Fermer

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Menu

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Fracture territoriale

Richard ­Werly : « Dans l’archipel français, les élus sont des passerelles »

Publié le 10/06/2022 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : France

Richard Werly
P. Marais / La Gazette
La ligne de démarcation, qui séparait, entre juin 1940 et novembre 1942, la zone dite « libre » des territoires ­occupés par l'Allemagne, a inspiré au journaliste helvète ­Richard ­Werly une déambulation autour des fractures françaises actuelles. Interview.

Ma Gazette

Sélectionnez vos thèmes et créez votre newsletter personnalisée

C’est un marqueur de 1 200 kilomètres de long qui court de la frontière suisse jusqu’à la lisière de la ­Touraine pour redescendre vers les montagnes pyrénéennes et les portes de l’Espagne, à une soixantaine de kilomètres de la côte Atlantique. La ligne de démarcation, qui séparait, entre juin 1940 et novembre 1942, la zone dite « libre » des territoires ­occupés par l’Allemagne, a inspiré au journaliste helvète ­Richard ­Werly une déambulation autour des fractures françaises actuelles. Une enquête qu’il raconte dans « La France contre elle-même. De la démarcation de 1940 aux fractures d’aujourd’hui » (Grasset, mars 2022).

Des « gilets jaunes », croisés du côté de ­Vichy, font vite le parallèle entre ces deux époques : « Personne ne se bat. Les usines ferment. Les emplois partent à l’étranger. Et qu’on ne nous dise pas qu’il n’y a pas de fautifs. Les fautifs, nous, on les connaît. » Le sénateur de l’ancienne capitale de l’Etat français ­Claude ­Malhuret les recadre aussitôt pour mieux villipender un mouvement dont « la devise semble être “je hais, donc, je suis” ». « Nous avons le pire des mondes. Plus de dépenses publiques et moins de services publics », cingle, acide, le parlementaire de centre droit.

Pour ­Richard ­Werly, « la ­France se croit condamnée à la défaite comme en 1940 ». Une dépression nationale dont l’antidote se trouve, selon lui, précisément dans l’expérience de la ligne de démarcation. Des communes sont, alors, coupées en deux. Mais la ­France profonde n’est pas ensevelie. Elle invente, avant l’heure, les circuits courts entre les paysans de la ligne et les citadins en proie aux contingences du rationnement. Le propos de ­Richard ­Werly ne vire pas pour autant à la thèse. « Chaque terroir français est un récit, un morceau d’histoire particulier », écrit-il, dans une veine à la ­Fernand ­Braudel.

A quelle France la ligne de démarcation appartient-elle ?

C’est le socle central et rural du pays sur lequel s’est appuyée la monarchie, puis la ­République. La colonne vertébrale­ de la ­France, dont les villages et les paysages ont finalement peu changé depuis la ligne de démarcation. Bien qu’éloignée de Paris et des grands centres de production industrielle, cette ­France immobile a été, jusqu’à une période récente, sur le devant de la scène politique. C’est le clocher­ du village du ­Morvan de l’affi­che de la force tranquille de ­François Mitterrand lors de sa campagne de 1981. C’est le ­Cantal de ­Georges Pompidou, le Puy-­de-­Dôme de ­Valéry ­Giscard d’­Estaing et la ­Corrèze chère à ­Jacques ­Chirac, comme à ­François ­Hollande.

Mais, avec l’accélération de la mondialisation et la montée en puissance des métropoles, ces régions vieillis­santes éprouvent un sentiment de dépossession, alimenté par le fléau des déserts médicaux et un statut de seconde classe numérique, loin de la 5G. Les cantons à cheval sur les 1 200 kilomètres de l’ancienne ligne de démarcation ont, dans leur très grande majorité, placé ­Marine Le Pen en tête du second tour de la présidentielle. Les conditions de vie y sont difficiles, les bassins d’emploi rares et la dépendance vis-à-vis de la voiture élevée.

Ces terres, où les « gilets jaunes » ont été nombreux, sont prises dans l’étau du sentiment d’inutilité. Cette ­France des marchés paysans approvisionne beaucoup moins le pays que par le passé. Depuis que Jean-Pierre ­Pernaut a lâché son journal de 13 heures, elle n’est plus du tout à la une. Elle est désynchronisée par rapport au rythme du pays.

