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[Entretien] Développement économique

« L’attractivité territoriale est un mythe »

Publié le 29/03/2022 • Par Romain Gaspar • dans : France, Toute l'actu RH

Michel Grossetti
C. Bellavia / La Gazette
Dans une logique néolibérale, les politiques de compétitivité et d’attractivité encouragent chaque territoire à valoriser ses propres atouts. Un non-sens selon Michel Grossetti, sociologue, professeur à l’université Jean-Jaurès de Toulouse et directeur de recherche au CNRS.

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L’attractivité territoriale est, depuis plus de dix ans, une préoccupation constante des élus locaux. La mise en concurrence des grandes collectivités pour attirer à elles les entreprises dites « innovantes » et les talents dits « créatifs » s’est installée comme le paradigme dominant des politiques de développement économique et était, jusqu’à récemment, indépassable.

Allégements d’impôts, subventions, création de clusters et de pôles de compétitivité… Les politiques de compétitivité et d’attractivité encouragent chaque territoire à valoriser ses propres atouts, dans une logique néolibérale, par opposition aux politiques de redistribution, accusées de saupoudrer les aides plutôt que de les concentrer sur les territoires pouvant jouer un rôle de locomotives de croissance pour affronter la mondialisation.

Mais pour le sociologue, professeur à l’université Jean-Jaurès de Toulouse et directeur de recherche au CNRS Michel Grossetti, c’est un non-sens car l’attractivité est avant tout un mythe. « Les études empiriques montrent que la compétition entre villes est finalement assez limitée relativement à celle qui peut exister entre des entreprises », révèle-t-il. D’après lui, la principale erreur de beaucoup de ces raisonnements est de surestimer la mobilité géographique durable.

Il précise : « On confond souvent la mobilité de court terme – se déplacer dans une autre ville pour quelques jours ou quelques semaines – et la mobilité de plus long terme – s’installer durablement avec sa famille. La première était en forte croissance avant la crise sanitaire mais la seconde l’était nettement moins. » Michel Grossetti prône un autre développement des territoires et se réjouit de l’émergence, enfin, de critiques contre ces visions.

Comment le « mythe de l’attractivité » est-il devenu le paradigme de beaucoup de collectivités ?

Désigner un discours en tant que mythe n’implique pas qu’on le considère comme erroné, mais simplement que ces cadres d’analyse sont repris, répétés et diffusés telles des évidences, sans que l’on estime nécessaire d’en réexaminer la pertinence alors qu’une discussion serait indispensable.

La première raison pour expliquer sa diffusion dans beaucoup de collectivités est l’existence d’une littérature académique et de rapports d’experts qui tiennent pour acquis un cadre d’analyse présentant les collectivités comme étant en compétition permanente pour attirer des personnes ou des entreprises.

Il y a bien sûr un débat académique, dont je suis partie prenante, avec bien d’autres collègues, dans lequel s’accumulent les critiques de cette vision. Mais cette conception a été dominante durant de nombreuses années. Même si elle l’est nettement moins à présent, elle reste très présente.

La deuxième raison est que l’arrivée d’entreprises ou de ménages à revenu élevé peut faire espérer une croissance économique rapide à moindre coût alors que des politiques, à mon sens plus sûres, destinées à l’ensemble des habitants, demandent des efforts sur une durée qui dépasse souvent le temps d’un mandat. Enfin, la troisième raison est que, même si les élus et leurs collaborateurs ne croient pas à ces solutions, certains de leurs administrés peuvent être convaincus de l’utilité de les mettre en œuvre. Les élus qui refuseraient de s’y engager peuvent craindre de se le voir reprocher.

Ce mythe n’a-t-il vraiment rien amené de positif aux grandes collectivités ?

Bien sûr, il existe quelques cas spectaculaires, de grands groupes qui installent un établissement important et créent des emplois sur la base de facilités fiscales ou d’aménagements spécifiques qui accompagnent leur mise en place. Mais c’est rare car il y a peu de sociétés qui s’installent dans une ville ou une région sur de telles bases, et c’est fragile parce que les mêmes entreprises peuvent changer d’avis soudainement et se déplacer à nouveau si elles n’ont pas d’autres ancrages.

L’erreur de beaucoup de raisonnements sur l’attractivité est de surestimer la mobilité géographique durable, celle qui amène une famille ou une entreprise à emménager dans une ville pour plusieurs années. Dans les cas d’installation durable que je connais, les créations d’établissements ont été obtenues sur la base de réseaux de personnes et d’entreprises, les dispositions d’aménagement ne venant qu’en accompagnement de ces logiques à la fois économiques et sociales.

Des villes moyennes, voire petites, misent sur ce dogme. Cela vous inquiète-t-il ?

Je crains surtout que nombre d’élus et de techniciens qui misent sur ces politiques ne soient déçus des résultats. Ce serait encore plus décevant si l’attribution de moyens importants à ces politiques affaiblissait trop les ressources disponibles pour d’autres qui paraissent plus utiles. En outre, dans le cas où ces efforts réussiraient à attirer les ménages de cadres que beaucoup cherchent à faire venir, on peut craindre des effets pervers sur les prix du foncier et de l’immobilier sans pour autant générer autant d’emplois que ne l’espèrent les collectivités.

Des travaux ont analysé les effets de telles politiques. Je pense à une étude sur la ville de Milwaukee (1), qui montre que les efforts consacrés à la rénovation de quartiers censés attirer des membres de la « classe créative » se sont faits au détriment de la réhabilitation de quartiers populaires ou du maintien des services utiles à tous, et ont donc accru la différenciation sociale des quartiers.

Est-ce un horizon indépassable ?

Avec Olivier Bouba-Olga, nous parlons de mythologie « Came » (pour « compétitivité, attractivité, métropolisation et excellence ») tel un système de mythes se renforçant mutuellement. Dans cette mythologie, les villes ou les régions sont vues comme étant en compétition pour attirer des ressources, notamment des professionnels « excellents », une compétition dans laquelle la concentration de population dans les « métropoles » procure un avantage à celles-ci.

L’installation dans la durée de cette mythologie finit par déformer les interprétations d’analystes par ailleurs estimables, un peu comme le feraient des produits stupéfiants.

Mais ce n’est pas un horizon indépassable. Il me semble souvent plus raisonnable de favoriser le développement des activités déjà présentes, d’élever le niveau de formation des personnes qui résident déjà dans la ville ou la région considérée, de faire des politiques au service de tous et pas seulement de chercher à anticiper les désirs d’une élite qui amènerait la richesse de l’extérieur.

Cela n’exclut pas d’encourager l’installation d’entreprises déjà en contact avec les activités locales, qui peuvent les renforcer ou les compléter. Mais cela passe par des politiques ciblées et l’activation de réseaux plutôt que par des aménagements génériques coûteux ou des incitations fiscales lourdes. Et l’accueil de personnes venant de l’extérieur peut être organisé sans opérer une sélection sociale préalable dans un objectif de performance économique.

Notes

Note 01 Jeffrey ­Zimmerman, « From brew town to cool town : Neoliberalism and the creative city development strategy in Milwaukee », « Cities », n° 25, 2008. Retour au texte

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