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Pesticides

Les métabolites, cette nouvelle menace qui plane sur l’eau potable

Publié le 08/07/2022 • Par Arnaud Garrigues • dans : A la une, A la une, actus experts technique, France

Eau du robinet
Richard Villalon/Stock.adobe.com
Les pesticides font planer une nouvelle menace sur la ressource en eau, à travers leurs métabolites que l’on retrouve dans le milieu naturel, mais aussi dans l’eau potable. Un chantier qui s’ouvre pour les collectivités.

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La pollution de l’eau par les pesticides est loin d’être un problème nouveau… mais elle connaît un rebondissement à travers la question des métabolites, ces molécules qui résultent de la dégradation des pesticides dans l’environnement. Ils sont, en effet, massivement présents dans le milieu naturel et peuvent être également dangereux.

Jusqu’ici, ils ont insuffisamment été pris en compte, du fait des limites des techniques d’analyse et d’un manque de contraintes réglementaires. Des seuils à respecter ont bien été fixés pour les ­micropolluants dans la directive 98/83/CE « relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine » : 0,1 microgramme par litre (µg/l) par substance individuelle et 0,5 µg/l pour la somme de ces molécules.

Cependant, cette réglementation portant sur les pesticides et leurs « métabolites pertinents » comportait un flou juridique, puisque certaines de ces molécules présentaient des risques, d’autres non.

L’Etat a finalement demandé à l’Agence nationale de ­sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) d’effectuer le tri dans les métabolites, ce qu’elle a fait en 2019, amorçant alors de nouvelles contraintes pour les collectivités.

Réseaux de surveillance

Depuis, les techniques d’analyse se sont améliorées, permettant à la fois de rechercher plusieurs centaines de molécules dans chaque échantillon d’eau et de les repérer à des concentrations très faibles. « Dès 2013, notre réseau de surveillance nous a signalé la présence de ces métabolites dans les eaux de surface et les eaux souterraines », indique ­Jean-Pierre ­Rebillard, chef de service à la mission « surveillance et réseaux » de l’agence de l’eau Adour-Garonne. De son côté, la réglementation a attendu 2020 et la révision de la directive 98/83/CE pour évoluer, donnant naissance à la directive 2020/2184 (1) qui insiste sur la nécessité de prendre en compte les pollutions liées aux métabolites.

Cette évolution a conduit les agences régionales de santé (ARS) à intégrer progressivement ces métabolites dans la liste des paramètres contrôlés. Cela s’applique depuis le « premier trimestre 2021, notamment à la faveur du renouvellement des marchés publics des laboratoires agréés pour réaliser ces prélèvements et ces analyses », explique le ministère chargé de la Santé, même si certaines ARS ont commencé ces contrôles bien avant cette date.

Sur le plan méthodologique, toutes les molécules ne sont pas recherchées – il en existe plus d’un millier – et l’investigation est menée en se focalisant sur les produits phytosanitaires utilisés localement (surtout par la profession agricole).

Une campagne nationale d’analyses lancée par le ministère chargé de la Santé est en cours, et c’est ainsi que, peu à peu, se dessine une carte des territoires touchés. Le sujet est explosif. Selon Hervé Paul, vice-président de la Fédération nationale des ­collectivités concédantes et régies (FNCCR), « plus de 10 millions d’habitants » seraient desservis par une eau potable présentant des dépassements de seuil liés à ces métabolites.

Contactée, l’Anses se refuse à tout commentaire, prétextant que la campagne n’est pas terminée. Sans surprise, ce sont majoritairement les territoires agricoles qui vont être les plus concernés.

S-métolachlore, l’ennemi public n° 1

Quand l’ARS relève des dépassements de seuil, les collectivités sont informées et désormais sommées d’agir. C’est ce qui est arrivé, en Loire-­Atlantique, au syndicat mixte ­Atlantic’eau (2), confronté dès 2016 à ce problème, année lors de laquelle le laboratoire ­Inovalys, chargé des analyses réglementaires, a été en capacité de mesurer les métabolites du S-métolachlore, principaux polluants suspectés.

« Les eaux brutes en contenaient jusqu’à 0,7 µg/l, avec des concentrations différentes selon les nappes. N’ayant aucun traitement pour ces polluants, nous les retrouvions dans l’eau potable », explique ­Laurent ­Caderon, directeur d’Atlantic’eau.

infog eau non conforme

La moitié de la population desservie était concernée. La réglementation d’alors n’imposait pas d’agir, « mais la consigne a été d’arrêter, si possible, les forages contaminés, de mobiliser d’autres ressources et d’instaurer des traitements complémentaires. Elle a pu être appliquée dans certains secteurs. Par exemple, dans le nord du département, nous avons fermé un captage qui dépassait 1 µg/l », ­ajoute-t-il.

Affichant sa transparence, ­Atlantic’eau a informé les usagers via la Commission consultative des services publics locaux (CCSPL). Mais le flou juridique à propos des « métabolites pertinents » a compliqué la communication auprès du grand public.

« Sans attendre que ce débat soit tranché, nous avons lancé des études pour mettre en place une filière de traitement. En parallèle, nous avons demandé une dérogation sur deux secteurs pour trois ans. Cette demande étant justifiée par le lancement de nos études et d’un programme d’actions ».

Au final, 6,5 millions d’euros seront investis dans un traitement sur charbon actif, solution reconnue aujourd’hui comme l’une des plus efficaces contre ces polluants.

