Fermer

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Menu

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Aménagement du territoire

Deux maires disent non à la guerre des territoires

Publié le 28/02/2022 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : A la une, France

Cédric Clech et Philippe Rio
Ville de Tonnerre pour Cédric Clech et Maxpp pour Philippe Rio
A l’heure où Eric Zemmour et Marine Le Pen opposent la France périphérique aux banlieues, le premier magistrat macroniste de Tonnerre (Yonne), Cédric Clech, et son collègue communiste de Grigny (Essonne), Philippe Rio expriment des préoccupations communes. Revigorant.

Ma Gazette

Sélectionnez ce thème et créez votre newsletter personnalisée

Petite ville de l’Yonne, Tonnerre est abonnée aux plans sociaux depuis le milieu des années 2000. Après la fin programmée d’une usine de magnétoscopes, c’est une câblerie, un cimentier, une grosse fromagerie et un atelier de confection Petit Bateau qui ont fermé leurs portes dans les environs.

L’emploi public a servi d’amortisseur. Le politologue Jérôme Fourquet, qui s’est penché sur le cas de Tonnerre dans son dernier livre (« La France sous nos yeux », avec Jean-Laurent Cassely aux Editions du Seuil), le met en lumière. Les quatre premiers employeurs de la localité sont dans l’ordre : l’hôpital, l’éducation nationale, la mairie, puis la grande distribution (Auchan et Leclerc). Avec son taux de pauvreté qui flirte avec la barre des 30 %, soit plus du double de la moyenne nationale, Tonnerre (4 700 habitants) n’est pas à son firmament.

Grigny (28 000 habitants), non plus. Sa vertigineuse copropriété de La Grande Borne, la plus grande d’Europe, a longtemps accumulé des montagnes de dette. Mosaïque de 89 nationalités différentes, la commune de l’Essonne affiche le plus gros taux de pauvreté du pays (50 %).

Cela n’a pas empêché son maire courage, le communiste Philippe Rio de recevoir l’an passé le sceptre de meilleur premier magistrat du… monde ! Connu comme le loup blanc dans les cénacles de la politique de la ville, le charismatique édile n’est pas du genre à baisser les bras. Dans le film « Les promesses », captivante plongée dans les affaires de copropriétés dégradées, il a inspiré le personnage, tout en subtilité, de maire, incarné par Isabelle Huppert.

Son collègue de Tonnerre n’est pas non plus un premier magistrat comme les autres. Le macroniste Cédric Clech n’appartient pas au sérail des « pirates de la politique », comme on dit dans « Les promesses ». C’est un communicant adepte du système D, à l’origine, au début du confinement, de Lumni, la plateforme de cours en ligne diffusée sur France Télévision.

Voici cinq ans, Cédric Clech est revenu dans sa commune de Tonnerre où il s’est fait élire sans coup férir en 2020. « J’ai eu un choc de voir ma ville dans cet état », ne cache-t-il pas. A coups de campagne de pub dans le métro et de reportages aux petits oignons, sa cité patrimoniale relève la tête.

Tonnerre et Grigny : deux France bien distinctes où l’on a placé, en 2017, tantôt Marine Le Pen, tantôt Jean-Luc Mélenchon en tête du premier tour de la présidentielle.

Mais ces deux villes, éloignées du cœur battant des métropoles, partagent aussi bien des points communs… À l’origine, La Gazette voulait que Philippe Rio aille à Tonnerre pour vivre la vie de maire de Cédric Clech, et inversement. Cette expérience n’a, hélas, pas pu se réaliser. Mais les deux élus débattent à bâton rompus, loin des anathèmes et des oukases de la campagne présidentielle.

Eric Zemmour et Marine Le Pen opposent volontiers les banlieues, qui seraient choyées par les pouvoirs publics, à « la France des oubliés », des campagnes et des petites villes. Que vous inspire cette vision du territoire ?

Philippe Rio : C’est un discours séparatiste. Il n’y a pas, d’un côté, les banlieues et, de l’autre, la ruralité en difficulté, les bassins industriels en reconversion et les Outre-Mer. Il y a 15 millions de Français qui vivent dans les territoires abandonnés de la République. A Grigny, nous mettons de plus en plus de temps pour venir à Paris. Nous sommes, de fait, relégués en troisième, quatrième, cinquième couronne… Mieux vaut habiter à Sens pour accéder à la capitale.

Cédric Clech : Ces difficultés, nous les connaissons bien à Tonnerre aussi. Notre cœur de ville a été abandonné. Nous avons des immeubles insalubres depuis des décennies.

Philippe Rio : On a laissé l’aménagement du territoire entre les mains des marchands. On a besoin de faire autrement. Tonnerre, Grigny, Longwy et Saint-Denis de la Réunion doivent être les moteurs de notre Nation. Soit, nous faisons ensemble, soit c’est le crash.

Quel bilan tirez-vous du mandat qui s’achève en matière d’aménagement du territoire ?

Philippe Rio : D’entrée, avec l’appel de Grigny du 16 octobre 2017, nous avons dû, nous, élus de la politique de la ville, réagir à des coupes sombres, non prévues, dictées par l’orthodoxie budgétaire… Et puis, le rapport Borloo, pour lequel nous nous étions tant décarcassés, a été mis à la poubelle. Ensuite, il y a eu des plans de relance pour la ruralité, les DOM ou Air France… Tant mieux pour tout le monde. Mais il y avait toujours un trou dans la raquette qui s’appelait les quartiers populaires. Nous avons dû attendre plus longtemps que les autres.

Cédric Clech : Les choses évoluent dans le bon sens. Bercy est en train de déconcentrer une partie de ses services par exemple. Nous nous réjouissons que nos territoires soient accompagnés avec le dispositif Petites villes de demain qui aide nos petites collectivités soumises à de très fortes contraintes budgétaires. Nous avons obtenu le recrutement d’un chef de projet et d’un manager de centre-ville. C’est énorme pour une commune de 75 agents.

L’Etat, en matière d’aménagement du territoire, est toujours un peu suiveur. Il voit que le départ des populations des petites villes dans les années 1990 et 2000 s’inverse. Nous n’avons plus de maison à vendre à Tonnerre. Les agences immobilières mettent une multitude de flyers dans les boîtes aux lettres pour rechercher des biens. C’est nouveau depuis trois ans. Par rapport à des villes périphériques de grande agglomération comme la vôtre, le caractère patrimonial de Tonnerre attire. Notre accès à la fibre, notre lycée qui a des partenariats avec Sciences Po, notre école du numérique sont autant d’atouts.

Vos territoires ont, en commun, de souffrir d’une image médiatique parfois négative, d’être assimilés à l’insécurité pour l’un, au déclassement pour l’autre. Comment faîtes-vous pour modifier ces représentations ?

Philippe Rio : Les « ploucs », comme les « banlieusards » subissent la même maltraitance médiatique de la part des élites métropolitaines. J’ai réussi à convaincre M6 de venir montrer des lycéens qui préparent le bac à Grigny. Il y a, dans nos quartiers, des parents qui veulent que leurs enfants réussissent et des élèves qui travaillent pour y parvenir.

Ce que nous devons avant tout éviter c’est le bling-bling. Nous pouvons faire venir des champions un jour, mais si, en plein hiver, nous n’avons pas d’encadrant au bord des terrains de foot, nous aurons perdu notre pari. Quand le chef de cuisine Thierry Marx vient chez nous, c’est dans le cadre d’une école de formation qui regroupe une centaine d’apprentis chaque année.

Cédric Clech : Vous avez cent fois raison : les habitants ne veulent pas de bling-bling, mais des actions inscrites dans la durée. Le comédien Lambert Wilson, qui habite Tonnerre depuis 17 ans, est engagé à nos côtés. C’est une marque qui permet à nos évènements d’exister aux yeux par la DRAC (Direction régionale aux affaires culturelles).

Comment les habitants ont-ils vécu votre titre de meilleur maire du monde, décerné en 2021 à Londres par la City Mayors Foundation, pour votre action lors de la crise sanitaire ?

Philippe Rio : Cette récompense est arrivée par le plus grand des hasards. Je n’avais pas postulé. Le décalage avec la réalité sociale de Grigny m’a, au départ, un peu gêné. Un maire, ce n’est pas un super héros. Ce n’est pas moi qui suis allé livrer les colis alimentaires au 15ème étage sans ascenseur pendant la crise sanitaire.

Mais je considère que ce prix récompense les habitants. Ils l’ont bien compris. Lors de la fête que j’ai organisée, ils sont venus bien habillés, comme à un mariage ou à une fête de village. Là, où d’habitude, ils reçoivent sur leur portable des petits mots : « Attention, ne sors pas ce soir, il y a des violences… », ils ont eu des textos de leur famille à l’étranger, ou dans d’autres villes de France : « Ton maire c’est le meilleur maire du monde, tu as de la chance d’habiter à Grigny. » Ce prix, c’est un bouquet de fleur, un bonbon qui fait du bien.

