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[Débat]

Faut-il un grand soir de l’aménagement du territoire ?

Publié le 04/03/2022 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : A la une, France

Des élus d'Intercommunalités de France et Jérôme Fourquet ont débattu le 16 février 2022
VV pour La Gazette
L’explosion de l’économie de la consommation et des loisirs, conjuguée à la révolution numérique et au dérèglement climatique, oblige les collectivités à revoir leurs fondamentaux. Débat entre le politologue Jérôme Fourquet, coauteur de « La France sous nos yeux », et les élus d’Intercommunalités de France.

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Industrie, « France d’Amazon », logement… Le politologue Jérôme Fourquet a débattu de ces questions avec Sébastien Martin (LR), président d’Intercommunalités de France et de la CA du Grand Chalon (51 communes, 115 000 hab.); Patrice Vergriete (DVG), président de la CU de Dunkerque grand littoral (17 communes, 195 000 hab.) et Véronique Pouzadoux (LR), présidente de la CC Saint-Pourçain, Sioule Limagne (60 communes, 35 000 hab., Allier), à la fin de février, dans un débat animé par la Gazette.

Industrie : retour vers le futur

Y a-t-il encore un avenir pour l’industrie, dont la part dans le PIB national a baissé de moitié depuis quarante ans, sur fond de déficit record de la balance commerciale (84,7 milliards en 2021) ?

Jérôme Fourquet : Ce déclin a été présenté comme une loi historique, à l’instar de la chute du nombre d’agriculteurs, passé de 1 million en 1988 à moins de 400 000 aujourd’hui. Le patron d’un fleuron français, la Compagnie générale d’électricité, devenue ­Alcatel, ­Serge ­Tchuruk, a théorisé, au tournant des années 2000, « l’entreprise sans usine », c’est-à-dire une valeur ajoutée fondée sur la recherche et développement, ainsi que sur le marketing. Le ministère de l’Industrie a cessé d’être de plein exercice et rattaché au ministère de l’Economie, à Bercy. Les écoles de commerce ont pris le pas sur celles d’ingénieur. Le tourisme et les services ont été présentés comme un avenir radieux. Il faut dire que les catastrophes d’AZF à ­Toulouse, en 2001, et de ­Lubrizol à Rouen, en 2019, n’ont pas fait de la publicité pour l’industrie… Mais la crise sanitaire les masques et le paracétamol, qu’on n’était plus capable de produire a servi d’électrochoc.

Sébastien Martin : Je partage votre propos. On a expliqué que la ­France allait être une économie de services et on a vu le résultat… Nous avons subi, en 2006, un choc avec ­Kodak, qui a fermé son usine de 2 500 salariés. C’était sans appel : le monde passait de la photo argentique à la photo numérique. Il n’y avait rien à faire. Mais l’entreprise américaine a assumé son rôle de partenaire historique du territoire. ­Kodak a signé un contrat de site, nous a cédé ses réserves foncières et on a transformé son usine en campus industriel. Contrairement à d’autres territoires, nous avions la chance de ne pas avoir qu’une seule industrie. Nous avons, en ­particulier, le nucléaire avec ­Framatome, qui s’est beaucoup développé depuis dix ans. Aujourd’hui, nous sommes à 7 % de chômage seulement.

Véronique Pouzadoux : Dans ma communauté de communes, à une quarantaine de kilomètres de Clermont-Ferrand, Louis Vuitton a installé des ateliers. Les marques de luxe achètent, chez nous, la tranquillité des usines à la campagne et une main-d’œuvre fidèle. Ces ateliers du futur permettent à nos populations de rester sur place. Les cadres, eux, peinent à venir, mais aussi à partir ! Nous faisons ce qu’il faut pour l’école des enfants et le télétravail résout, en partie, la question du poste du conjoint.

