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[ENTRETIEN] Elections

Vincent Tiberj : « L’abstention menace la démocratie locale »

Publié le 07/03/2022 • Par Romain Gaspar • dans : France

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Rodolphe Escher/la Gazette
L'élection présidentielle a jusqu’à présent été plutôt épargnée par le phénomène massif de l'abstention, majoritaire dans les scrutins locaux. Cela sera-t-il le cas lors du scrutin d’avril ? C’est la grande inconnue. Vincent Tiberj, professeur à l’institut d’études politiques de Bordeaux, estime que «les citoyens n’ont surtout plus le même rapport au vote».

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Alors que l’abstention a battu des records lors des dernières élections municipales, départementales et régionales, la présidentielle a jusqu’à présent été plutôt épargnée par ce phénomène massif devenu majoritaire dans les scrutins locaux. Cela sera-t-il le cas lors du scrutin d’avril ? C’est la grande inconnue, qui se transforme en véritable casse-tête pour les sondeurs et politologues. L’abstention à l’élection préférée des Français pourrait dépasser son plus haut niveau historique sous la Ve République, 28,4 % en 2002. Des craintes accentuées par la crise sanitaire qui dicte l’agenda de la campagne et la forte défiance exprimée par les Français à l’égard de la figure présidentielle.

Faut-il s’en inquiéter ? Pas forcément. Pour Vincent Tiberj, professeur à l’institut d’études politiques de Bordeaux, « les citoyens n’ont surtout plus le même rapport au vote ». Avec Tristan Haute, maître de conférences en science politique à l’université de Lille, il a dirigé l’ouvrage « Extinction de vote ? » (PUF, janvier 2022), pour mieux comprendre les ressorts de l’abstention. Loin du discours médiatique qui tourne souvent à la déploration, ils notent l’émergence de nouvelles pratiques politiques et d’une transformation du lien au vote dans les nouvelles générations.

Au niveau local, ils s’inquiètent surtout de la hausse de l’abstention aux départementales et régionales. « Les municipales en 2020 étaient atypiques. On n’a jamais eu une montée de l’abstention aussi forte entre deux élections de même type sous toute la Ve République. C’est plus le Covid qui a eu un effet majeur qu’une désaffection des citoyens », nuance Vincent Tiberj.

L’abstention met-elle en danger la démocratie représentative locale ?

Très clairement. Ce qui est frappant, ce n’est pas la montée systématique de l’abstention, mais les écarts de plus en plus importants entre les élections en termes de participation. La tendance longue pour la présidentielle est une ligne plate tandis que, pour les autres élections, l’abstention progresse très fortement. Je l’analyse comme un souci face à la démocratie représentative dans sa dimension de délégation à un élu.

Très souvent, les élus expliquent que les citoyens ne leur font plus confiance. Mais les élus locaux font-ils confiance aux citoyens ? Le vrai paradoxe, c’est que les élus ne veulent surtout pas de l’irruption des citoyens dans la prise de décision politique. Pourquoi diable les élus locaux ont-ils si peu de problèmes avec la notion d’intercommunalité ? Car elle fonctionne plutôt bien entre eux. Alors que pour les citoyens, c’est une institution opaque qu’ils ne peuvent pas sanctionner, à part à Lyon.

Les consultations, même au plan local, sont souvent des procédures dans lesquelles la participation des citoyens est souhaitée à condition qu’ils ne remettent pas des décisions en question. On veut de la démocratie locale d’élevage. Derrière, c’est une culture de méfiance à l’endroit des citoyens. L’exemple le plus frappant est la disqualification du référendum de 2005 que l’on continue à voir comme un moment où les électeurs ont voté à côté sans comprendre la question posée. Or, objectivement, on n’a jamais eu autant de citoyens capables de jouer leur rôle car le niveau de diplôme n’a cessé de progresser.

En quoi le renouvellement générationnel a-t-il un impact sur l’abstention ?

Il fut un temps où les électeurs votaient à toutes les élections, quelle que soit l’échéance. Cette culture de vote est en train de s’amenuiser, voire de disparaître, pour être remplacée par un vote plus intermittent.

Il ne faut pas prendre cette culture du vote comme étant nécessairement une absence de culture civique. Au contraire, particulièrement dans les jeunes générations, un certain nombre de gens qui sont diplômés et peuvent même être intéressés par la politique ne se satisfont plus du vote comme seul moyen de participer.

Le vote est l’exemple type d’une participation dirigée par les élites, où l’on contraint les citoyens à rentrer dans des cases. Les citoyens ne se satisfont plus d’être seulement convoqués à une élection pour choisir un représentant. Trop souvent, on pense que c’est un truc de jeunes. Ce n’est plus le cas. Les générations nées dans les années 60 et 70 sont aussi dans un rapport intermittent au vote. Ce n’est pas une question d’âge mais de génération.

Observez-vous un biais territorial ?

Dans les villages et petites villes, le vote est particulièrement fort, non pas parce que ces citoyens seraient plus intéressés par la politique, mais parce que le contrôle social est plus fort. Ne pas aller voter c’est risquer de se faire engueuler par le maire. Il ne faut pas oublier que le territoire cache aussi du social. Dans le périurbain, l’abstention est aussi une histoire des classes moyennes inférieures. Ce ne sont pas les classes populaires qui y partent et ont la possibilité d’acheter leur pavillon. Ce sont des classes moyennes inférieures qui se retrouvent avec des budgets contraints. Derrière émergent des clivages autour des questions de redistribution, d’énergie, de modes de transport…

Ce qui me dérange beaucoup dans l’élection que l’on est en train de vivre, c’est que ces clivages, on ne les traite pas. On est dans une campagne où ces enjeux majeurs sont mis sous le tapis, noyés par les effets de buzz de court terme et de petites phrases. On est en train de rater un rendez-vous politique, ce qui pourrait avoir des conséquences sur l’abstention.

Le vote électronique pourrait-il constituer une solution ?

Le vote électronique fait partie d’un discours techniciste global qui voudrait que pour résoudre l’abstention, il faudrait rendre l’acte de vote plus simple. C’est à double tranchant. La procuration n’a pas permis de faire revenir les électeurs aux urnes. Elle facilite plutôt la vie des électeurs avec un capital social élevé. On pourrait avoir le même souci dès lors que l’on passe au vote électronique ou au vote par correspondance, surtout qu’il y aurait une disparition du rituel du vote.

Si le vote a encore une importance particulière, c’est notamment parce qu’il est ritualisé (le passage dans l’isoloir, le dépôt de l’enveloppe dans l’urne…). Avec le vote électronique, voter pour un président serait un peu comme voter pour « Danse avec les stars ». Par le passé, ce qui amenait les catégories populaires au vote était surtout l’insertion dans des collectifs de travail. On parlait politique à la machine à café et les syndicats faisaient le travail de mobilisation. Du coup, les employés et les ouvriers aujourd’hui s’avèrent participer beaucoup moins au vote mais aussi au mouvement social. C’est un trou noir démocratique qui doit nous interroger.

A mon sens, il faudrait plutôt agir sur la politisation des débats pour que les électeurs aient l’impression que voter sert à quelque chose. Et si le vote ne servait pas qu’à élire mais était associé à autre chose avec des référendums d’initiative partagée et d’initiative citoyenne, il est vraisemblable que l’on verrait des gens revenir au vote.

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