Fermer

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Menu

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Industrie

Le cruel destin de la capitale de l’automobile française

Publié le 07/04/2022 • Par La Rédaction • dans : Régions

Couverture--Sochaux-une
Le Cerf 2022
Dans un livre-enquête publié à la veille de la présidentielle aux éditions du Cerf, le journaliste de La Gazette, Jean-Baptiste Forray revient sur la casse d’un bastion des Trente Glorieuses : l’usine Peugeot située à cheval sur les communes de Sochaux et de Montbéliard. Autopsie d’un déclin, au regard de la relation de plus en plus distante entre le constructeur automobile et les élus locaux.

Ma Gazette

Sélectionnez vos thèmes et créez votre newsletter personnalisée

Pendant des décennies, cela a été le pays de Peugeot. Dans le bassin industriel de Montbéliard, la firme automobile possédait tout : les emplois, les appartements, les supermarchés et même les mandats d’élus. Forte de ses 42 000 salariés en 1978, l’usine de Sochaux était la plus grande d’Europe…

Avec les délocalisations, le recours massif à l’intérim et le développement de la sous-traitance, la maison Peugeot a volé en éclats. L’usine-mère compte six fois moins de salariés qu’à la grande époque. Le paternalisme n’est plus de saison. L’équipe-fanion du Football Club de Sochaux a été vendue en 2014 à une entreprise chinoise et les élus du cru en perdent leur latin. La Gazette vous propose les bonnes feuilles de cette sombre saga  (Au cœur du grand déclassement, la fierté perdue de Peugeot-Sochaux aux éditions du Cerf). Un destin emblématique, hélas, d’une bonne partie de l’industrie française, emportant avec elle les habitants et leurs territoires d’implantation.

Le système Peugeot

« A l’origine, les maires de droite sont directement des produits d’usine. Ils sont, en quelque sorte, fabriqués par la direction du personnel de Peugeot qui les sélectionne parmi ses cadres. Des candidats puissamment soutenus par les ingénieurs et les techniciens affiliés au RPR.

Face au péril « socialo-communiste », l’ancien responsable du personnel de l’usine de mécanique de Sochaux, Louis Souvet répond en 1989 à l’invite du chef de la famille, Pierre Peugeot. Il quitte sa mairie d’Exincourt pour ravir l’hôtel de ville de Montbéliard à la gauche.

Durant son premier mandat, les salariés et retraités du constructeur composent plus de la moitié de son équipe municipale. Parmi eux, le président de l’Association sportive culturelle des automobiles Peugeot (ASCAP) et un ex-directeur du centre de production de Sochaux. Louis Souvet se rend très régulièrement au Cercle Hôtel pour des petits-déjeuners de travail avec le patron de l’usine. C’est au 9e étage du building de la direction, qu’a été orchestré en 1986 un redécoupage sur mesure des circonscriptions des députés du pays de Montbéliard.

Grâce à Peugeot et à ses versements colossaux de taxe professionnelle, l’argent ruisselle sur l’agglomération du pays de Montbéliard présidée par Louis Souvet.

Sénateur parmi tant d’autres au palais du Luxembourg, ce fils d’ouvrier-paysan du Jura bénéficie d’une aura jamais démentie sur ses terres.

Entré chez Peugeot à l’établi comme ajusteur et outilleur, il a gravi tous les échelons. À l’hôtel de ville, il se fait fort d’arriver avant les employés municipaux. Le sourire aux lèvres, ce toque-menotte à la Chirac appelle ses administrés par leur prénom. De l’ouvrier à l’ingénieur, en passant par le contremaître, Louis Souvet en a côtoyé beaucoup à l’usine. Le gaulliste a ses antennes partout, y compris parmi les cégétistes avec lesquels il entretient une fraternité d’ancien établi. À la mairie, il reproduit le modèle paternaliste de la firme. Le personnel se tient à carreau. Le père protecteur n’a pas l’habitude d’être contesté. »

La chute d’une icône industrielle

« En 2019, a été rasé le Cercle Hôtel. Ce bâtiment art déco était fièrement dressé à l’entrée de l’usine de Sochaux depuis les années 1930. Nimbé de mystère et de majesté, il en imposait. Une batterie de femmes de chambre et de cuisiniers officiait là. Le gratin de la firme y recevait les délégations étrangères et les hôtes de marque, comme Valéry Giscard d’Estaing. Le P.-D. G. Jacques Calvet y dormait quand il descendait dans le Doubs.

