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[Interview] Sociologie électorale

« L’image des classes populaires est mythifiée »

Publié le 13/06/2022 • Par Romain Gaspar • dans : France

hugo touzet
Fabien Calcavechia/La Gazette
Dans « Votes populaires ! Les bases sociales de la polarisation électorale dans la présidentielle de 2017 », le sociologue Hugo Touzet prend le contrepied du discours médiatique dominant selon lequel les classes populaires seraient soit dépolitisées, soit majoritairement soutien du RN.

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Le niveau de mobilisation des classes populaires lors des élections législatives pourrait bien être la clé du scrutin pour départager la majorité présidentielle, l’union de la gauche et le Rassemblement national (RN) dans les 577 circonscriptions. C’est, en tout cas, ce qu’étudie le sociologue Hugo Touzet, qui vient de consacrer, avec le collectif Focale, un ouvrage très instructif à ce sujet. Dans « Votes populaires ! Les bases sociales de la polarisation électorale dans la présidentielle de 2017 » (1), il prend le contrepied du discours médiatique dominant selon lequel les classes populaires seraient soit dépolitisées, soit majoritairement soutien du RN.

« On est à la fin d’un cycle de recomposition politique en trois blocs, avec un vote des classes populaires caractérisé plutôt par une polarisation, entre un pôle d’extrême droite et un pôle de gauche radicale. Car, même si l’extrême droite réalise des scores élevés, la gauche radicale a élargi son socle électoral avec Jean-Luc Mélenchon et est, par exemple, majoritaire chez les Français qui touchent moins de 900 euros par mois », explique Hugo Touzet.

Il s’appuie pour cela sur une enquête par questionnaire, réalisée à la sortie des urnes lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2017 dans deux villes populaires : Villeneuve-Saint-Georges, en banlieue parisienne, et Méricourt, dans le bassin minier lensois. Le projet est né de son insatisfaction face au manque de précisions des sondages sur les déterminants du vote populaire à cause d’échantillons trop faibles. « Le point crucial est de ne pas penser les classes populaires comme un bloc homogène », insiste Hugo Touzet.

A quoi ressemblent les classes populaires aujourd’hui ?

On doit sortir d’une image mythifiée des classes populaires. Elles ne se résument pas aux hommes blancs, en bleu de travail, qui travail­lent à l’usine. Elles sont beaucoup plus diverses qu’on ne le pense. Les femmes de chambre dans les hôtels en font partie, par exemple. Les nouveaux prolétaires sont davantage les caissières, les travailleurs Uber ou les employés des plate­formes ­Amazon.

On définit souvent les classes populaires par le niveau de revenu ou les catégories socioprofessionnelles des ouvriers et employés, avec une partie des inactifs et des professions intermédiaires. Mais s’arrêter à ce niveau n’est pas totalement satisfaisant. Pour être complet et comprendre les facteurs de vote, il faut aussi prendre en compte un ensemble de critères comme la question du genre, car les femmes ne travaillent pas dans les mêmes secteurs professionnels que les hommes. La trajectoire migratoire a aussi un impact très fort sur la manière dont ces personnes vont se politiser, parce qu’elles sont victimes de discriminations dans ­l’espace public.

Les classes populaires ne sont pas un bloc homogène. Une grande partie, notamment en périphérie des métropoles, sont des personnes racisées. Or, l’une des fractures les plus marquantes se produit entre ceux qui ont une trajectoire migratoire extra-européenne et les autres. Par exemple, à ­Méricourt, les personnes issues de ­l’immigration maghrébine­ ou de l’Afrique sub­saharienne ne votent pas du tout pour l’extrême droite. « L’Arabe qui vote RN » n’existe pas, statistiquement.

Pourquoi refusez-vous de décrire le vote RN des classes populaires comme un vote de colère ?

Il faudrait voir ce que l’on met derrière le mot « colère ». C’est vide de sens d’un point de vue analytique. On peut être en colère contre le système capitaliste ou contre les immigrés, si l’on est raciste. La colère peut exister chez toutes les classes populaires, mais elle se traduit différemment et n’est pas teintée politiquement de la même manière.

