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Action publique

Romain Beaucher : « L’Etat n’est pas câblé pour relever les défis »

Publié le 31/01/2022 • Par Laura Fernandez Rodriguez • dans : France

romain beaucher
patricia marais
Romain Beaucher, cofondateur de l’agence de design de politiques publiques Vraiment Vraiment et coauteur L'ouvrage « L’Etat qu’il nous faut, des relations à renouer dans le nouveau régime climatique » (éd. Berger-Levrault, 2021), nous invite à se plonger dans les rouages de l’action publique. Entretien.

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Bien loin du débat sur le nombre de fonctionnaires ou du « mirage de la simplification » qui resurgissent dans le cadre de l’élection présidentielle, l’ouvrage « L’Etat qu’il nous faut, des relations à renouer dans le nouveau régime climatique » (éd. Berger-Levrault, 2021) invite à se plonger dans les rouages de l’action publique. Daniel Agacinski, professeur agrégé de philosophie, Romain Beaucher, cofondateur de l’agence de design de politiques publiques Vraiment Vraiment, et Céline Danion, administratrice spécialiste des politiques culturelles, partent du constat de trois bouleverse­ments majeurs à l’échelle nationale et internationale : creusement des inégalités, dévoiement des promesses portées par le numérique et fragmen­tation de l’agora qui devait permettre la tenue de discussions collectives, eux-mêmes encastrés dans les défis climatiques à venir et auxquels l’action publique du futur devra faire face.

Dans les pas du philosophe et sociologue Bruno Latour, les auteurs considèrent en effet que nous allons devoir réinventer notre façon de produire, de consommer, de travailler, de nous déplacer, et que la politque des « petits gestes » ou la technologie n’y feront rien : il faut repolitiser la figure de l’Etat afin de répondre aux défis de demain, et l’Etat doit lui-même se transformer afin de devenir plus relationnel et chercher à augmenter la capacité d’agir des citoyens dans ce nouveau régime climatique. L’Etat étant ici défini comme toutes les strates de l’organisation qu’un groupe humain se donne pour s’occuper des affaires communes, ce périmètre inclut les collectivités, elles aussi invitées à tisser de nouveaux liens entre elles, avec l’Etat et la société civile.

Selon vous, de grands défis nous attendent et impliquent que l’Etat lui-même se métamorphose…

Nous faisons face à trois défis civilisationnels : les inégalités qui explosent et apparaissent insoutenables, le numérique avec le dévoiement de ses promesses, y compris par les Etats, notamment avec la surveillance généralisée, et l’éclatement de l’agora où l’on peut avoir des discussions collectives. Le défi écologique et climatique surplombe cela : on s’inscrit dans les pas de Bruno Latour sur le nouveau régime climatique sur ce point. Des pans entiers du quotidien fonctionnent grâce à l’Etat, c’est ce que l’on a en commun, on aimerait faire de son rôle et de son fonctionnement un enjeu démocratique et politique, à quelques mois de la présidentielle. On ne pourra pas relever les défis qui nous attendent, dans un cadre démocratique, sans l’Etat, mais l’Etat actuel n’est pas câblé pour le faire.

Il nous paraît vain d’aborder ce sujet via deux grands poncifs de la campagne actuelle : la suppression des fonctionnaires ou le mirage de la simplification administrative. Ce qui est un peu rassurant, c’est que d’autres voix se font entendre : celles du collectif Nos Services publics, des auteurs de l’ouvrage « La valeur du service public », du Lierre, de FP21… La manière dont l’Etat fonctionne n’est satisfaisante pour répondre ni aux enjeux contemporains – grande pauvreté, accueil des migrants, étalement urbain, etc. –, ni aux enjeux de demain. Nous esquissons ce que pourraient êtreles services publics de demain, une grille d’analyse et des principes pour que les spécialistes des politiques publiques qui les partagent puissent ensuite en tirer le fil.

Vous montrez que toutes les relations entre administrations et usagers sont optimisées et ne laissent pas de place pour nouer des relations véritables…

Il ne faut pas penser l’action publique uniquement en termes de services, mais aussi en termes de relations. Rendre un « service » à un guichet ne garantit pas la solidité d’une relation intrinsèquement politique entre la personne dans toutes ses composantes et ce que l’Etat incarne. C’est le reproche adressé à certains France Services : être des ronds-points des services publics dont le but est d’y passer le moins de temps possible et qui reroutent les usagers ailleurs, alors qu’ils pourraient, par défaut, être adossés au programme Nouveaux lieux nouveaux liens avec un accent mis sur les tiers-lieux, la qualité spatiale, l’animation, le caractère inclusif.

Ce qui supposerait que les agents publics aient du temps. Or, avec les réductions de moyens et le reporting permanent, ils n’en ont pas. De ce manque de reconnaissance, voire de cet empêchement organisé, c’est la qualité de la relation qui en pâtit énormément.

Comment renouer des liens avec la société civile sans risquer de céder des pans relevant de l’action publique et faire du « washing » de communs ?

L’accélérateur des initiatives citoyennes lancé récemment par la ministre de la Transfor­mation et de l’action publiques, Amélie de Montchalin, peut être une modalité pour arrêter, en tout cas, de traiter la société civile en adversaire, avoir peur du collectif et, au contraire, se mettre à l’écouter pour irriguer la transformation publique.

Il faut veiller toutefois à ce que ces initiatives ne prospèrent pas sur les ruines de services publics que l’on aurait privés de leurs moyens, et la ligne de crête est fine pour inventer un modèle qui ne tombe pas dans la « Big Society » prônée par David Cameron, ce qui se traduirait par la privatisation et le désengagement. Un garde-fou important peut être la dimension partenariale de la relation à nouer avec ceux qui ont des idées à l’extérieur, et le fait de les mettre en relation avec des agents qui restent en contexte, à l’intérieur de leurs administrations. Là encore, cela demande du temps…

Quel rôle ont aujourd’hui les collectivités, et lequel pourraient-elles avoir ?

D’abord, au sein des collec­tivités, il y a une relation entre l’administration et le politique à assainir, du fait d’un sentiment de toute-puissance de certains élus locaux : il n’y a pas le dialogue fertile qu’il devrait y avoir entre une administration garante de l’intérêt général dans la durée, forte de son expertise technique, et le politique qui donnerait un cadre et une vision.

Ensuite, la décentralisation par blocs de compétences n’a pas favorisé la relation, ni entre les différents niveaux de collectivités, ni avec l’Etat. On assiste à un renvoi permanent des responsabilités entre maires, départements, régions, préfets et services déconcentrés de l’Etat assez exsangues : il faut aussi retisser une capacité d’action commune entre acteurs publics. Le débat devrait plutôt porter sur le placement du curseur du pouvoir normatif à donner aux collectivités si l’on considère que, parfois, l’Etat n’est pas le mieux placé pour agir, et pas seulement sur quels blocs de compétences on déplace.

Enfin, nous avançons l’idée d’une planification pour organiser l’action permettant de tenir nos engagements de l’accord de Paris. Au niveau natio­nal, la Convention citoyenne pour le climat aurait pu être un début, mais on a vu que l’exercice était vain s’il n’était pas inscrit dans un processus de fabrique de l’action publique renouvelée, intégrant le politique et l’administration. Les collectivités pourraient décliner cette logique en recréant des agoras communes, mais aussi en les « branchant » sur la fabrique concrète de leur action.

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