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[entretien] Fractures territoriales

« La France périphérique est un écran de fumée » – Benoît Coquard

Publié le 17/01/2022 • Par Romain Gaspar • dans : A la une, France

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© Laurent CHEVIET
En ce début de campagne présidentielle, la problématique de la « fracture territoriale » entre les grandes métropoles et les territoires ruraux et, en complément, la rivalité entre les campagnes et les banlieues ont le vent en poupe. Selon ­Benoît ­Coquard, sociologue à l’Inrae, ces représentations sont caricaturales et n’ont pour objectif que de servir un storytelling politique. Ce spécialiste des campagnes en déclin décrypte cette grosse ficelle du débat politique.

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En ce début de campagne présidentielle, la problématique de la « fracture territoriale » entre les grandes métropoles et les territoires ruraux et, en complément, la rivalité entre les campagnes et les banlieues ont le vent en poupe. D’Emmanuel Macron à Marine Le Pen, la plupart des aspirants à la magistrature suprême se présentent comme les porte-parole de ces habitants tantôt appelés invisibles, oubliés, petits Blancs ou perdants de la mondialisation.

Elle constitue depuis dix ans la représentation majoritaire de l’Hexagone chez nombre de femmes et d’hommes politiques. Il faut dire que l’explosion sociale du mouvement des « gilets jaunes », contre la hausse du prix des carburants en octobre 2018, et l’augmentation du vote pour le Rassemblement national dans les territoires ruraux ces dernières années ont accentué le besoin des partis politiques de s’adresser à cet électorat.

Mais, selon ­Benoît ­Coquard, sociologue à l’Inrae et auteur de l’ouvrage « Ceux qui restent » (éd. La Découverte, 2019), ces représentations sont caricaturales et n’ont pour objectif que de servir un storytelling politique. Pour « La Gazette », ce spécialiste des campagnes en déclin décrypte cette grosse ficelle du débat politique. Il estime que ce concept vient surtout cacher l’écart social grandissant entre les classes populaires et le personnel politique. « En termes de programme et de représentation, les candidats qui sont sur le devant de la scène viennent de moins en moins des catégories sociales les plus nombreuses en France. Ils viennent des catégories sociales les moins nombreuses », analyse-t-il.

On voit revenir les termes d’invisibles, de France périphérique dans cette campagne présidentielle. Quel est l’intérêt pour les politiques d’opposer les métropoles avec les territoires ruraux ?

Dans plusieurs formations politiques, il a fallu s’adresser à la France loin des grandes villes frappée par la désindustrialisation consécutivement à une forte hausse du vote pour l’extrême droite. A l’heure où les inégalités économiques augmentent, une partie du champ politique tente ­d’éluder ces inégalités de classes sociales en remplaçant un discours d’inégalités de classes par un discours plus consensuel, qui dispense de s’interroger sur la répartition des richesses, les conditions d’existence, le pouvoir d’achat et qui évite de remettre sur le tapis les thématiques des « gilets jaunes » posant problème à toute une partie du champ politique. Il ­préfère imposer une dichotomie qui renvoie simplement au fait d’être à un endroit. C’est la France loin des grandes villes contre celle des métropoles et l’opposition entre les bobos et les vraies gens.

Le succès de ces théories auprès du personnel politique s’explique aussi par le fait qu’il est socio­logiquement de plus en plus éloigné des populations qu’il est amené à représenter, dont il est censé être le porte-parole. Se dire représentant de la France des territoires, être issu d’une famille dont l’arrière-grand-père était paysan permet de gommer les distances sociales grandissantes entre les représentants politiques et les citoyens de base. C’est un storytelling pour ne pas avoir à dire sa provenance de tel ou tel milieu social, qui montrerait qu’ils sont nés d’un milieu privilégié et porteurs de ces privilèges.

On observe aussi une opposition entre les territoires ruraux et les quartiers de la politique de la ville. A-t-elle un sens ?

Je comprends qu’elle fasse sens pour le personnel politique, car ils ont vu que les politiques publiques, notamment sociales, ont été avant tout pensées sur un modèle urbano centré. Le quartier populaire était le laboratoire et il y avait une réelle méconnaissance par la techno­cratie de la réalité de la ­spatialisation des difficultés sociales, de la pauvreté, du chômage et de la désindustrialisation.

Mais cette critique a très vite servi la tentation populiste d’opposer une partie des classes populaires aux autres, c’est-à-dire de mobiliser un vrai peuple des travailleurs à défendre contre un autre peuple davantage issu de l’immigration et urbain, et qui serait, selon ces discours, trop avantagé par rapport à leurs homologues. Or il y a aussi eu beaucoup d’immigration dans les campagnes en déclin car l’industrie a fait venir ces populations. Et ils ont en réalité beaucoup en commun : les mêmes boulots, le déclin industriel, l’habitat groupé…

Dans ce cas, quel est le bon cadrage ?

Les habitants des campagnes en déclin ne se sentent pas représentés dans le champ politique. Nombre d’entre eux votent pour l’extrême droite afin de mettre un coup de pied dans la fourmilière. Pour eux, le vote n’est pas la quintessence de la politique. Il existe même une défiance envers les institutions locales, comme la mairie. Les thématiques les plus présentes dans leur quotidien sont le travail et le pouvoir d’achat.

Ce sont des milieux sociaux où l’on dit qu’un homme qui ne travaille pas ne vaut rien. On est d’autant plus stigmatisé lorsqu’on n’en a pas. Ce qui est perçu comme de l’assistanat est très critiqué. Ils n’attendent pas un revenu tombé du ciel. Même les ouvriers et employés les plus stables ont peur de la précarité. Il y a de moins en moins de travail et il ne permet plus d’accéder à des conditions de vie honorables, ce qui sabote le lien social. Ils sont en concurrence même avec leurs amis et famille. Ce qui s’est joué autour de la délocalisation de l’industrie est irréparable et c’est ce problème qu’il faudrait mettre sur la table.

Est-ce qu’il n’y a pas tout de même une part de réalité derrière le concept de France périphérique ?

En principe, la part des ouvriers et des employés dans ­l’ensemble de la population – ce que l’on appelle les classes populaires – est plus forte dans les zones périurbaines et rurales que dans les zones urbaines. Mais il faut bien avoir en tête que la tendance générale du milieu rural est d’être de plus en plus attractif et d’attirer des populations aisées (tourisme, néoruraux, résidences secondaires, interconnexion avec l’économie urbaine…).

Il existe une grande diversité en milieu rural. Seules les campagnes en déclin marquées par la désindustrialisation, et très minoritaires dans la France rurale d’aujourd’hui, sont celles qui correspondent le plus à la caricature que l’on fait de ces espaces. Ces départements perdent beaucoup d’habitants et n’arrivent pas à proposer des débouchés aux jeunes diplômés de leur territoire.

On ne peut pas tout mettre dans le même sac. Ce serait comme de dire que Neuilly-sur-Seine et Aubervilliers c’est la même chose car ce sont des villes de banlieue parisienne, alors qu’on a l’une des communes les plus riches de France et l’une des plus pauvres. La seule opposition métropoles et villes rurales ne fonctionne pas.

Les inégalités de territoires cachent des inégalités de classe. Les classes sociales qui restent dans les territoires en déclin voient se dégrader leurs conditions de vie dans toute la France. Aujourd’hui, tout un tas de concepts masquent la réalité. Ce sont des écrans de fumée.

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