Par exemple, si l’on regarde à ­partir des résultats de la présidentielle de 2022, on a un électorat de Marine Le Pen très fortement politisé sur les thèmes du racisme et de xénophobie. Ce qui ne l’empêche pas, par ­ailleurs, de développer un discours autour du pouvoir d’achat. La question du pouvoir d’achat n’est d’ailleurs pas neutre. Dans l’électorat RN, elle va se porter vers la lutte contre l’assistanat, contre les immigrés, pour la préférence nationale. Du côté de ­Jean-Luc ­Mélenchon, la colère de l’électorat va plutôt se traduire politiquement contre les plus riches et l’exil fiscal, et pour une hausse des salaires.

L’engagement militant associatif joue-t-il un rôle dans la politisation des classes populaires ?

Entre les années 45 et 70, et plus tard encore dans certaines banlieues rouges, l’encadrement du vote était fort car la CGT, le Parti communiste et les associations de quartier associées au PCF étaient puissants. La participation à la vie associative de la commune et les héritages politiques familiaux, dès lors qu’ils sont ancrés à gauche, représentaient autant de dimensions qui freinaient l’attrait du Front national.

Les effets de ces encadrements du vote propres à l’ancienne classe ouvrière sont d’autant plus impressionnants qu’ils s’observent encore cinquante ans après le début de la désindustrialisation. Reste qu’ils semblent destinés à s’effacer avec le temps, car ces formes d’encadrement populaire correspondent à des survivances qui ne trouvent aucun relais équivalent dans les formes de solidarités actuelles. Aujourd’hui, c’est une queue de comète, car les syndicats ont eu tendance à décliner­ et les liens se sont distendus dans les ­collectifs de travail.

A quel point le facteur territorial constitue-t-il une variable importante dans le vote populaire ?

L’histoire, notamment politique, d’un territoire est un vecteur de politisation des classes populaires. La grande précarité favorise par exemple beaucoup plus le vote RN dans une ville désindustrialisée comme Méricourt que dans une ville d’Ile-de-France telle que ­Villeneuve-Saint-Georges. Forcément, la fermeture de la mine à Méricourt, tout comme les luttes des cheminots et l’immigration à Villeneuve-Saint-Georges, ont joué un rôle. Mais le danger est de penser que c’est complètement indépendant d’une lecture sociale, ethnoraciale ou genrée. C’est en réalité très complémentaire.

Il ne faut pas réifier les territoires car ils ne sont pas neutres. L’opposition ville-campagne n’a pas de sens si, derrière les cartes, on ne s’intéresse pas aux caractéristiques sociodémographiques que l’on peut saisir aussi autrement. Marine Le Pen est sortie en tête au premier tour de la dernière présidentielle dans 18 100 communes, dont plus de la moitié de petits villages de moins de 1 000 habitants, mais il faut s’intéresser à la sociologie de ces territoires. Les habitants vont y être plus âgés, moins diplômés, essentiellement d’origine française ou européenne, peu syndiqués, peu impliqués dans la vie de leur territoire et souvent inquiets pour l’avenir. Et cela ne veut pas dire que Jean-Luc ­Mélenchon est un vote principalement des métropoles. Il gagne dans la ruralité ancrée à gauche avec des habitants qui ont une attention forte à l’écologie, comme en Ariège ou dans les ­Alpes-Maritimes, sauf sur le littoral.

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Note 01 Editions du Croquant, février 2022 Retour au texte

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Commentaires

« L’image des classes populaires est mythifiée »

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Fab44

14/06/2022 03h58

« enquête réalisée(…) dans deux villes populaires : Villeneuve-Saint-Georges, et Méricourt. »
Et donc 2 communes seraient représentatives de toutes les autres (càd plus de 5 millions de personnes vivant en QPV) ?! Pour le coup, je trouve que ça manque vraiment de précision…

Romain Gaspar

15/06/2022 02h42

La valeur ajoutée est le fait que c’est une enquête quantitative et qualitative avec un degré important de précision ce qui implique des entretiens avec les votants, contrairement par exemple à un sondage.

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