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Musées

Gros plan sur la restitution des œuvres spoliées par les nazis

Publié le 10/05/2022 • Par Isabelle Verbaere • dans : Actualité Culture, France

FRANCE - MUSEES NATIONAUX RESTITUTION - SPOLIATION OEUVRE D ART
Jerome Chabanne/H. L./ La Gazette
Environ 100 000 œuvres d’art ont été spoliées pendant l’Occupation, en France. 60 000 ont été rapatriées d’Allemagne, par les Alliés notamment. Des centaines ont été déposées par l’Etat dans les musées territoriaux. Les collectivités en ont aussi acquis, sans connaître leur origine. Avec l’appui de l'Etat, les conservateurs sont invités à identifier les œuvres à la provenance douteuse.

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Peint par Maurice Utrillo entre 1936 et 1937, « Carrefour à Sannois » a été acheté par la ville de Sannois (26 600 hab., Val-d’Oise) en 2004, pour un montant de 111 244 euros, à l’occasion d’une vente aux enchères chez Sotheby’s. Il va être remis à l’ayant droit de son propriétaire, Georges­ ­Bernheim, à qui il avait été confisqué en 1942. « Bernard Jamet, le maire, souhaite que la cérémonie de restitution, mi-mai, soit officielle, car c’est un pan d’histoire douloureux », glisse Nathalie Leca, la responsable du service culturel.

Loi de restitution

Et pour cause, c’est historique. Quinze œuvres, dont celle-ci, spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale ou acquises à vils prix à des Juifs n’ayant pas eu d’autre choix que de vendre pour fuir, ont fait l’objet d’une loi de restitution, votée le 21 février 2022. Une première depuis l’après-guerre. « Rosier sous les arbres », de Gustav Klimt, est l’un des plus célèbres tableaux concernés. Auparavant acheté par le musée d’Orsay, il a été rendu par le ministère de la Culture, le 23 mars 2022, aux ayants droit de sa propriétaire, Eléonore ­Stiasny, dépossédée à Vienne en 1938.

« Tableaux, gravures, statues, 100 000 œuvres d’art ont été confisquées pendant l’Occupation, dont environ 60 000, seulement, sont revenues d’Allemagne, indique Michel Jeannoutot, président de la Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations (CIVS). 45 000 ont été rendues aux familles, beaucoup après la ­Libération. 13 500 ont été vendues par l’admi­nistration des domaines dans les années 50, tandis que 2 200 ont fait l’objet d’un dépôt dans les musées publics en vue d’être conservées et remises aux ayants droit de leurs propriétaires. Elles constituent ce qu’on appelle des “MNR”. »

Des oeuvres dont l’histoire refait surface

De plus, il y a toutes ces œuvres qui n’ont pas été retrouvées, qui sont dans des collections privées ou des musées, et dont l’histoire trouble refait parfois surface, comme « ­Carrefour à Sannois » . « La ville a été alertée par la CIVS que ce tableau avait été spolié en 2015, relate ­Nathalie Leca. Elle a ensuite tout fait pour le restituer, ne souhaitant pas conserver une toile avec ce lourd tribut. Une délibération a été votée dans ce sens en 2018. »

Mais le Code du patrimoine ne permet pas de déclasser des œuvres entrées dans les collections publiques, qui sont alors inaliénables. « Nous étions dans ­l’impasse, face à un vide juridique, remarque Johnny Ah-Chiaye, chargé des affaires juridiques. La ville ne pouvait plus exposer le tableau, qui ne lui appartenait plus, et ne pouvait pas le rendre. » Il a fallu le vote d’une loi pour lever cet obstacle.

« C’est un vrai problème. Il faudrait créer un cadre juridique qui permette de sortir plus facilement ces œuvres des collections, pour éviter le recours systématique à une autorisation au cas par cas du Parlement », analyse Michel Jeannoutot.

Procédures judiciaires entamées par les familles spoliées

Des familles entament une procédure judiciaire. C’est l’option choisie par celle de René Gimpel­. Juif et résistant, ce collectionneur a été ­obligé de vendre trois tableaux d’André Derain, avant de mourir en déportation en 1945. Deux ont été donnés à l’Etat – « Paysage à Cassis » et « La Chapelle-sous-­Crécy ».

Le troisième, « Pinède, Cassis », a été acheté par la ville de Marseille en 1987. La cour d’appel de Paris, ayant considéré que ces œuvres avaient été spoliées et vendues sous la contrainte durant l’­Occupation, a ­ordonné leur restitution le 30 septembre 2020. « J’appelle solennellement tous les maires de France à s’engager résolument dans ce travail d’inventaire et de restitution car c’est notre devoir », déclamait Benoît Payan, maire de Marseille (870 700 hab.), lors de la restitution publique du tableau, le 26 janvier 2021.

4 438 dossiers traités par la CIVS

La CIVS a traité 4 438 dossiers dans lesquels des biens culturels ont été revendiqués depuis le 1er janvier 2000. Elle est saisie par les ayants droit. « La France est le seul pays où ce dispositif est main­tenu et l’on reçoit encore ce genre de demande », constate Michel Jeannoutot. Vingt-cinq tableaux et sculptures ont été restitués sur recommandation de la CIVS.

