[Série de l'été] Bâtiment

Des stores plutôt que la climatisation

Par • Club : Club Techni.Cités

Ville de Poissy

La ville de Poissy a choisi d’équiper ses quinze écoles de stores extérieurs en toile haute performance, pour limiter la hausse des températures, en période de canicule.

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Face à une surconsommation générale et des besoins toujours plus forts en énergie, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à la sobriété. Maître-mot des défenseurs de l’environnement depuis quelques années, il infuse aussi dans les territoires et les services techniques, comme on a pu le constater lors des dernières Assises de la transition énergétique. Comment réduire le superflu et optimiser les ressources disponibles ? C’est ce que nous voyons cet été via une websérie pour montrer comment la sobriété s’applique aussi dans la gestion des déchets, des services d’eau et d’assainissement, dans l’énergie et dans la mobilité. Le thème de cette semaine est bâtiment/urbanisme.

Jusqu’à 11 °C en moins à l’intérieur : la ville de Poissy (Yvelines) a trouvé la solution pour limiter la hausse des températures dans ses quinze écoles, sans recours à la climatisation ! « Au fil des années, de plus en plus de remarques sur l’inconfort thermique dans les salles de classe nous remontaient et parfois dès le mois d’avril. L’installation de la climatisation nous aurait coûté plus de 200 000 euros, sans compter les frais de maintenance et de fonctionnement. Il fallait qu’on trouve une solution technique plus sobre en énergie et en équipement et plus durable, dans le cadre de notre plan canicule », constate Dominique Bulle, responsable fluides & énergie qui s’occupe des systèmes chauffage, ventilation et climatisation des bâtiments publics de la ville. La climatisation est aujourd’hui responsable de près de 5 % des émissions d’équivalent CO2 du secteur bâtiment, selon l’Ademe (1). Et 7 % des surfaces des bâtiments d’enseignement sont climatisées.

Études thermiques dynamiques

La ville sollicite alors le cabinet Alterea Ingénierie, pour réaliser des études thermiques dynamiques afin de comparer différentes solutions techniques alternatives à la climatisation : végétalisation des toitures, isolation et ventilation renforcées, système d’occultation des fenêtres… « L’objectif était d’atteindre moins de 3 % du temps d’occupation à plus de 28 °C et ceci quelle que soit la température extérieure », poursuit Dominique Bulle. Un objectif ambitieux mais nécessaire pour garantir le confort des élèves et du personnel.

Les stores vus de l'intérieur

Les stores vus de l’intérieur

« Ces simulations thermiques dynamiques ont permis de déterminer le bon objectif pour chaque façade, certaines prioritaires, d’autres non. Celles bénéficiant de casquettes n’ont pas eu besoin de protection. Plusieurs types d’occultation ont été simulées. Il est apparu que les stores extérieurs avec de la toile haute performance permettaient d’atteindre notre niveau d’exigence », ajoute-t-il.

Pose de stores extérieurs

En juin 2020, cette solution est évaluée dans une école maternelle test. Vingt stores extérieurs sont posés. Des sondes de température sont installées à l’intérieur et à l’extérieur pour prendre des mesures en continu. Les mesures des performances thermiques ont été réalisées par la société CETAA via une plateforme de suivi d’objets connectés du réseau LoRa. Le 31 juillet, alors qu’il fait 39 °C dehors, la température relevée dans une classe équipée de stores est de 27 °C. « Elle est restée quasiment toujours en dessous de 28 °C sur la période de canicule », se félicite Dominique Bulle. Elle a atteint 32 °C dans une classe témoin non protégée du soleil.
Après ce test concluant, la ville choisit de généraliser cette solution de protections solaires sur-mesure, adaptées aux contraintes de chaque façade, a l’ensemble des écoles.

« Nous avons fait l’inventaire de l’ensemble des fenêtres à équiper, élaboré un cahier des charges. Nous avons choisi des stores motorisés pour qu’ils soient plus simples à utiliser par les enseignants », relate Dominique Bulle.

