sujet des exemples de financements mobilisables en fonction des types d’actions et des maîtres d’ouvrages.

Il conclut toutefois que « c’est dans la recherche de cette complémentarité entre solutions “grises” et “vertes”, d’une voie médiane qui combinerait ces deux types de solutions, que les collectivités peuvent trouver des réponses aux défis qui s’annoncent à court terme en matière de gestion du risque d’inondation ».

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