Cédric Clech : Le mandat de maire, pour ma part, je le découvre. Je n’avais jamais été élu de ma vie avant le 15 mars 2020 au soir. J’ai senti tout le poids de la fonction me tomber sur les épaules. Je ne savais pas où j’allais. J’avais le statut de maire élu, mais, avec jusqu’au mois de mai, une maire sortante qui était toujours là…

Cela n’a pas été simple. Mais nous avons monté ensemble une cellule solidaire et commandé des masques. Nous avons été en mode débrouille. Durant toutes ces semaines, j’ai été bluffé par la réactivité des services municipaux.

Philippe Rio : D’une certaine manière, nous étions mieux préparés que d’autres au Covid-19. A Grigny, c’est notre quotidien de gérer des crises. Crise sociale, crise éducative, violence urbaine… Les moindres soubresauts du CAC 40 nous impactent parce que nous sommes un territoire fragile. Quand le confinement a été décidé, il a eu un effet blast pour l’armée des précaires et des CDD qui, chez nous, s’est retrouvée sans travail, sans rien… Les bénévoles de plus de soixante ans des associations caritatives ont dû se calfeutrer chez eux pour ne pas être contaminés.

Nous avons donc pris intégralement le relais des Restos du Coeur et du Secours Populaire qui sont des acteurs déterminants. La demande a explosé. Nous avons distribué jusqu’à 500 colis par jour, alertés par les enseignants qui ont gardé le lien avec les élèves pour ne pas qu’ils décrochent. Là, où nous étions à portée d’engueulade, nous avons été à entourés par la bienveillance de nos concitoyens. La crise sanitaire a redonné du sens à nos engagements politiques et au service public.

Quelles conclusions en tirez-vous pour le prochain quinquennat ?

Philippe Rio : Je suis, plus que jamais, un fervent partisan du municipalisme. Ce n’est pas aux collectivités locales de payer la crise. Il faut un new deal républicain pour tous nos territoires en décrochage, oubliés, en périphérie, peu importe les termes…

Cédric Clech : Au-delà des visites des ministres et des candidats en campagne, les maires ont besoin de boîtes à outil qui replacent le curseur dans le bon sens. Les appels à projet de l’Etat qui nous arrivent le 15 avril, on ne peut pas les boucler le 30. Nous n’avons pas l’ingénierie.

Philippe Rio : Trop d’appels à projet tue l’appel à projet. On est arrivé au bout d’un système. Dans l’alignement des astres calendaires, on sort des élections locales avec bientôt un cadre présidentielle et national. Les maires vont donc avoir un peu de stabilité. Quatre ans de travail où on va pouvoir mettre le paquet. C’est essentiel car une ville ne se construit pas en un jour, même en un mandat.

Cédric Clech : Je suis, comme vous, favorable à une pause institutionnelle dans un contexte où l’argent public va sans doute être rare. J’ajoute que notre solitude d’élu peut être renforcée par des contextes locaux difficiles. C’est mon cas. Mon intercommunalité est aux mains des maires des toutes petites communes. C’est une cohabitation. Tonnerre, la ville-centre qui porte les principaux équipements : cinéma, théâtre, piscine… La représentativité des élus dans les intercommunalités doit donc être interrogée. Je pose la question du suffrage universel direct.

Philippe Rio : On doit aussi changer la fabrique des décisions publiques, afin qu’elles franchissent le dernier kilomètre. Notre appareil d’Etat ne se nourrit pas assez de nos expériences dans les banlieues et dans la ruralité. Ce que nous avons réussi à faire, avec le Comité interministériel à la ville, que nous avons tenu à Grigny avec les services du Premier ministre, peut servir de matrice. Cela ne demande pas de révolution institutionnelle et de combat législatif sans fin.

Thèmes abordés

1 Réagir à cet article
marche online

Aujourd'hui sur les clubs experts gazette

Nos services

Prépa concours

CAP

Évènements

Gazette

Formations

Gazette

Commentaires

Deux maires disent non à la guerre des territoires

Votre e-mail ne sera pas publié

Henri Tanson

01/03/2022 09h35

A partir du moment où vous transférez une certaine autonomie à des territoires, le droit national n’est plus respecté et ça crée des disparités et de la concurrence…
C’est, jour après jour, la destruction de notre pays qui s’étend, et c’est à terme, la disparition de l’unité nationale…
Dans l’indifférence générale.
Pourquoi ces maires n’ont-ils pas accordé leur parrainage au seul candidat qui se bat contre toutes ces réformes territoriales et contre la destruction du pays ?
François Asselineau.

Commenter

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement