[Série de l'été] Etude

Des expérimentations ­low-tech dans six métropoles

Par • Club : Club Techni.Cités

Extramuros

Six métropoles ont organisé des visites apprenantes dans leurs laboratoires de « low technologie », des espaces de réflexion pour des solutions sobres aux problèmes de la ville. Le Labo de l’ESS en a publié un compte rendu sous le format d’une étude.

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Face à une surconsommation générale et des besoins toujours plus forts en énergie, de nombreuses voix s’élèvent pour appeler à la sobriété. Maître-mot des défenseurs de l’environnement depuis quelques années, il infuse aussi dans les territoires et les services techniques, comme on a pu le constater lors des dernières Assises de la transition énergétique. Comment réduire le superflu et optimiser les ressources disponibles ? C’est ce que nous voyons cet été via une websérie pour montrer comment la sobriété s’applique aussi dans la gestion des déchets, des services d’eau et d’assainissement, dans l’énergie et dans la mobilité. Le thème de cette semaine est bâtiment/urbanisme.

Pied de nez au « high-tech », la notion de « low-tech » propose un modèle alternatif qui n’est pas si simple à définir. Même Philippe Bihouix, l’ingénieur auteur de « l’âge des low-tech », ouvrage paru en 2014 et qui fut l’un des premiers à populariser cette démarche en France, ne s’aventure pas à une trop grande précision. « Il y a autant de définitions de low-tech que de personnes qui en parlent », plaisantait-il lors de la publication de l’étude « Pour des métropoles low-tech et solidaires », le 8 février 2022 par le Labo de l’économie sociale et solidaire (ESS). « En revanche, tout le monde parle aujourd’hui de la sobriété, du questionnement du juste besoin. »

Ainsi, « le low-tech ne se limite pas au recensement d’outils peu « intenses » en technologie », comme l’explique le préambule de cette étude qui, pourtant, est un excellent référencement des expériences de sobriété réalisées dans six métropoles françaises. Pour Philippe Bihouix, également auteur de ce préambule en sa qualité de référent low-tech du Labo de l’ESS : « cette notion désigne plus largement une démarche interrogeant nos actions individuelles et nos choix sociétaux à l’aune de trois questionnements : pourquoi produit-on ? Que produit-on ? Comment produit-on ? La ville high-tech n’est ni une évidence, ni une fatalité. D’autres trajectoires sont possibles et souhaitables, comme la ville low-tech, c’est-à-dire une ville qui, sans rejeter en bloc la technologie et l’innovation technique, fait montre d’un plus grand « techno-discernement », tant pour l’environnement que pour notre autonomie et notre résilience individuelles et collectives ».

Identifier les besoins

Les auteurs de l’étude s’accordent tout de même pour réduire le low-tech à une solution technologiquement proportionnée et soutenable, c’est-à-dire simple, agile, sobre en ressource et en énergie, et accessible au plus grand nombre. L’étude prend alors comme hypothèse que cette sobriété se fait déjà dans l’ESS et que ce pan de l’économie peut contribuer à l’émergence d’une ville low-tech.

Et concrètement ? Lors de la présentation de l’étude, Émeline Baume, première vice-présidente (EELV) de la métropole de Lyon, présentait deux projets d’expérimentations de l’économie circulaire dans le BTP, Chantier R et Station R. Leur but : structurer une filière de réemploi des produits du BTP en les valorisant auprès des maîtres d’ouvrage et en déployant de mini-déchèteries en pied de chantier. « Par le passé, les collectivités ont travaillé sur des chartes « chantier propre » mais il faut aussi montrer qu’un chantier, ce sont des matériaux et que ces matériaux transitent dans la ville. Il faut montrer les choses pour permettre le réemploi ».

