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Funéraire

Les cimetières à l’heure de la transition écologique

Publié le 24/01/2022 • Par Sarah Boucault • dans : France, Innovations et Territoires

Inauguration du premier espace funeraire ecologique au cimetiere d'Ivry sur Seine
Simon LAMBERT/HAYTHAM-REA
La végétalisation des cimetières et l’écologie funéraire répondent aux attentes sociétales, en lien avec le réchauffement climatique et la sensibilité verte. Elles séduisent les citoyens à la fibre écologique. Des communes végétalisent l’espace, raniment la biodiversité et adoptent des pratiques vertes : proscription de caveau, pierre tombale, soins au formol.

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A Freyming-Merlebach (12 700 hab., Moselle), le plus grand des quatre cimetières (4,4 hectares, 3 300 sépultures) se transforme peu à peu en lieu vert et fleuri. Au lieu d’opter pour le désherbage effréné, fatigant et peu satisfaisant, la commune a troqué le schiste des chemins d’accès aux tombes et entre-tombes contre une semence de trèfle à croissance lente. Et la loi « zéro phyto », qui ­entrera définitivement en vigueur en juillet 2022, s’est traduite en économies sur le personnel et réduction de la pénibilité. « De deux agents qui effectuaient cinq  heures chacun par semaine de débroussaillage et désherbage manuel, nous sommes passés à un agent qui réalise cinq heures par semaine de débroussaillage et de tonte », détaille Liliane Kuhnen, cheffe du service « état civil et population », directrice de la régie funéraire de Freyming-Merlebach. Le temps de tonte et de débroussaillage des pelouses, devenues prairies fleuries, a chuté de quatorze à trois heures par semaine.

« Nous avons aussi remplacé les haies de thuyas monotones par des haies libres et fleuries, plus colorées. Les plantes vivaces demandent moins d’arrosage et le temps de taille et d’entretien a été ­divisé par quatre pour le même nombre d’agents », se réjouit Liliane Kuhnen. Pour le cimetière, les écoliers peignent des ruches et fabriquent des nichoirs à oiseaux et des abris à insectes.

Mésanges antichenilles

A Lyon (523 000 hab.), depuis la fin du zéro phyto, en 2016, l’enherbement encadré est aussi devenu la norme et une politique de réintégration de la bio­diversité a été mise en place. Deux cimetières (Loyasse, en 2017, et La Guillotière, en 2021) ont été labellisés « Refuge LPO ». Un troisième (La Croix-Rousse) le sera cette année.

« Recréer un environnement favorable fait revenir les animaux, explique Jean-Pierre Cornu, directeur des sept cimetières lyonnais (42 hectares). A Loyasse, nous avons identifié une cinquantaine d’espèces : oiseaux migrateurs ou installés dans les nichoirs, reptiles, hérissons, abeilles sauvages, etc. La nuit, ce lieu n’est pas pollué par les éclairages urbains, ça plaît aux chauves-souris et aux hiboux. »

En quelques années, la chaîne alimentaire s’est reconstituée. Le hibou grand-duc, prédateur du hérisson, a notamment été identifié. « Avant, pour lutter contre les chenilles processionnaires, nous pulvérisions des produits chimiques avec de grosses lances, indique Jean-Pierre Cornu. Aujourd’hui, les mésanges, prédatrices de ces chenilles, sont un moyen écologique de lutter contre. » Sur les conseils de la LPO, les agents ont installé des mares : elles créent un microclimat et attirent invertébrés, insectes et végétaux aquatiques.

Cahier des charges très précis

A Lyon, comme à Freyming-Merlebach, ce retour au végétal n’est pas toujours bien accueilli. « Au début, les gens étaient réticents, témoigne Liliane ­Kuhnen. Quand ils voient des touffes vertes sortant du schiste, ils les arrachent ou se plaignent. Je demande aux agents de ne pas s’arrêter à cela, de continuer à entretenir les allées où le trèfle n’est pas encore arrivé à maturation pour qu’il n’y ait pas de mauvaises herbes et je les invite à emmener les usagers à voir les allées terminées. » « La loi “zéro phyto” est une contrainte mais les communes peuvent la tourner en avantage, étaye Manon Moncoq, anthropologue du funéraire (lire ci-dessous). Même si les personnes attachées aux cimetières traditionnels trouvent les herbes folles irrespectueuses, c’est mieux sans phytosanitaires pour le respect des morts et des vivants. Il peut être poétique de rendre un cimetière vivant par la nature. Une grande part de pédagogie doit être instaurée. »

Si les initiatives végétales se propagent dans les cimetières français (autre exemple : ­installation de panneaux solaires à Saint-Joachim, en Loire-­Atlantique), peu de villes choisissent d’appliquer l’écologie aux modes de sépulture. Le funéraire vert requiert un cahier des charges très précis et contraignant. Le cimetière de Souché, à Niort (59 200 hab., Deux-Sèvres), est le pionnier en la matière. « Depuis 2014, les familles accueillies ici se plient à des règles écologiques, raconte Amanda Clot, conservatrice des douze cimetières de Niort. Les cercueils, en bois non traité et provenant de filières françaises, sont enterrés en pleine terre et non recouverts de pierre tombale. On incite à éviter les soins de conservation (thanatopraxie au formol) mais on ne les refuse pas. Les fleurs artificielles sont interdites. D’une certaine manière ce cimetière est hors la loi car le maire n’a pas le droit de se prononcer sur l’esthétique, mais on ne nous a jamais rien dit. »

Le cimetière de Souché arrive bientôt à saturation (220 défunts) et une extension est en cours de réflexion. Chaque année, Amanda Clot reçoit la visite de cinq à six communes qui souhaitent développer un cimetière naturel. « C’est peut-être un peu utopique et naïf, mais la prise en charge des défunts est de l’ordre de la mission de service public et il faut s’adapter aux évolutions », estime Manon Moncoq.

