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Présidentielle 2022

« La France des oubliés », une étiquette lourde à porter

Publié le 16/02/2022 • Par Mathilde Elie • dans : France

Les villages à la loupe
C. Mauro / Adobestock
En pleine campagne présidentielle, l’expression « France des oubliés » est utilisée à l’envi par Eric Zemmour et Marine Le Pen, auto-proclamés défenseurs de la France rurale. Qu’en pensent les élus dont les territoires sont directement visés ? Certains estiment que ce n’est que pure stratégie politique, tandis que d’autres, qui ne partagent pourtant pas les idées d’extrême droite, reconnaissent que cela recouvre une certaine réalité.

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« La France rurale ne sera plus celle des oubliés. » A quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle, c’est la promesse formulée par Eric Zemmour lors d’un meeting le 28 janvier à Chaumont-sur-Tharonne (Loir-et-Cher). Sur Twitter, ses équipes en font même un mot-clé, « Francedesoubliés », pour suivre ses déclarations et ses déplacements sur ce thème.

Un sujet cher à l’autre candidate d’extrême droite, Marine Le Pen, qui s’arroge d’ailleurs la maternité de cette théorie. Un an après sa première candidature à l’élection présidentielle, elle avait démarré en avril 2013 son « Tour de France des oubliés » passant par La Rochefoucauld (Charente), Brachay (Haute-Marne), Savigné-sur-Lathan (Indre-et-Loire) ou encore Sochaux (Doubs). Cette année, c’est par le biais de l’opération « 5000 marchés » qu’elle souhaite occuper le même terrain.

A géométrie variable

Mais de quel terrain parle-t-on exactement ? Pour Achille Warnant, géographe à la fondation Jean Jaurès, cette expression, utilisée dès la fin des années 1990, reste compliquée à appréhender. « C’est un peu comme la France des relégués, la France périphérique… ce sont des mots-valises. Chacun y met ce qu’il a envie. La France des oubliés peut être multiple et partout. On ne parle juste pas des mêmes difficultés. »

Pour preuve, les tweets d’Eric Zemmour pour qui les oubliés sont tantôt les propriétaires de logements dont les locataires ne payent pas leur loyer, tantôt les professeurs méprisés par leurs élèves, ailleurs ce sont les agriculteurs, les automobilistes… « Deux lectures peuvent se cumuler, poursuit Achille Warnant. Une lecture sociologique qui est celle des classes populaires, et une lecture cartographique qui recouvre les territoires où se trouvent les classes populaires. La force politique de ce type de concept est que cela parle à tout le monde car tout le monde a l’impression d’en être. »

Instrumentalisation

Cette stratégie ne laisse pas indifférents les élus des zones rurales, directement visées. Elle peut même laisser des traces, comme à Rostrenen (Côtes-d’Armor). Lors d’un déplacement en juin 2019, la candidate du Rassemblement national n’a pas hésité à qualifier cette ville du centre Bretagne de « film d’horreur », illustration de la « France des oubliés, des abandonnés », qui, quand on la traverse ressemble à « une ville fantôme ».

Des propos choc qui avaient blessé les habitants. « J’ai perçu cela comme une instrumentalisation, se souvient Guillaume Robic, maire (divers gauche) élu en juin 2021. Elle a tiré des généralités d’une situation certes difficile, mais qui ne reflétait pas la réalité. Je ne veux pas que notre territoire soit un piédestal pour ces thèses-là. »

Le spectre du misérabilisme

Pour l’élu, ce genre de déclaration dessert tout simplement les territoires. « Oui nous sommes dans une région où l’on est perpétuellement obligés de se battre pour garder nos services publics et nos infrastructures, mais ce type de discours revient à enfoncer à coup de massue des difficultés sans se préoccuper des dynamiques locales. »

Une vision jugée misérabiliste par le maire macroniste de Vesoul, où Marine Le Pen s’est rendue en novembre dernier. « Nous n’avons pas d’autoroute et de TGV mais on le vit très bien », avait alors déclaré Alain Chrétien, évoquant les 25 postes de policiers nationaux supplémentaires déployés ces dernières années, le futur service de la direction générale des finances publiques et l’augmentation des subventions à l’investissement de la part de l’Etat. « Emmanuel Macron a remis les villes moyennes au cœur des priorités alors que personne ne s’en préoccupait depuis quarante ans. Grâce à lui des villes jadis moquées font entendre leur voix et ont retrouvé leur fierté. »

« Pas de désert français »

Utiliser la ruralité pour illustrer les inégalités dans la société n’est pas le bon curseur selon le maire breton Guillaume Robic. « Il est vrai qu’une partie des administrés se sentent oubliés, délaissés, mais ce n’est pas le critère de la ruralité qui fait ça. La ruralité est aussi positive. Elle repose sur des liens de solidarité et de proximité très forts. Le problème c’est ce que l’on en fait. Pendant des années il y a eu une massification des moyens sur les zones urbaines. Nous ne sommes pas oubliés mais traités de manière inégalitaire. »

Une nuance importante pour Achille Warnant qui rappelle l’existence de dispositifs de péréquation « extrêmement forts » et souligne la présence de l’Etat sur tout le territoire. « Certes le service est parfois trop minimal, avec des carences sur la santé notamment, qui peuvent être importantes, mais il  n’y a pas de désert français. Je parlerais plutôt de la France des négligés ».

Les élus locaux au chevet des oubliés

Si elle reste floue et connotée, cette expression semble trouver un écho, même chez des élus qui ne partagent pas les idées des candidats qui l’utilisent. Pour Dominique Dhumeaux, maire sans étiquette de Fercé (Sarthe) et vice-président de l’AMRF, elle recouvre une certaine réalité. « Il est embêtant de voir que ce sont les extrêmes qui s’en emparent. On a tendance à se dire que, vu qu’ils en parlent, il ne faut pas en parler. Mais cela serait un manque d’honnêteté, reconnaît-il. De la part de ces candidats cela peut paraître comme du populisme, mais ce n’est pas que ça. » Il évoque alors « les arbitrages successifs réalisés par les gouvernements au détriment des territoires les plus isolés et les moins en capacité à se mobiliser… »

Un avis partagé par James Chéron, maire UDI de Montereau (Seine-et-Marne), où Marine Le Pen s’est rendue en juin dernier : « Ce n’est pas l’expression qui est choquante mais la réalité qu’elle renferme. » Pour lui, la France des oubliés existe bel et bien et se transforme au gré des évolutions de la société et des politiques publiques.

Déménagement du territoire

« Aujourd’hui, elle résulte d’une politique de désaménagement du territoire. La crise sanitaire a transformé un certain nombre de nos comportements sociaux et individuels. Elle aurait dû être un moteur pour repenser l’aménagement du territoire. Depuis deux ans les collectivités ont adapté leurs politiques publiques mais l’Etat n’a pas profité de cette circonstance pour réinterroger sa stratégie », déplore-t-il.

James Chéron met alors en avant le rôle des élus locaux pour répondre aux attentes de cette France des oubliés : « Ce n’est pas une expression utilitariste de deux candidats mais un concept plus ancien qui est travaillé tous les jours et depuis toujours par les élus locaux et relativement mal traité par les responsables nationaux. Il y a des élus qui s’occupent de la France des oubliés : ce sont les élus des territoires. »

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