« La recherche de ces œuvres spoliées n’a pas particulièrement motivé les musées jusqu’à récemment, poursuit-il. Ils ne faisaient, en général, pas preuve d’un grand empressement pour répondre aux demandes. Lorsqu’une œuvre n’est pas retrouvée, les ayants droit sont indemnisés. » La mission a recommandé 54 millions d’euros d’indemnisation pour des biens culturels depuis 2000.

Mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés

Une mission de recherche et de restitution des biens culturels spoliés entre 1933 et 1945 a été créée au printemps 2019, au sein du ministère de la Culture. Le rôle de ce service est notamment de retrouver les œuvres recherchées par les familles. Les conservateurs peuvent le saisir quand ils ont des doutes sur l’appartenance d’une œuvre.

« Lorsqu’une ­collectivité fait l’acquisition d’une œuvre qui date d’avant la Seconde Guerre mondiale, elle doit être extrêmement prudente, car elle n’a pas les compétences en interne pour tracer son histoire, note ­Nathalie Leca. Normalement, ce travail de recherche sur la provenance devrait être mené par les maisons d’art, les vendeurs.

Voie de compensation à amiable

Pourtant, ­Sotheby’s Londres n’a pas identifié, à l’époque, le tableau d’Utrillo comme une œuvre spoliée. » La ville, qui a demandé à la multinationale d’examiner une voie de compensation amiable, s’est d’abord heurtée à un mur, mais Sotheby’s vient de s’engager à l’indemniser.

Les recherches de cette mission consistent aussi à identifier les propriétaires des œuvres mises en dépôt dans les musées publics, en attendant leur restitution, les fameux MNR. Si le Louvre et le musée d’Orsay en détiennent la majeure partie, on en trouve aussi dans les musées des collectivités.

A Brive-la-Gaillarde, le musée Labenche (lire ci-dessous) en abrite cinq, qui y ont été déposées par l’Etat dans les années 50. « Ces tableaux doivent être exposés et nous devons faciliter, par nos actions, leur restitution aux descendants des propriétaires juifs spoliés », insiste Vincent Rigau-Jourjon, son directeur.

Base de données Rose-Valland

Un avis partagé par Pierre Ickowicz, conservateur en chef du musée de Dieppe (28 200 hab., Seine-­Maritime), qui compte huit MNR dont un Sisley, un Pissaro et un Renoir. « Ils nous ont été confiés par l’Etat, le premier dès 1953, pour être exposés et éventuellement revendiqués par leurs propriétaires, au lieu de dormir dans les réserves du Louvre, se félicite-t-il. Les conservateurs étaient bien contents de ­montrer ces tableaux, mais tous n’ont pas joué le jeu en affichant leurs origines douteuses. Aujourd’hui, on doit la mentionner clairement. »

Le 6 janvier 2022, la marine « Bateaux sur une mer agitée près d’une côte rocheuse », peinte au XVIIsiècle par un Hollandais inconnu, a quitté Dieppe pour le Louvre, qui devrait la restituer, sur recommandation de la CIVS. Ce tableau avait été confisqué à un couple de Niçois, les Bargebauer, par la suite déporté en juin 1944. Ce MRN référencé 645 dans la base de données Rose-Valland, qui les identifie, était en dépôt au musée de Dieppe depuis 1983.

« Nanterre a ouvert le premier diplôme universitaire en recherche de provenance »

Corinne Hershkovitch_avocate

Corinne Hershkovitch, avocate, présidente de l’association Astres

« La mission chargée de la recherche de la provenance des œuvres spoliées, dirigée par David Zivie, a des petits moyens, quatre personnes, pour conduire ces travaux. Les délais sont très longs et il n’y a pas réellement de méthodologie. Il n’y avait pas vraiment de formation sur ce thème en France, mais l’université de Nanterre a ouvert le premier diplôme universitaire en recherche de provenance de biens spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale ou durant la période coloniale. Ce sont 240 heures de formation sur six mois, ouvertes aux étudiants comme aux professionnels, des restaurateurs d’œuvres d’art, des documentalistes de musée, des conservateurs. »

 

« En réparation du préjudice, la famille a reçu 140 000 euros de la commune »

FRANCE - MUSEES NATIONAUX RESTITUTION - SPOLIATION OEUVRE D ART

Vincent Rigau-Jourjon, directeur du musée Labenche de Brive-la-Gaillarde (46 300 hab., Corrèze)

« La commune a payé la tapisserie “L’Odorat” deux fois. Celle-ci fait partie de la tenture “Les Cinq sens“, tissée par la Manufacture royale anglaise de Mortlake entre 1619 et 1639, et a été acquise en  995 par la ville pour 660 000 francs. Le cabinet d’avocats von Trott a c­ontacté la commune en mars 2016 pour l’informer que cette tapisserie appartenait à la famille Dray, de confession juive, qui aurait été contrainte de la céder en 1936 au régime nazi, à un vil prix. Les recherches conduites par la suite l’ont confirmé. Une réunion de médiation a été organisée en décembre 2020. Les héritiers ont renoncé à la restitution de la tapisserie.

C’était important pour le musée, car cette œuvre fait partie d’une série. En réparation du préjudice, la famille a reçu de la commune la somme de 140 000 euros. Elle s’est aussi engagée à informer le public qu’il s’agit d’une œuvre spoliée par le régime nazi. »

Les bibliothèques aussi

5 millions d’ouvrages auraient été pillés en France entre 1939 et 1945, selon Martine Poulain, conservatrice générale honoraire des biblio­thèques. Peu de collections ont fait l’objet d’une restitution.

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