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« La médiation n’est pas un pansement » – Michel Wieviorka

Publié le 05/07/2022 • Par Judith Chetrit • dans : France

Michel WIEVIORKA, Sociologue, directeur d'études à l'Ecole de Hautes Etudes en sciences sociales
© Claude ALMODOVAR
Mouvements sociaux, travail social, traitement des conflits, sortie de la violence : c’est au travers de l’ensemble de ces catégories d’étude que le sociologue Michel Wieviorka a observé le développement de la médiation et la progression des médiateurs sur le terrain de la création et de la réparation du lien social.

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Mouvements sociaux, travail social, traitement des conflits, sortie de la violence : c’est au travers de l’ensemble de ces catégories d’étude que le sociologue Michel Wieviorka a observé le développement de la médiation et la progression des médiateurs sur le terrain de la création et de la réparation du lien social. Depuis la scène des rencontres de l’Association européenne de médiation sociale, qui se sont tenues à la mi-mai à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), il a retracé quelques fils conducteurs de cette vaste ambition prisée par les collectivités, dont les résultats doivent pourtant s’apprécier plus finement face à la montée parallèle et persistante de « logiques de rupture ». Aussi bien au niveau des instances politiques que dans les mouvements qui traversent la société, décrypte-t-il d’ailleurs dans son plus récent ouvrage, « Alors Monsieur Macron, heureux », paru au lendemain de la réélection du Président aux éditions Rue de Seine, où il interpelle et questionne la verticalité du pouvoir et l’affaissement des corps intermédiaires durant le premier quinquennat.

Sans en faire une panacée incantatoire au vivre-ensemble, il appelle à une plus grande prise en compte des spécificités de ces acteurs qui façonnent des terrains d’entente : « La médiation portée par des demandes sociales et culturelles est différente de celle qui se développe au travers des politiques publiques. » C’est pourquoi l’étude des dispositifs de médiation reste cruciale. S’y niche également une réflexion plus large sur la régulation de la vie collective et la place que la société entend laisser au dialogue et à l’écoute.

Comment expliquez-vous l’essor actuel de la médiation ?

Même si la médiation est une réponse encore limitée qui n’a pas toujours trouvé sa place, il y a la plus vive conscience, dans notre pays, que les formes classiques de régulation des problèmes sociaux de la vie collective s’épuisent. Le syndicalisme est en crise, les grandes associations sont en difficulté. Sans être nostalgiques du passé, les médiations d’avant donnaient également des repères face aux questions qui taraudaient la société civile. Il a donc fallu, et il faut encore, réinventer de quoi assurer une certaine paix sociale et générer un fonctionnement et un traitement démocratiques et satisfaisants des difficultés sociales, des tensions et des injustices.

Les collectivités prennent également pour acquis le fait que le travail social classique et l’aide sociale sont insuffisants pour répondre à une défiance croissante dans la société. Le développement conjoint avec d’autres acteurs d’un tissu de médiation est souvent jugé efficace. Car, au niveau national, les discours politiques ne suffisent pas à réguler les choses localement. La médiation vient apporter des formes de régulation qui sont quand même relativement nouvelles. Elle révèle aussi la capacité de notre société à produire des intermédiaires d’apaisement qui doivent avoir des compétences dans l’échange : l’écoute, le compromis et la négociation. Sans pour autant faire reposer la médiation uniquement sur des interlocuteurs qui sont les semblables du milieu dans lequel ils interviennent, car il faut faire attention à ne pas confondre la résolution de problèmes sociaux et la gestion des différences culturelles.

Est-ce que la médiation représente alors un pansement ?

Je ne dirai pas qu’il s’agit d’un pansement. Si l’on réfléchit à ce que pourrait être la médiation, il faut prendre en considération plusieurs niveaux dans l’espace et le temps. A plus court terme, il y a le souci d’éviter la violence et l’insécurité. Mais cette logique de sécurité et de pacification doit mieux coexister avec une logique de prévention en amont du lien social.

Régler un problème à chaud ou empêcher de l’avoir vu surgir ne signifie pas l’avoir réglé. Il y a toujours des mécaniques encore invisibles à l’œuvre. C’est un point qui remonte souvent du terrain car c’est surtout par ce canal que se construit la logique de la médiation sociale. Mais en France, le problème est que l’on fait beaucoup plus confiance à l’Etat qu’à la société. Et nous observons que le pouvoir politique actuel apprécie peu les corps intermédiaires et les médiations, bien que le discours varie et semble vouloir redonner plus d’importance notamment à la relation du pouvoir central avec les collectivités locales.

Dans un rapport remis au Premier ministre à la fin mars, le député (LREM) de l’Hérault, Patrick Vignal, souhaite déployer 7 000 postes de médiateurs sociaux. Est-ce que cela pourrait encore plus élargir le champ de la médiation ?

En effet, nous ne savons pas toujours où se situent ses limites. La médiation chevauche parfois le travail social, l’aide humanitaire, le travail associatif, ou recoupe l’action de services municipaux. ­Certaines de ces structures reçoivent d’ailleurs des financements pour assurer des missions de médiation.

Derrière ces postes supplémentaires se trouvent la question du métier, la place de la médiation dans une trajectoire professionnelle et le temps et les lieux accordés à la formation et au renouvellement des compé­tences. D’autres professions comprennent une dimension de médiation, notamment dans le règlement de litiges du quotidien. Donc il faudrait également se demander où s’arrête la profession de médiateur et où commencent les activités de médiation assumées par d’autres métiers.

Au-delà des moyens supplémentaires, les médiateurs sociaux appellent à une plus grande reconnaissance. Pourquoi cette forme « d’aller vers » en pâtit-elle ?

Si nous voulons une médiation efficace, il faut une situation institutionnelle et sociale claire. Parfois trop générique ou accolée à des adjectifs, l’appellation a préexisté à la constitution d’un groupe et d’une culture professionnelles, et ce manque de définition peut encore se faire ressentir dans la définition des missions. Les métiers de la médiation doivent être mieux reconnus, avec des moyens, des rémunérations décentes et des progressions de carrière.

Comment voulez-vous que des gens qui sont dans la précarité puissent avoir la capacité et l’autorité affiliées à leur mission ? Alors oui, l’insti­tutionnalisation précoce ou trop importante associée à des poussées sociales faibles peut être dommageable, mais l’enjeu de la médiation, dans l’avenir, est l’aboutissement de multiples actions et initiatives locales afin d’obtenir une vision d’ensemble du caractère et du champ de la médiation. Cela fait partie des recompositions en cours et il est intéressant d’observer si la médiation occasionnera un renouvellement de pratiques. Nous sommes aussi à un moment de bascule : les petits et les grands modes de régulation de la vie collective disparaissent et les autres tardent à apparaître.

La médiation comme substitutif fait aujourd’hui face à cette carence dans un contexte également de microfissures qui rejoignent la fracture sociale.

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