J. F. : Les marques de luxe achètent, chez vous, un bout de ­France éternelle qui rentre dans leur stratégie d’image. Ailleurs, la décarbonation peut être, selon les théories de ­Schumpeter (1), une source de destruction créatrice, avec davantage de nouveaux postes que d’emplois supprimés.
Patrice Vergriete : A ­Dunkerque, nous avons 17 sites ­Seveso, de la sidérurgie sur l’eau. Notre industrie est la plus grosse émettrice de CO2 du pays. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de raffinerie. Nous sommes en train de changer de modèle. Nous tournons la page douloureuse de la crise qui a commencé au début des années 80, lorsque nous étions champions de ­France de la démographie négative, avec un début de dépression collective dans la population. Nous ne relocalisons pas des activités du XXe siècle parties ailleurs. Nous créons les filières du futur avec l’éolien offshore, une « gigafactory » de batteries électriques avec 2 000 emplois à la clé, l’acier bas carbone avec ­ArcelorMittal et deux EPR dans un bassin industriel où se trouve, à ­Gravelines, la plus grande centrale nucléaire d’­Europe.

J. F. : Il s’agit, maintenant, de renouer avec des usines qui étaient implantées partout, c’est-à-dire pas seulement dans les zones les plus dynamiques. L’industrie, il n’y a pas mieux pour l’aménagement du territoire.

S.M. :C’est dans les territoires comme le nôtre, qui ont un passé industriel et de la disponibilité ­foncière, que l’on peut développer l’industrie, pas dans les métropoles.

V.P. : Je comprends tout à fait que l’on veuille agir là où il y a eu des usines, là où il y a des friches. Mais il ne faudrait pas que les territoires ruraux soient les parents pauvres de ce mouvement, que l’on nous interdise, avec le zéro artificialisation nette, d’avoir un développement structurant et structuré.

J. F. : Les élus locaux ont un rôle majeur à jouer dans cette reconstruction. N’oublions pas que c’est l’un d’eux, Arnaud ­Montebourg, qui a remis le « made in ­France » à l’agenda politique, quand il présidait le conseil général de Saône-et-Loire.

P.V. : Dans les années 2000, les industriels étaient persuadés que leur compétitivité se construisait en interne. Aujourd’hui, ils ont compris qu’elle dépendait de leur bassin d’emploi et de l’interdépendance avec leur environnement. C’est à ce moment-là que l’élu local est apparu, qui porte les réseaux de chaleur, l’approvisionnement en eau. C’est lui qui met les uns en relation avec les autres.

Tous les territoires n’ont pas pu, comme les vôtres, maintenir une activité. Les secteurs fondés sur une seule activité, comme le bassin minier dans le Pas-de-Calais ou la sidérurgie dans le nord de la Lorraine, ont beaucoup souffert… Y a-t-il une vie après l’industrie ?

J. F. :Une dizaine de jours seulement après la ­fermeture de ­Renault Billancourt, Disneyland a ouvert. A Hagondange (­Moselle), le parc d’attractions Big Bang Schtroumpf a été lancé sur les ruines d’un laminoir et de ce qui était le plus grand site sidérurgique d’­Europe. Mais la suite a montré que, en ­Lorraine comme dans les bassins miniers du Pas-de-Calais, d’­Alès (Gard), de ­Decazeville (­Aveyron) ou de ­Carmaux (Tarn), il est difficile de trouver une planche de salut, des capacités de rebond… De manière générale, l’économie de la production a tendance à décliner au profit de celle de la consommation. Avec ses 1 800 magasins, contre 300 en 1980, ­Intermarché a épousé, avec son maillage, la carte séculaire de l’espace français, fondée sur les foires et marchés et mise en lumière par le grand historien ­Fernand ­Braudel.