Cercueil en bois écocertificat, urne biodégradable

A Ivry-sur-Seine (63 700 hab., Val-de-Marne), un cimetière similaire a vu le jour en 2019, avec un succès moindre. « Les demandes écolos se comptent sur les doigts de la main : en deux ans, 17 emplacements [sur 105] ont été attribués dans le cadre de la règle vente sur décès, dénombre Sylvain Ecole, chef du service des 20 cimetières de Paris et région parisienne. Nous allons tester la vente par avance pour voir si cela intéresse les gens. » Ivry impose les mêmes règles que Niort : cercueil en bois écocertificat et non ­traité ou urne biodégradable, pas de caveau ni de pierre tombale (seulement de petites stèles en pierre ou en bois). Le cahier des charges ajoute d’autres conditions : « Les creusements sont réalisés à la main par les fossoyeurs. On passe pour des archaïques mais on veut éviter les pelleteuses et les moteurs Diesel, se défend Sylvain Ecole. C’est une technique professionnelle de savoir creuser. »

Autre critère : les soins de conservation sont interdits. « On est accusé de faire de la discrimination antimalades, mais introduire des produits chimiques dans la terre ne serait pas très crédible non plus. On accepte les défunts ayant reçu une chimio­thérapie. La mise en œuvre de ces règles-là ne pose pas de ­problème, les familles ont déjà un engagement militant environnemental sincère », poursuit Sylvain Ecole. Comme à Niort, les arbres ou les essences invasives ne sont pas autorisés à cause des nuisances des racines. « On ne veut pas de cyprès, de rosiers ou d’oliviers qui débordent sur la concession d’à côté, explique-t-il. On conseille les petites fleurs, comme les cyclamens. »

Non loin d’Ivry, dans l’Essonne, un nouveau cimetière écologique va voir le jour au courant de cette année, à Thiais. « Entre  1804 et  1815, aucune famille ne voulait reposer au Père-Lachaise, puis, au moment de la ­Restauration, tout le monde voulait y aller, rappelle Sylvain Ecole. Il faut donc prévoir, en cas “d’effet de mode” écolo ! »

« Les Français se montrent sensibles aux alternatives écologiques »

MONCOQ-Manon-anthropologue funeraire

Manon Moncoq, anthropologue du funéraire, écrit une thèse sur les funérailles écologiques

« Le funéraire écologique répond à trois enjeux. D’abord, les Français se montrent sensibles aux alternatives écologiques. Ensuite, l’enjeu est la resocialisation avec la mort et les morts. Les pompes funèbres prennent tout en charge, les nouveaux cimetières sont construits hors des villes car les sols doivent être éloignés des cours d’eau et des lieux d’habitation. Il faut rendre les cimetières plus attractifs et inciter les usagers à venir pour la prestation paysagère, comme à l’arboretum de Nantes. Enfin, il correspond au souci du réchauffement climatique et de dévégétalisation de l’espace urbain. Les cimetières pourraient répondre au besoin de fraîcheur, recherchée lors des fortes chaleurs. »

 

« La Prairie ne trouve pas encore son public »

Solène Quilin, ingénieure « grands projets », conceptrice de l’extension écologique au cimetière des Ormeaux à Saint-Malo (46 800 hab., Ille-et-Vilaine)

« Les cimetières arrivaient à saturation. Nous avons utilisé un terrain agricole pour créer une extension de 6 000 mètres carrés, nommée la Prairie et ouverte en 2020. La charte est précise : pleine terre, stèle, cercueil non traité, capitons biodégradables, fleurs naturelles. Les soins de conservation [produits biocides] sont interdits : le terrain est accolé à un jardin en agriculture biologique, il ne s’agit pas de polluer les sols. L’eau retrouve son cycle naturel : grâce à la perméabilité des sols, nous la gérons en surface, sans tuyaux d’évacuation. Les tontes ont été divisées par deux.

Pour les inhumations, 602 emplacements existent et 180 pour les urnes ; une douzaine sont acquis. La Prairie ne trouve pas encore son public en raison d’une communication timide, du manque de relais des pompes funèbres et des résistances culturelles. Il y a un problème d’acculturation sur les enjeux du funéraire. Pourtant, notre empreinte écologique continue après la mort. »

Références

  • « Funérailles écologiques : pour des obsèques respectueuses de l’homme et de la planète », Brigitte Lapouge-Déjean, Laëtitia Royant, Serge Lapouge, éd. Terre Vivante, 2017.
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Commentaires

Les cimetières à l’heure de la transition écologique

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YOPP

25/01/2022 11h17

Bonjour,
Bravo pour cet article ! Cette idée d’évoluer vraiment sur l’empreinte liée au funéraire est un idée qui m’importe depuis longtemps. Cela se concrétise, et aussi grâce à votre article. Bravo à Manon Moncoq. Bonne continuation. YS

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