Investissements à venir

En étant proactif, Atlantic’eau a réussi à surmonter cette crise. Mais pour les collectivités qui vont découvrir le phénomène ou qui ont joué la politique de l’autruche, le réveil sera difficile. Elles devront installer en urgence un traitement de l’eau supplémentaire sur tout ou partie de l’eau produite (un mélange de différentes eaux produites peut parfois suffire) afin de repasser sous les seuils, et devront assumer un investissement et des coûts de fonctionnement conséquents, surtout s’il s’agit d’une petite commune ou d’une structure qui ne peut mutualiser cet effort, comme l’a fait ­Atlantic’eau.

Mais il faudra aussi, et surtout, agir sur le volet préventif. C’est-à-dire travailler avec la profession agricole afin de réduire l’usage des substances retrouvées dans le milieu naturel, « avec la limite que ce genre de mesures met souvent plusieurs années à produire ses effets », souligne ­Franco Novelli, expert technique « eau » à la FNCCR.

Une mission complexe pour les collectivités car la réglementation les empêche de subventionner un changement de pratiques des agriculteurs (comme l’achat de matériel de désherbage mécanique pour le substituer aux herbicides). Elles n’ont, de plus, aucun pouvoir pour les y contraindre, cela ne repose que sur leur bonne volonté.

« Ils ne sont même pas obligés de nous indiquer les pesticides qu’ils utilisent », explique ­Mickaël ­Derangeon, vice-président ­d’Atlantic’eau. A cela s’ajoute le fait que le gouvernement n’a pas engagé de politique volontaire pour faire évoluer le modèle agricole intensif, et qu’il n’y a toujours pas de logique « pollueur-payeur », ce que dénoncent les collectivités obligées de financer ces traitements de l’eau ­– qu’elles reportent ensuite sur les usagers.

Cerise sur le gâteau : quand un pesticide est incriminé puis interdit, tel que l’Atrazine, en 2001, ou le métolachlore (supplanté par le S-métolachlore), en 2003, il est remplacé par une molécule qui va devenir, au fil du temps, le nouveau polluant. Et les métabolites de la molécule interdite vont rester dans l’environnement des dizaines d’années, comme c’est le cas aujourd’hui pour l’Atrazine.

 

Merci le charbon actif !

Pour traiter les métabolites de pesticides, le ministère chargé de la Santé recommande les procédés d’adsorption sur charbon actif, en précisant que « ceux utilisant du charbon actif en poudre ou des micrograins sont plus efficaces que la filtration sur charbon actif en grains ». La préozonation peut s’envisager en combinaison avec un traitement au charbon actif mais elle conduit à la formation d’autres métabolites. Enfin, la nanofiltration et l’osmose inverse « permettront l’élimination d’une grande partie des métabolites de pesticides ».

 

Miser sur les bio-essais

Les micropolluants présentent des risques même à très faible dose, sur le long terme et du fait des interactions entre eux (c’est le fameux « effet cocktail »). Pour les mesurer, il peut être utile de tester leur toxicité sur un organe isolé ou un organisme vivant, en réalisant un bio-essai. En pointe sur le sujet, Atlantic’eau fait appel à cette technique pour surveiller ses ressources en eau et détecter des micropolluants qu’elle n’aurait pas repérés par analyse chimique.

 

« Le principe “pollueur-payeur“ ne s’applique toujours pas »

Franco Novelli, expert technique « eau » à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies

Franco Novelli« Ce sont les producteurs de pesticides qui sont tenus d’indiquer les métabolites qui en seront issus et d’évaluer leur toxicité, car l’Europe ne s’est pas donné les moyens de produire ses propres études ou des contre-expertises. Et quand des études scientifiques publiques sont contradictoires avec ces données, elles ne sont pas prises en compte. On privilégie ainsi une logique de marché à l’intérêt général. La lutte contre ces polluants va demander aux collectivités de dépenser des moyens importants, alors qu’elles ont d’autres risques à gérer et d’autres investissements à porter (renouveler les réseaux). Le principe “pollueur-payeur“ ne s’applique toujours pas, du fait du lobbying des producteurs de pesticides et de la profession agricole en recherche de rendements élevés. Nous avons souhaité aborder cette question lors du Varenne de l’eau, mais n’avons pas été entendus. »

 

« Traiter l’eau est une solution transitoire, il faut agir sur les pratiques agricoles »

Benoît Auguin, directeur technique « eau et assainissement » du syndicat d’équipement des communes des Landes (3)

BENOIT AUGUIN DIRECTEUR TECHNIQUE EAU ASSAINISSEMENT« Dès 2014, plusieurs métabolites de pesticides – dont l’ESA méto­lachlore – ont été retrouvés dans les eaux de surface et souterraines. Le seuil de 0,1 µg/l dans l’eau potable était dépassé, mais la réglementation n’était pas très claire sur la pertinence ou non de ces métabolites. Souhaitant être proactif, dès 2016, nous avons décidé d’installer dix unités mobiles de traitement sur charbon actif, opérationnelles en 2018. Pour deux de nos captages, alimentant 20 000 habitants, qui dépassaient le seuil et pour lesquels nous ne pouvions pas jouer sur les interconnexions ou mobiliser une autre ressource, nous avons demandé une dérogation aux autorités sanitaires et pu produire une eau conforme grâce à notre traitement. Mais il s’agit là d’une solution transitoire et notre volonté est de faire évoluer les pratiques agricoles sur les aires d’alimentation de ces captages. Les 40 exploitants agricoles concernés ont pris conscience de l’impact de leurs pratiques sur la qualité de l’eau et nous avons signé avec eux des plans d’action le 22 mars 2021. »

Cet article est en relation avec le dossier

Notes

Note 01 publiée le 23 décembre 2020 au « Journal officiel de l’Union européenne » Retour au texte

Note 02 162 communes, 570 000 hab. Retour au texte

Note 03 327 communes, 171 600 hab. Retour au texte

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