Emmanuel Macron a pourtant, tout un symbole, terminé sa campagne présidentielle dans le Lot…

Emmanuel Macron a fait de belles images qui plaisent aux citadins. Il a une vision touristico-électorale de la ­France. Pour reprendre la classification de l’écrivain britannique ­David ­Goodhart, c’est un « anywhere » (celui qui n’est nulle part, ndlr), en opposition aux « somewhere » (ceux qui sont de quelque part, ndlr) du ­Jura ou de la ­Nièvre que j’ai rencontrés.

Il lui manque, dans son entourage, des grands barons politiques de province. En Bretagne, ­Richard ­Ferrand n’était qu’un ­député parmi d’autres avant de le rejoindre. Aujourd’hui, c’est un baron d’empire qui n’a pas réussi à être l’incarnation de la Bretagne à ­Paris. ­Jean-Yves Le ­Drian jouait ce rôle, mais son passage à la Défense, puis au Quai d’­Orsay l’a éloigné de son fief. Quant à ­François ­Bayrou, il est un baron périphérique, très éloigné à Pau de ­Paris, loin du cœur de la ­France qui correspond à la partie centrale de la ligne de démarcation.

Les élus des régions que vous évoquez dans votre livre sont aussi dépassés que leurs administrés…

Ils représentent des territoires faiblement peuplés. Leurs ­députés élus les 12 et 19 juin pèseront donc très peu à ­Paris. Comme, en plus, ils ne portent pas de grands enjeux technologiques, ils sont à la peine. Dans les départements frontaliers, comme l’Ain, les élus locaux doivent gérer des communes dortoirs composés de nouvelles ­populations qui travaillent en ­Suisse, où les salaires sont beaucoup plus élevés. Pour eux, c’est la double peine : le prix du foncier explose et ils ne réussissent pas à ­conserver leur personnel municipal s’ils pratiquent les mêmes salaires qu’à l’autre bout de la ­France.

Pour accorder des primes substantielles à leurs agents, il leur faut déployer des trésors d’imagination pour ­contourner les règles imposées par les administrations parisiennes. C’est ce qu’on avait déjà constaté lors de la crise sanitaire. La ­France tient debout quand les édiles désobéissent à ­Paris.

Pourquoi n’êtes-vous pas tout à fait en phase avec les théories de Jérôme Fourquet sur le nouvel archipel français ?

Le pays est composé d’îles qui ne se rejoignent pas toujours, c’est vrai. Mais ce n’est pas nouveau. La ­France a toujours été un archipel. Est-elle, pour autant, en proie à une fracture ? Ses membres sont abîmés, mais pas cassés. Les élus locaux sont autant de passeurs, de passerelles entre ses différentes composantes. La ­France de la ligne de démarcation est beaucoup plus solide qu’on peut le croire. Même si elle n’est pas la ­Bretagne, elle possède un caractère aussi granitique que rassurant. C’est grâce à elle que la Nation a pu ­continuer durant les années noires. Elle est, aujourd’hui, éloignée des tempêtes de la société française. Elle ­possède une profondeur historique.

Elle donne d’ailleurs en partie tort à ­Jérôme ­Fourquet et ­Jean-Laurent ­Cassely qui, dans « La ­France sous nos yeux », affirment qu’en « l’espace d’une vingtaine d’années, l’ensemble du pays s’est transformé en une gigantesque zone de chalandise que les enseignes ont entrepris de se ­disputer et de se partager ». Tout le pays n’a pas connu cette mutation. Certaines zones restent en marge.

C’est la raison pour laquelle ce socle central peut faire la jonction entre les époques : c’est beaucoup plus difficile pour les métropoles qui sont aspirées par le monde de demain. Sa « chance », c’est la guerre en ­Ukraine, qui va lui redonner une fonction agricole nourricière. Si « la ­France du vide » se remplit à nouveau d’emplois, de ­population et de convivialité, elle engendrera mécaniquement des ponts entre les îles de l’archipel français.

Réagir à cet article
marche online

Aujourd'hui sur les clubs experts gazette

Nos services

Prépa concours

CAP

Évènements

Gazette

Formations

Gazette

Commentaires

Richard ­Werly : « Dans l’archipel français, les élus sont des passerelles »

Votre e-mail ne sera pas publié

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement