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Rénovation urbaine

Renaud ­Epstein : « Les grands ensembles sont l’œuvre de l’Etat aménageur »

Publié le 05/04/2022 • Par Delphine Gerbeau • dans : A la Une santé social, Actu expert santé social, France

Renaud Epstein
F. Klemczynski / La Gazette
Le sociologue ­Renaud ­Epstein, qui consacre une partie de ses recherches à la politique de la ville, arpente depuis des années les grands ensembles. Depuis 2014, il publie des archives sur ­Twitter, sous le titre "un jour, une ZUP, une carte", suscitant souvenirs et commentaires critiques sur ce que sont devenus certains de ces grands quartiers. Il en a tiré un magnifique ouvrage, "On est bien arrivés".

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Les Choux à ­Créteil, les ­Minguettes à ­Venissieux, le Haut-du-Lièvre à ­Nancy… Autant de noms évocateurs des « grands ensembles » sortis de terre au début des années 50, alors qu’après la Seconde Guerre mondiale, il manquait plus de 4 millions de logements en ­France. Le plan « Courant » de 1953 et le décret de 1958 créant les fameuses ZUP, pour « zones à urbaniser en priorité », lancent cet énorme chantier, qui permettra de construire plus de 200 quartiers et 2 millions de logements de qualité, des appartements vastes et lumineux, avec eau courante et salle de bains, des standards encore rares alors.

Le sociologue ­Renaud ­Epstein, qui consacre une partie de ses recherches à la politique de la ville, arpente depuis des années ces grands ensembles. Il en a rapporté au fil du temps des souvenirs, des cartes postales aux couleurs vives datant de la naissance de ce qu’on n’appelle pas encore « les cités ».

Depuis 2014, il publie ses archives sur ­Twitter, sous le titre « un jour, une ZUP, une carte », ­suscitant souvenirs et commentaires critiques sur ce que sont devenus certains de ces grands quartiers.

Après deux expositions aux Rencontres photographiques d’­Arles et au pavillon français de la Biennale de ­Venise, il en a tiré un magnifique ouvrage, « On est bien arrivés » (éd. Le Nouvel Attila, 2021), agrémenté notamment d’extraits de textes figurant au verso de ces cartes, témoignages des habitants des grands ensembles. Ce travail montre la diversité architecturale alors déployée, le passage au tout béton, mais aussi la présence forte de la nature – forêts, parcs, rivières… Si l’on assiste aujourd’hui à une paupérisation du parc social, dans les années 50, le scandale des grands ensembles résidait dans le fait que tant de gens souhaitaient y habiter et que les plus pauvres ne pouvaient y accéder…

En regardant les cartes postales, on remarque la diversité architecturale des immeubles construits, mais aussi la place de la nature, à rebours de l’image classique que l’on peut avoir des cités…

La plupart des grands ensembles ont été construits sur des terres agricoles, à l’écart de la ville historique. Au sortir de la guerre, il manquait 4 millions de logements en ­France. Il fallait donc construire rapidement et massivement pour résoudre ce déficit dramatique.

C’est ce qu’a permis la production industrialisée des grands ensembles, dont les dimensions exigeaient la mobilisation de vastes terrains et donc une localisation périphérique où le foncier était disponible et peu coûteux. Mais depuis leur construction il y a un demi-siècle, les grands ensembles ont été rattrapés par l’urbanisation. Des quartiers qu’on décrit souvent comme enclavés et isolés ne le sont plus : alors qu’ils étaient périphériques à l’échelle des villes, ils sont devenus péricentraux à l’échelle des agglomérations.

Il y a bien sûr des exceptions, à l’image de la cité nouvelle de ­Mourenx. On a construit un « petit ­Sarcelles » au milieu de la campagne béarnaise pour loger les ouvriers du bassin gazier de ­Lacq ; depuis, le gaz s’est épuisé mais la cité est restée et elle demeure complètement isolée. De la même façon, l’image de « cités-dortoirs » qui colle aux grands ensembles est erronée. C’était le cas de ceux qui ont été construits au début des années 50, qui avaient une fonction exclusivement résidentielle. Mais à partir de 1958, avec la procédure des ZUP, la programmation des grands ensembles a intégré la construction de nombreux équipements collectifs.

Dès 1971, la circulaire « Chalandon » met fin à la politique des grands ensembles. Pourquoi ?

Si l’Etat met fin à la construction des grands ensembles dans les années 70, c’est d’abord parce que la crise du logement est résolue. Mais aussi parce que montent les critiques à l’égard d’un urbanisme qui ne favorise pas la vie sociale. Et cela correspond à un tournant idéologique et budgétaire qui aboutira à la réforme « Barre » des aides au logement en 1977.

L’Etat – en l’­occurrence la direction du budget – estime que le marché est plus efficace que la planification étatique pour rapprocher offre et demande. Les aides à la personne remplacent alors les aides à la pierre à l’aide desquelles l’Etat avait piloté la production de logements.

Le tournant sera parachevé par la décentralisation qui a transféré les permis de construire aux maires : l’Etat a lâché le contrôle de l’urbanisation à 36 000 décideurs, qui vont ouvrir les vannes de la construction pavillonnaire. Il n’y a plus de régulation collective, ce qui a conduit au désastre paysager et écologique que l’on connaît…

Quelle était la place des élus locaux dans la conception de ces nouveaux quartiers ?

Ces quartiers d’urbanisme planifié sont la grande œuvre de l’Etat aménageur, sous l’égide des ingénieurs des Ponts. Jusqu’à la décentralisation du début des années 80, les maires n’avaient aucune compétence en matière d’urbanisme et ils n’ont été associés que de façon très marginale à ces grands projets. Mais ils y étaient le plus souvent favorables car ces quartiers répondaient aux besoins en logement des populations.

Il y avait par ailleurs une forme de « deal » entre élus communistes des banlieues rouges et élus gaullistes des villes centres : les premiers voyaient d’un bon œil la construction de grands ensembles qui garantissaient la présence d’un électorat populaire ; les seconds y trouvaient aussi leur compte puisque cette offre de logement nouvelle permettait d’accueillir les ouvriers qui étaient délogés par les opérations de rénovation urbaine qu’ils conduisaient dans les faubourgs de leur ville.

Si l’on reproduisait les photos des cartes postales aujourd’hui, vingt ans après le début de la rénovation urbaine lancée par Jean-Louis Borloo, que verrait-on ?

C’est mon prochain projet ! Ces photos avant/après donneraient à voir une double évolution. Dans près de 500 quartiers, des tours et des barres ont été démolies, remplacées par des petits logements collectifs et des maisons de ville. La trame viaire a été recomposée et les espaces publics ont été « résidentialisés ». L’uniformité interne de ces quartiers, où les mêmes immeubles et les mêmes logements avaient été reproduits à la chaîne, a laissé place à une plus grande diversité architecturale et de produits logements, comme dans le reste de la ville.

Cette évolution n’est d’ailleurs pas sans risque : on est en train de construire du logement privé bas de gamme dans ces quartiers pour favoriser l’accession sociale à la propriété, au risque de voir se multiplier à l’avenir les copropriétés en ­difficulté. Ces évolutions internes s’accompagnent de transformations externes : les grands ensembles perdus au milieu de la nature ont été rattrapés par la ville. Mais cette double évolution des quartiers et de leur environnement, sous l’effet des opérations Anru et de l’extension urbaine, ne s’est pas prolongée par une transformation du peuplement et de l’image des grands ensembles qui reste très négative. La persistance de cette mauvaise image renvoie moins à l’urbanisme des quartiers qu’à leur population : la stigmatisation des grands ensembles, c’est la stigmatisation des populations pauvres et colorées qui y résident.

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