La cinquantaine de chambres accueillait également des cadres de passage et, jusqu’au début des années 1970, des recrues du FC Sochaux. Le service en gants blancs du restaurant étoilé et les salons privés étaient prisés des ingénieurs qui y recevaient leurs fournisseurs. Les espaces de conférence étaient tout aussi appréciés. Avec sa salle de cinéma, son étang réservé à la natation et ses courts de tennis extérieurs, le Cercle Hôtel offrait quelques grammes de douceur dans un monde très brut.
La direction s’en est débarrassée, au même titre que le FC Sochaux.

À l’hôtel de ville de Montbéliard, la première magistrate LR Marie-Noëlle Biguinet ne cache pas son désarroi. Cette destruction ne correspondait pas à un grand dessein industriel.

L’ancien QG de la firme a été transformé en un vulgaire parking. Comme s’il fallait gommer à tout prix l’histoire de Peugeot. Marie-Noëlle Biguinet a refusé de parapher le permis de démolir du Cercle Hôtel. « Je ne pouvais pas signer ça », confie la petite-fille d’une ouvrière de Peugeot et l’épouse d’un ingénieur de la marque. Le premier adjoint de Marie-Noëlle Biguinet, un ancien cadre de Peugeot-Sochaux, n’a pas eu la force non plus. C’est finalement la deuxième adjointe qui a signé le permis de démolir. La ville n’avait pas trop le choix. Le Cercle Hôtel n’était pas classé aux monuments historiques et la municipalité ne peut se mettre durablement à dos le premier employeur de la commune. »

La ville qui rétrécit

« Contrairement à la ville de Montbéliard, peu affectée par la diminution de la taille de l’usine, la commune de Sochaux va trinquer. La destruction, sur ses terres, de nombreux bâtiments de Peugeot va lui coûter « un pognon de dingue ».

Ses pertes de recettes de taxe foncière feront un trou dans la caisse de deux millions d’euros par an. Une somme vertigineuse pour une ville dont le budget a déjà fondu de 10 à 7 millions d’euros.

Depuis une quinzaine d’années, Sochaux paie cash le compactage de l’usine. Jadis, dans le peloton de tête des collectivités les plus riches de France grâce aux taxes versées par Peugeot, la commune figure aujourd’hui parmi les plus pauvres. Éligible aux fonds de la politique de la ville depuis 2013, elle doit tendre la sébile à l’État.

Mais la localité a beau se serrer la ceinture, elle ne s’en sort plus. La faute à son âge d’or qui la poursuit jusque dans sa chute. Durant ses années fastes, Sochaux a vu grand. La petite ville de 8 000 âmes s’est dotée d’équipements d’une agglomération de 100 000 habitants : halle des sports XXL, salle de spectacle de 1 100 places, hôtel de ville pharaonique en forme de blockhaus en béton armé… Sochaux se retrouve aujourd’hui avec des infrastructures sur les bras dont elle ne peut plus assurer le train de vie. Il lui faut opérer des choix cornéliens. Elle doit revoir à la baisse l’utilisation de sa halle des sports.

Sa salle de spectacles, la Maison des arts et des loisirs de Sochaux (Mals) n’est, elle, plus exploitée par la commune.