Tout changer pour la sobriété

Dévoiler les chantiers permet de révéler de nouvelles questions. Par exemple, le don de matériaux leur fait perdre leur certification. Une poutre ignifugée non utilisée sur un premier chantier ne pourra pas justifier du respect de sa norme sur un second chantier. Pour régler cette question, d’autres acteurs, comme IBM à travers l’expérimentation Cyclop, espèrent utiliser une blockchain pour tracer les matériaux. Mais une telle technique peut-elle être considérée comme low-tech ?

Face à ces freins, les auteurs de l’étude pensent que les collectivités ont un rôle important. Par les débouchés de la commande publique, par la mise en place de labels, comme le label « Bâtiment frugal bordelais », à Bordeaux (Gironde), et par l’appui à la structuration des filières. Dans ces rôles, l’ESS est essentielle, ajoutent les auteurs de l’étude. Ce secteur permet de faire le lien nécessaire pour accompagner une transition.

C’est par exemple ce que fait Extramuros, à Paris depuis 2012. L’association accompagne des jeunes dans la menuiserie du réemploi. « Nous en sommes à la troisième session de formation », précise Antoine Havard, directeur de l’association. « Nos bénévoles formés et nos salariés accompagnent les adhérents pour faire de l’auto-réparation. Les gens qui viennent sont autant ceux qui ont un vrai besoin de réparation que ceux qui ont vu un tuto sur YouTube ». En plus de la réparation des biens, l’association accompagne également des jeunes en rupture scolaire dans la réalisation de mobilier urbain à partir de matériaux de construction non utilisés.

Faire le choix du réemploi est engageant pour une collectivité. Cela veut dire que certains critères de qualité ou normes ne seront pas au rendez-vous. « L’exemplarité de la commande publique est un levier important », pointe Émeline Baume, de la métropole de Lyon. « La question, c’est de savoir jusqu’où peuvent aller les collectivités pour soutenir ce modèle ? » Autrement dit : combien coûte le changement d’échelle pour véritablement atteindre une ville low-tech ?

L’étude ne répond pas à cette question mais elle vient éclairer des expérimentations locales. Et de fait, de nombreux fondements de la low-tech sont déjà présents. En particulier, l’étude met en avant les tiers-lieux comme moteur pour le changement d’échelle, en tout cas pour passer d’une démarche individuelle à collective, voire territoriale. Mais pour faire une ville plus sobre, il y a également des verrous technologiques et intellectuels qui ne sont pas identifiés par l’étude. Contrairement aux caricatures, la low-tech n’est pas un refus de la technologie mais une rupture avec le « techno-solutionnisme », plaide les auteurs de l’étude. Mais ce n’est pourtant pas un niveau « low » ou « hight » qui rend une technologie bonne pour la société. C’est avant tout son usage.

Exemple low-tech : démocratiser les toilettes sèches

À Bordeaux, l’association La Fumainerie mène depuis juillet 2020 une expérimentation de dix-huit mois de collecte séparée des urines et des matières fécales auprès d’une soixantaine de personnes volontaires du territoire bordelais s’engageant sur une période de six mois, renouvelable. Elle propose un service global comprenant l’installation et la location d’une toilette sèche, le don d’un ballot de sciure, la formation à l’utilisation des toilettes et la collecte hebdomadaire à vélo-cargo. Pour mener à bien l’expérimentation, elle s’est entourée de plusieurs partenaires : Un Petit Coin de Paradis, qui a développé et produit localement les toilettes (en bois ou en céramique) utilisées dans le cadre de l’expérimentation, ainsi que PENA Environnement et Toopi Organics, entreprises travaillant sur la valorisation des fèces et des urines collectées. Elle coopère également avec Récup’ Bokashi Aquitaine, une association assurant la collecte et la valorisation des déchets et Mundao, une société ayant pour objet le développement de nouvelles filières de valorisation des textiles sanitaires (dont les couches compostables). En 2020, la Fumainerie a collecté 600 kg de fèces et 2 000 litres d’urine. Les premiers retours sur l’expérimentation vont permettre d’évaluer sa réussite et de dessiner ce que serait une véritable filière de gestion circulaire des excreta.
Pour en savoir plus, relire notre article.

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