96 % d’énergie solaire rejetée

Un appel d’offres est lancé à l’automne 2020. Sont retenus : Schenker Stores le fabricant, Stores Seas l’installateur et maître d’œuvre, Somfy pour la motorisation et les commandes murales. Les 616 stores, de 320 centimètres de long, sont équipés de tissu satiné gris blanc, fabriqué par l’entreprise Mermet. « Le rendu est très esthétique », remarque Dominique Bulle. Certains stores couvrent plusieurs fenêtres. La toile est constituée de fibres de verre (42 %), qui sont enduites de PVC (58 %), puis tissées. « C’est ce qui lui donne sa transparence uniforme et permet une vision nette vers l’extérieur. Elle filtre 93 % des rayons lumineux, ce qui permet d’éviter l’éblouissement », explique Caroline Moreau responsable Marketing chez Mermet SAS. Les 7 % qui restent suffisent à éclairer la pièce sans avoir à allumer la lumière.

« Le tissu rejette 96 % de l’énergie solaire si les fenêtres sont équipées de double vitrage réfléchissant », poursuit-elle. Pour une meilleure résistance au vent, la toile est sous tension grâce à un système de zip, des guides latéraux dans lesquels elle est glissée. « Pour compléter cette installation et optimiser la performance globale du bâtiment, des films réverbérants ont été posés sur les portes vitrées et petits vitrages », ajoute Fabien Dubacq, responsable pôle grands comptes chez Stores Seas.

Coût des travaux

Coût des travaux : 812 000 euros TTC. « Le raccordement électrique représente 25 % du coût total, le montant par store s’élevant à 1 500 euros environ. C’est un investissement mais comparé à ce qu’aurait coûté l’installation de systèmes de climatisation et leurs consommations, estimées à 60 000 euros par an, cette solution est rentable au bout de deux ans environ », précise Dominique Bulle. Sans compter qu’elle évite la consommation de 300 000 kW chaque année et l’émission de 30 tonnes de CO2. « Et contrairement à l’industrie de la climatisation, la quasi-totalité des solutions de protections solaires sont fabriquées en France ou dans l’Union européenne. Il s’agit d’une industrie qui ne nécessite pas de lointaines délocalisations et qui est un moteur de l’économie locale », souligne Philippe Seas, PDG de Stores Seas.

Le chantier a démarré en janvier 2021. « 70 % des stores ont été posés et l’on espère avoir terminé d’ici la fin 2022 », expose Dominique Bulle. « La demande en stores extérieurs décolle depuis trois ans avec la succession des fortes chaleurs et les plans canicule mis en place par les collectivités. Mais une opération d’une telle ampleur est une première à ma connaissance », observe Fabien Dubacq.

Et la ville ne compte pas s’arrêter là ! « Nous souhaitons installer ces protections sur d’autres bâtiments municipaux, des crèches, des centres de loisirs, des bureaux et même sur des bâtiments déjà équipés de la climatisation. L’occultation permettra de diminuer leur consommation d’énergie. Mais avant de nous lancer, nous souhaitons nous assurer que cette solution répond bien à nos attentes sur la durée. C’est la raison pour laquelle nous allons continuer à mesurer les températures sur deux écoles, pendant plusieurs mois. Nous avons confié cette mission au cabinet d’études Zéro Wattheure, spécialisé dans la mesure et l’optimisation énergétique des bâtiments », conclut Dominique Bulle.

Des gaz frigorigènes au fort pouvoir de réchauffement

Près de 80 % des émissions de la climatisation, en équivalent CO2 par an en France, sont dues aux fluides frigorigènes des appareils. Par exemple, le fluide R-410 A, largement présent dans les équipements de climatisation les plus vendus, a un pouvoir de réchauffement, sur 100 ans, 2038 fois supérieur à la quantité équivalente de CO2, une fois émis dans l’atmosphère ! Le secteur tertiaire représente un peu plus de 60 % des 21 000 tonnes de gaz frigorigènes stockés dans les équipements de climatisation en France. La très grande partie de ces émissions a lieu en cours de vie des appareils, à l’occasion d’opérations de maintenance intégrant une vidange des gaz contenus dans le système ou parce qu’il présente des fuites. Elles ont aussi lieu en fin de vie de l’équipement si les gaz qu’il contient ne sont pas recyclés ou détruits.

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