Elle est simplement louée à la scène nationale de Montbéliard, à des tourneurs ou à des associations. Une économie d’1 million d’euros par an, mais une blessure à vif pour le premier magistrat sochalien Albert Matocq-Grabot (ex-PS). Arrivé de son midi natal en 1962, après un passage en Algérie comme appelé du contingent, le vieux maire a d’abord travaillé à l’usine. Puis, il a été animateur et responsable de MJC. Enfin, il a dirigé la Maison des arts et des loisirs de Sochaux. La Mals aux trésors.

Une scène qui, durant un demi-siècle, a vu défiler les plus grands, de Maurice Béjart à Philippe Decouflé, de Raymond Devos à Guy Bedos, en passant par les orchestres de Berlin ou de New York. « Nos tarifs étaient trois fois inférieurs au prix du marché », s’enorgueillit Albert Matocq-Grabot : « On jouait à guichets fermés. Début juillet, il y avait une queue de 100 mètres à 5 heures du matin pour prendre un abonnement annuel. » Parmi les habitués, il y avait bien davantage de cadres que d’OS. La préférence locale n’était pas de mise. Le maire de l’époque ne voulait pas faire de différence entre ses administrés et le public venu des autres villes de l’agglomération. Une manière, pour lui, de rendre à tous les salariés de Peugeot-Sochaux le fruit de leur labeur.

En 1999, la loi Chevènement sur l’intercommunalité a repris cette philosophie de manière plus scientifique.

Toutes les communes du pays de Montbéliard ont touché leur part du gâteau. Elles se sont partagé la taxe professionnelle dans le cadre de la toute première communauté d’agglomération de France. La ville de Sochaux y a perdu des plumes. La disparition de la taxe professionnelle à la fin des années 2000 a été une mauvaise nouvelle de plus. Sochaux a dû vendre sa propriété de Charquemont. Une ancienne ferme du Haut-Doubs où les enfants de la commune se rendaient en classe verte et en classe de neige.

En bon adepte du socialisme municipal, Albert Matocq-Grabot n’a pas touché à sa crèche et à son centre communal d’action sociale. Mais il y a péril en la demeure.

Sochaux a perdu la moitié de sa population en soixante ans, tombant de 8 000 à 4 000 habitants. La localité est ce que les Anglo-Saxons appellent une « shrinking city ». Une ville en décroissance. Une ville qui rétrécit. Sa démographie a dégringolé à mesure que Peugeot taillait dans ses effectifs. À mesure aussi que les cols-bleus quittaient les grands ensembles bâtis à la va-vite sur le budget de la firme pour se construire des maisons. Depuis des années, des logements sont désespérément vides.

Les élus se retrouvent face à eux-mêmes, contraints de prendre leurs responsabilités. Ils ne peuvent plus renvoyer la balle à l’entreprise-mère. Maintenant, c’est dans l’autre sens que cela marche. Comme feu son camarade socialiste Paul Quilès, après la fermeture des mines de Carmaux au pays de Jaurès, Albert Matocq-Grabot songe à monter un parc d’attractions.

L’édile a repéré qu’il n’y avait pas encore en Europe de Nintendo Park comme à Osaka au Japon. Avec l’aéroport de Bâle-Mulhouse-Fribourg à moins d’une heure, Sochaux peut faire valoir quelques atouts, rêve-t-il tout haut.

Albert Matocq-Grabot le sait bien : sa ville ne peut plus dépendre uniquement de Peugeot. Une usine du futur de 5 000 salariés est plus facile à déménager qu’une usine du passé de 42 000 employés. Mais le maire de la cité automobile n’ose l’imaginer : « Faire partir l’usine de Sochaux, ce serait comme enlever le vignoble dans le Bordelais… »

Cet article est en relation avec les dossiers

Réagir à cet article
Prochain Webinaire

Data visualisation, les agents véritables acteurs de la transformation

de Salesforce

--
jours
--
heures
--
minutes
marche online

Aujourd'hui sur les clubs experts gazette

Nos services

Prépa concours

CAP

Évènements

Gazette

Formations

Gazette

Commentaires

Le cruel destin de la capitale de l’automobile française

Votre e-mail ne sera pas publié

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement