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[Entretien] Démocratie

« Le rapport à l’élu local est devenu consumériste »

Publié le 19/04/2022 • Par Pablo Aiquel • dans : France

Chloé Morin
S. Soriano / Figarophoto
Dans son dernier ouvrage, "On a les politiques qu’on mérite" (éd. ­Fayard, février 2022), la politologue ­Chloé ­Morin décortique le rapport ambigu qu’entretiennent les citoyens avec la "classe politique".

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Les hommes et les femmes politiques sont détestables – et détestés –, sauf… les maires à portée de claque. Les élus sont « des égoïstes, des arrivistes, des narcisses, des ­incompétents, des traîtres », sauf… les élus locaux. Dans son dernier ouvrage, « On a les politiques qu’on mérite » (éd. ­Fayard, février 2022), la politologue ­Chloé ­Morin décortique le rapport ambigu qu’entretiennent les citoyens avec la « classe politique ». Dans ce tableau, les politiques de province tirent-ils vraiment leur épingle du jeu ? Ne sont-ils pas également la cible de nombreuses critiques ? En cette période de présidentielle et au sortir d’un quinquennat marqué par de longues crises (des « gilets jaunes », du ­­Covid­19), dans lesquelles les élus locaux ont joué un rôle important, la spécialiste de l’analyse d’opinion et de la communication publique revient, pour « La Gazette », sur le décryptage développé dans son livre à la lumière des réalités des collectivités.

Le but de l’ex-conseillère de ­Manuel ­Valls et experte associée de la Fondation Jean-­Jaurès n’est pas d’accabler les hommes et femmes politiques mais, au contraire, de faire prendre conscience au lecteur citoyen qu’ils s’investissent énormément, sacrifient souvent une partie de leur vie privée et méritent peut-être une reconnaissance avertie. « Il est temps de balayer devant notre porte » et, éventuellement, de « se réconcilier avec nos politiques », assure-t-elle. Même s’il s’agit d’un essai où peu d’élus locaux sont interrogés – ou alors des cas particuliers, tels que Franck Louvrier, maire (LR) de La Baule-­Escoublac, ­David ­Lisnard, président de l’Association des maires de ­France et maire (LR) de Cannes, ou, plus atypique, ­Isabelle ­Balkany, ex-première adjointe (LR) de ­Levallois-­Perret, cet exercice de se regarder ainsi dans la glace, en tant que citoyen, demeure salutaire.

Dans votre dernier ouvrage, vous soulignez qu’une majorité du personnel politique essuie une « défiance écrasante », à l’exception des maires. Quelles en sont les raisons ?

Globalement, ce que l’on mesure dans les enquêtes d’opinion est que la classe politique subit une défiance extrêmement forte. Même certains maires font l’objet de violences, il ne s’agit pas d’une exception totale. Mais, parce qu’ils sont présents, que les gens les connaissent personnellement, notamment dans les communes petites et moyennes, les élus locaux subissent moins cette défiance. Ils sont plus facilement reconduits, le « dégagisme » s’applique moins aux élus locaux. Cela n’empêche pas que, dans l’ensemble, les élus sont méprisés, voire haïs, car considérés comme inefficaces, déconnectés et bénéficiant de privilèges indus. Ces idées sont basées sur des faits, des scandales et des affaires qui, en réalité, touchent une minorité d’entre eux. Les gens prennent une petite partie pour le tout. La majorité des élus fait bien son travail, y consacre beaucoup de temps et d’énergie et n’est pas déconnectée des réalités.

Les citoyens ne se rendent pas compte du temps que les élus locaux consacrent à une charge très lourde et peu rémunératrice. Je ne dis pas qu’ils ne se comportent jamais mal. Il y a eu des dérives ­préoccupantes mais, à peu près depuis l’affaire « Cahuzac », la moralisation et la transparence de la vie publique ont beaucoup avancé. Sans doute reste-t-il des progrès à faire, mais je pense que l’opinion n’a pas encore intégré les changements réalisés et vit encore avec l’idée que ça n’a pas changé. Alors que les progrès sont très importants.

Cependant, les demandes de coups de pouce, de passe-droits ainsi que le clientélisme restent présents, et cela existe localement aussi, n’est-ce pas ?

Sans doute que cela existe localement aussi. Ce qui est très intéressant, notamment dans les entretiens avec ­Isabelle ­Balkany ou ­David ­Lisnard, quand on aborde la question du clientélisme, c’est que ce n’est pas « tout blanc » ou « tout noir ». Les élus locaux essayent d’aider leurs ­concitoyens, et c’est normal. Mais il faut que l’élu sache ne pas aller trop loin. Car, dans ces cas, l’aide devient un avantage indu.

Et la frontière entre les deux est ténue. Il peut y avoir des aides ciblées sur une partie de la population, car cela correspond à un choix politique, mais il faut éviter que cela ne devienne quasiment un achat de voix. Le citoyen doit prendre aussi sa responsabilité, car il n’y a pas de clientélisme sans client. Nous demandons des avantages et des passe-droits, il y a donc une double responsabilité. Nous voulons que la règle s’applique, mais « pas à moi ».

Comment expliquez-vous l’augmentation du phénomène de l’abstention ?

Forcément, c’est un phénomène multifactoriel. Ce qui est essentiel, c’est la perception d’une inefficacité de l’action politique : pour beaucoup de gens, la politique ne sert à rien, cela ne change rien dans notre vie. Ensuite, il y a un rejet du personnel politique : il est considéré ­déconnecté et ­corrompu. Et, enfin, il y a d’autres facteurs très divers. Pour certains, il y a un déficit d’offres. Ces électeurs ne se ­reconnaissent pas dans l’offre actuelle. Pour les électeurs de gauche, plus particulièrement dans cette élection présidentielle, les offres existantes ne satisfont pas tous les électeurs, car le total de l’ensemble des offres de gauche est très bas. A droite, il y a une meilleure mobilisation et davantage de figures fortes.

Les élus locaux ont tendance à s’affranchir des étiquettes et il faut tenir compte aussi du fait que la politique locale favorise la recherche de ­compromis et le dépassement des clivages. Il est donc plus facile de rassembler des personnes d’horizons différents en fonction de projets.

Vous indiquez que le numérique a transformé notre rapport au politique. Est-ce le cas également pour l’élu local ?

Oui, nécessairement, car le rapport au politique ou à l’élu local est beaucoup plus consumériste qu’auparavant. Les différentes solutions que l’on a vu éclore ces dernières années, et notamment durant la pandémie, telles que le « click and collect », les hot-lines ou les livraisons en deux heures, s’appliquent également aux services publics. Nous avons pris des habitudes. J’ai reçu beaucoup de témoignages m’indiquant que les gens ne comprennent pas pourquoi les services publics ne s’adapteraient pas à ce virage. Le numérique contribue ainsi à mettre la pression sur les élus.

Il y a des initiatives et toutes ne passent pas par le numérique. Par exemple, la démocratie participative, à l’échelle locale, a des succès et des limites. La limite est le taux de participation. Cette limite-là est difficile à dépasser. L’individualisme est sans doute l’une des raisons à cela. Nous avons des vies très actives et l’on manque de temps. Contrairement à ce que l’on croit, les gens n’ont pas envie de s’impliquer et beaucoup sont ravis que d’autres aient la volonté de le faire et de s’investir pour la collectivité.

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