La France d’Amazon

Dans les zones proches des axes autoroutiers et des grands bassins de consommation, c’est l’entrepôt qui remplace l’usine…

J. F. : C’est ­particulièrement visible dans la vallée de la ­Seine, entre Le Havre, premier port de conteneurs français, et ­Paris, qu’on appelait la vallée de l’automobile. En ­France, la logistique emploie aujourd’hui quatre fois plus de salariés que la fabrication de voitures. A ­Amiens, quand l’usine de sèche-linge ­Whirlpool a fermé, une plateforme Amazon s’est établie à quelques kilomètres de là.

S.M. : Cela a été la même chose chez nous. Une plate­forme ­Amazon s’est installée en 2012 dans une zone logistique quelques années après la fermeture de l’usine ­Kodak. Cela a été une bonne chose. Mais, aujourd’hui, les élus ont plus de marges de manœuvre. Ils ne sont plus obligés de prendre tout ce qui passe. Ils peuvent dire « non » à ces investisseurs qui promettent que des grandes marques comme L’­Oréal ou ­Hermès vont stocker leurs produits dans des entrepôts, alors qu’il n’en sera rien. Le foncier, il ne faut pas le brader, mais l’intégrer dans une stratégie industrielle.

V.P. : Nous avons, dans ma communauté de communes, « pecheur.com », leader du commerce en ligne dans son domaine. Un centre de logistique de 50 salariés, du petit modèle qui fonctionne bien. L’entreprise de bougies basée à dix kilomètres de là se sert de cette base. C’est une alliance de deux entreprises qui structure le territoire. Le commerce en ligne favorise aussi celui de proximité. Dans le petit pressing, le bar-tabac et la poste de ma commune, Gannat, le nombre de paquets récupérés a doublé.

P.V. : Le port de ­Dunkerque a raté la révolution du conteneur dans les années 90. Il est un nain, par rapport à Anvers et ­Rotterdam. Mais nous avons tout de même triplé le nombre de conteneurs ces dix dernières années pour atteindre bientôt le chiffre d’un million. Cela signifie 6 000 emplois. Nos entrepôts de bananes venues d’­outre-mer font vivre 500 familles. ­Dunkerque est la capitale de la banane dans l’­Hexagone ! Ce secteur emploie des salariés moins qualifiés, moins diplômés que dans l’industrie. Il y a un gros turn-over, des salaires très bas…

J. F. : Les progressions de carrière sont limitées, la présence syndicale moins forte que dans l’industrie, mais l’histoire est en train de s’écrire sous nos yeux. Les caristes de la logistique ont été au cœur du mouvement des « gilets jaunes ». Les fameuses palettes, emblèmes du secteur, ont servi à construire des cabanes. C’est là, sur les ronds-points, que les « gilets jaunes » ont bloqué les accès aux zones commerciales et logistiques.

Après s’être livrées à une guerre des territoires pour attirer des plateformes ­Amazon, les collectivités font face à l’opposition des associations de défense de l’envi­ronnement, comme dans la région du pont du Gard…

J. F. : Dans la périphérie de ­Rennes et de ­Nantes, la contestation est aussi très forte. Ces métropoles, proches du plein-emploi, avec un taux très supérieur à la moyenne de CSP+, peuvent faire la fine bouche. A ­Amiens, c’est plus difficile. Dans le bassin minier du Pas-de-­Calais, les employés d’­Amazon se disent que leur boulot est moins dur que celui de leurs ancêtres qui descendaient au fond de la mine…

Le rêve pavillonnaire

Comment s’explique le succès de la maison avec jardin et barbecue, parfois avec piscine – la France est championne d’Europe en la matière –, que vous appelez « l’idéal Plaza majoritaire », du nom de l’animateur de télé agent immobilier Stéphane Plaza ?

J. F. : Ce modèle est plébiscité dans une société hyper­individualiste. C’est ce que ­l’essayiste Vincent ­Cocquebert appelle la « civilisation du cocon ». Un phénomène renforcé par la crise sanitaire. Face aux crises et aux menaces diverses et variées, on investit son lieu de vie. C’est l’aboutissement d’une existence. « On fait construire. » Cette aspiration a été relayée par les élus locaux qui faisaient sauter des champs de betteraves ou de blé, en rendant des terrains constructibles. Des jeunes ménages arrivaient, l’école était sauvée, les petits commerces aussi. Les agriculteurs faisaient une bonne opération.

P.V. : Tout le monde, du plus haut sommet de l’Etat à l’ensemble des Français, a été complice de cette fabrication de la ­France de l’automobile. Mais le lien social ne peut se résumer au ­barbecue du dimanche.

S.M. : On voit bien, aujourd’hui, les limites de l’étalement urbain. On ne peut pas emmener les réseaux d’électricité toujours plus loin, le ramassage des ordures ménagères… On voit apparaître des friches de lotissements, les pavillons avec les garages au rez-de-chaussée et les pièces au 1er étage ne sont plus adaptés à une population vieillissante. Dans les petites communes, comme dans les villes, les centres-bourgs se paupérisent au profit des périphéries.

V. P. : On ne va pas résoudre tout de suite des problèmes que l’on n’a pas été capable de traiter en cinquante ans. Quand un couple, au soir de sa vie, après avoir économisé des années, veut séparer en deux son terrain entre ses enfants, je ne peux pas lui dire qu’une moitié sera constructible et l’autre pas. On demande une augmentation de population d’un coefficient de 0,36 dans notre schéma de cohérence territoriale à quinze ans, l’Etat me dit non. Cela ne me paraît pourtant pas démentiel. Mais l’Etat nous met sous cloche.

Pour ­Emmanuelle Wargon, ministre du Logement, ce rêve pavillonnaire « construit pour les Français dans les années 70 » est un « non-sens écologique, économique et social ». Au-delà des considérations environnementales, n’est-ce pas du mépris de classe envers ce mode de vie ?

J. F. : C’est très clairement comme ça que cela a été perçu. Il n’empêche que le mur écologique nous arrive dessus. Chacun le voit quand on vendange un mois plus tôt qu’auparavant. Il n’y a pas de camp climato­sceptique organisé en ­France, comme aux ­Etats-Unis. Simplement, il est difficile de revenir sur des habitudes très ancrées dans le temps, très enracinées.

S.M. :La phrase d’Emmanuelle Wargon montre qu’il faut décentraliser toute la politique de l’habitat et du logement. On peut peut-être garder un ministère, mais réduit à sa portion congrue… Nous plaidons pour des intercommunalités autorités organisatrices de l’habitat qui s’attaquent à la rénovation des pavillons, mettent fin aux passoires thermiques. MaPrimeRénov’ doit être décentralisée afin que ces fonds n’aillent pas uniquement au remplacement de la chaudière, mais à des travaux d’isolation.

P. V. : Je ne crois pas non plus aux normes nationales. A ­Munster, en ­Allemagne, on a interdit d’urbaniser à plus de 500 mètres d’une station de transport public et cela a marché. Chez nous, à ­Dunkerque, nous avons mis en place le transport gratuit. Cela a doublé la fréquentation en trois ans.

En 2025, les véhicules de plus de dix ans et diesel, soit 70 % du parc actuel, seront interdits dans le cœur des agglomérations de plus de 150 000 habitants. Ce dispositif des zones à faibles émissions ne risque-t-il pas d’entraîner un nouveau mouvement des « gilets jaunes » ?

J. F. : Les vieux modèles ne sont pas dans les métropoles écrins, mais dans les périphéries. Avec cette nouvelle barrière de l’octroi, les habitants des centres-villes disent : « Les populations périurbaines, on n’en veut pas chez nous ».

V. P. : Il faut accompagner cette transition sur le plan social, en montrant que tout n’est pas que contraintes dans la manière de faire. Intercommunalités de ­France a un rôle majeur à jouer dans ce débat.

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Note 01 économiste, 1883-1950, ndlr Retour au texte

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