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Institutions

Luc Rouban : « Les Français sont les champions de la défiance »

Publié le 07/02/2022 • Par Nathalie Perrier • dans : Actu experts prévention sécurité, France

Luc Rouban
F. Calcavechia / La Gazette
Alors que les candidats à la présidentielle s’étrillent à coups de petites phrases sur la montée des communautarismes et les dangers du séparatisme, Luc ­Rouban, directeur de recherche au CNRS et membre du centre de recherches politiques de Sciences-po, le Cevipof, jette, avec son livre "Les Raisons de la défiance", un pavé dans la mare et pointe du doigt un risque bien plus grand.

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Et si le danger était ailleurs ? Alors que les candidats à la présidentielle s’étrillent à coups de petites phrases sur la montée des communautarismes et les dangers du séparatisme, Luc ­Rouban, directeur de recherche au CNRS et membre du centre de recherches politiques de Sciences-po, le Cevipof, jette, avec son dernier ouvrage « Les Raisons de la défiance » (Presses de Sciences-po, janvier 2022), un pavé dans la mare et pointe du doigt un risque bien plus grand : l’absence totale, pour près de la moitié de la population française, de tout sentiment d’appartenance à une communauté, qu’elle soit nationale, régionale, linguistique, religieuse, d’origine, ou même de goûts.

« Si la ­République est menacée, elle l’est sans doute plus par cette anomie que par le séparatisme », prévient le politologue. Car c’est bien cette anomie, terme créé par Emile Durkheim dans son ouvrage fondateur « Le ­Suicide. Etude de sociologie » (1897) désignant la désorganisation sociale liée à la disparition de valeurs communes à un groupe. qui explique la défiance des ­Français à l’égard de la politique. « La crise sanitaire a mis à l’épreuve le modèle sociopolitique français […], écrit le chercheur. La ­France a bien su confirmer qu’elle était le pays de la défiance politique en Europe. »

Le mal est ancien et profond, en témoignent les manifestations contre le passe sanitaire, la crise des « gilets jaunes », la hausse des agressions contre les élus ou encore l’explosion des taux d’abstention. Cette défiance se traduit par une remise en cause du modèle républicain et de la démocratie représentative, avec un rejet des corps intermédiaires, le refus de toute autorité et de toute organisation (sans lien avec l’anarchie, qui relève, elle, d’une doctrine politique). Elle n’investit pas seulement le champ du politique, elle frappe aussi la société et la science. Il y a là un terreau favorable à ces « accès d’autoritarisme » dont l’histoire de ­France est remplie.

Les agressions contre les élus ne cessent d’augmenter. Que révèle cette montée de la violence ?

Il y a toujours eu des violences envers les élus, mais il s’agissait de violences militantes. Aujourd’hui, on voit apparaître des agressions individuelles, dépolitisées. L’élu n’est pas menacé ou agressé en tant ­qu’adversaire politique, mais haï en tant que tel. Il est rejeté parce qu’il est un représentant de la démocratie et qu’on le soupçonne d’être un privilégié, au service de sa propre réussite. L’élu n’est plus vu comme un acteur public, mais comme un acteur privé. On est passé du citoyen et de l’intérêt général au consommateur et à l’intérêt ­particulier. C’est : « I want my money back ! » Les maires, notamment ceux des petites communes, témoignent très clairement de ce manque de respect de leur fonction, et plus largement de l’institution publique.

Cette défiance vis-à-vis des élus, des partis, des syndicats est une spécificité française. Nous avons ici des niveaux de défiance très élevés, qu’on ne retrouve pas au ­Royaume-Uni ou en ­Allemagne. Les ­Français sont les champions de la défiance. L’une des raisons principales de la défiance est l’anomie. Les études que j’ai menées montrent qu’en ­France la moitié des enquêtés ne se ­rattachent à aucune communauté, qu’elle soit nationale, d’origine, linguistique… Or, l’anomie est le terreau de la violence. Avec la dépolitisation et l’effacement des corps intermédiaires, l’absence de repères sociaux provoque une multiplication des ­électrons libres.

Autre signe du malaise, les taux d’abstention, de plus en plus élevés…

Les taux d’abstention explosent. On l’a vu lors des dernières élections municipales, en 2020 (58,4 %), et aux législatives, en 2017 (57,36 %). Même les présidents de la ­République sont de plus en plus mal élus (25,3 % en 2017). C’est une tendance de fond. La défiance est l’une des raisons pour lesquelles des ­Français ne votent plus. Ils ne veulent pas d’un système qui ne reconnaît pas leur mérite, ne les légitime pas.

Il y a aussi le problème, criant dans la campagne présidentielle, du déphasage entre l’offre et la demande politique. Les ­Français attendent plus d’autorité dans le domaine pénal et de l’immigration, et un Etat providence équilibré. Or, la droite propose moins de libéralisme culturel et plus de libéralisme économique ; et la gauche,­ l’inverse. Le second tour de la présidentielle se jouera sur la conquête de ce que j’appelle la « 4case », une alliance entre un faible libéralisme culturel et un faible libéralisme économique, « 4case » qui n’a, pour l’instant, pas trouvé d’expression partisane claire. La défiance naît aussi de ce décalage.

La démocratie représentative est-elle en crise ?

Elle est en crise, et elle est menacée. C’est la notion même de représentation qui est mise en cause, on l’a clairement vu avec le mouvement des « gilets jaunes », qui refusait l’existence de représentants. Aujourd’hui, on constate un clivage entre ceux qui défendent la démocratie représentative, sa complexité, ses institutions, et ceux qui la rejettent et réclament une action directe, avec efficacité immédiate. Cela rejoint un autre clivage, dangereux, celui entre, d’un côté, la ­République, qui repose sur une certaine rationalité, et, de l’autre, une politique de l’émotion et de la réaction immédiate.

D’après notre enquête, seul un tiers des enquêtés soutiennent la démocratie représentative, les deux autres tiers de l’électorat sont soit fatalistes, soit complotistes. Les premiers ne croient plus au volontarisme du travail politique et pensent qu’il y a une impuissance de la politique, liée notamment à la mondialisation. Les seconds pensent que les jeux sont ­truqués et que l’action publique ne fait que servir des intérêts privés.

Comment répondre à une telle crise ?

Nous avons l’option d’une réponse institutionnelle, avec plus de démocratie directe, des élections à la proportionnelle, etc., mais je n’y crois guère. La proportionnelle aux élections régionales n’­empêche pas l’abstention massive. Quant aux référendums, on s’aperçoit que les niveaux de participation sont faibles, et qu’on attire seulement des gens déjà socialisés sur le terrain politique.

Nous sommes aussi face à un réel défaut de culture politique. Or, la mauvaise compréhension du fonctionnement des institutions nourrit la défiance. L’une des solutions est d’accroître la formation civique, et ce, dès l’école. Pour autant, je crois que le malaise est bien plus profond et se situe en amont de la vie politique. Nous sommes face à une remise en cause radicale de la théorie ­républicaine, qui repose sur un Etat-nation, une communauté unie face à l’adversité. Le problème n’est donc pas tant dans les institutions que dans le fonctionnement de la société. Si les gens n’ont pas confiance dans les institutions, s’ils ont un sentiment de défiance vis-à-vis d’elles et de la classe politique, ils n’iront pas voter.

Il faut travailler sur la méritocratie, repenser la mobilité sociale et ­professionnelle pour redonner confiance aux ­Français. ­Emmanuel ­Macron l’a compris en partie, sa transformation de la haute fonction publique relève de cette analyse critique. Mais, c’est le paradoxe du macronisme, il a toujours cette attitude de prince philosophe plutôt que de président élu.

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