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Travail social

Colère chez les travailleurs sociaux : vers une crise en profondeur ?

Publié le 10/01/2022 • Par Auteur associé • dans : A la Une santé social, Actu Santé Social, France, Opinions, Toute l'actu RH

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FREDERIC KLEMCZYNSKI
Enseignant-chercheur en sociologie, Simon Heichette revient sur le mal-être et la perte de sens qui touche les travailleurs sociaux.

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Simon Heichette

Enseignant-chercheur en sociologie,université d'Angers

« Mal-être », « colère » et « désarroi » : c’est en ces termes que les travailleurs sociaux ont exprimé leur ressenti lors d’une grève le 7 décembre dernier, face à des conditions de travail qu’ils jugent dégradées et un manque de reconnaissance.

Les syndicats du secteur dénoncent en effet de longue date la faiblesse des rémunérations et l’absence de revalorisation sérieuse, mise en exergue suite à l’exclusion d’une partie des travailleurs sociaux du Ségur (1 et 2) de la Santé. Mais il est aussi et surtout question de « redonner du sens » au travail social, selon le mot d’ordre de l’un des syndicats appelant à la grève.

En effet, le surgissement de ce mouvement social n’est pas conjoncturel, quand bien même la crise sanitaire a exacerbé les tensions dans ce champ d’activités. Il s’inscrit dans la continuité d’autres mobilisations (2016, 2018, 2019, 2021), parfois à l’échelle nationale, mais plus souvent à l’échelon local, éventuellement mono-sectorielle (protection de l’enfance, par exemple), mais dont la récurrence interroge.

Comment expliquer ce « désarroi » des travailleurs sociaux, dont les mouvements sociaux en question se font l’écho ? Si les questions salariales ne sont pas à négliger, la répétition de ces mobilisations collectives s’explique surtout par l’envergure et la radicalité des mutations qui touchent ce secteur depuis maintenant une vingtaine d’années.

Qui sont les professionnels du travail social ?

Le terme travail social désigne aujourd’hui de manière relativement large l’ensemble des personnels – la plupart du temps salariés ou fonctionnaires territoriaux ou de l’hospitalier – qui concourt à des activités d’aide, d’éducation, d’accompagnement et parfois de soin, auprès de publics considérés comme vulnérables ou fragiles.

Les travailleurs sociaux sont des professionnels qui exercent un métier ou une fonction plus ou moins bien reconnue, selon les spécialités qui sont les leurs. Parmi les professions les mieux instituées, on compte les assistantes de service social, mais aussi les éducateurs spécialisés. Viennent ensuite les animateurs socio-culturels, même si ces derniers ne se reconnaissent pas toujours – ou pas entièrement – dans l’univers du travail social, ainsi que l’ensemble des métiers éducatifs et d’accompagnement qui se sont constitués (ou ont été reconnus) depuis les années 1970 (éducatrice de jeunes enfants, moniteur-éducateur…). S’y ajoutent les métiers dits du domicile (conseillère en économie sociale et familiale, par exemple).

Enfin, cette mosaïque ne saurait être complète si l’on n’évoquait la myriade de professionnels moins bien établis, parce que leurs fonctions renvoient plus rarement à des métiers bien identifiés, existant depuis les années 1980, d’une part dans le champ de l’insertion professionnelle (conseiller en mission locale, chargé d’insertion et d’accompagnement social, par exemple) et d’autre part dans celui des politiques dédiées aux quartiers dits prioritaires (médiateur social, chargé de développement local…).

Bien qu’exerçant dans des univers parfois fort différents (handicap, vieillissement, protection de l’enfance, insertion professionnelle, etc.) et avec des conditions de travail très variables (statuts, rémunérations, conventions collectives…), l’ensemble de ces acteurs ont la particularité de mener des missions qui sont élaborées, définies et financées dans le cadre des politiques publiques. Celles-ci encadrent donc l’activité des établissements et services dans lesquels les travailleurs sociaux exercent.

La transformation de l’action publique

Or, depuis les années 2000, les politiques publiques dédiées au social connaissent de profondes transformations. En cause, l’adoption d’une nouvelle forme d’action publique imprégnée de néolibéralisme, dont il faut dire quelques mots, avant d’en mesurer les conséquences pour le travail social.

Pour les thèses néolibérales, rappelons-le, l’intérêt général n’existe pas. Aussi, selon ses promoteurs, l’action de l’État représente un problème en soi, car elle est l’incarnation de cet intérêt général. Elle doit par conséquent être limitée au maximum, sauf s’il s’agit d’organiser la concurrence entre les individus et d’imposer le cadre de référence dans lequel ils peuvent défendre leurs intérêts particuliers, c’est-à-dire le Marché.

Tout cela implique une remise en question de l’ensemble des politiques publiques, qui doivent être repensées selon cette logique. Ceci conduit également à l’adoption par l’État des modes de fonctionnement de la grande entreprise privée lucrative, dans la mesure où seuls ces derniers sont compatibles avec cet horizon idéologique. Il s’agit bien d’une rupture avec l’État providence, ses idéaux et son mode de fonctionnement. Aussi, tous les domaines d’intervention publique qui n’entrent pas dans ce projet néolibéral se retrouvent en déficit de moyens et, concomitamment, à devoir changer pour se conformer aux modèles qui font maintenant référence : ceux de l’entreprise rationnelle, de la performance comptable et de la relation consumériste. Il en va ainsi pour la Santé, la Justice, l’École et donc, l’action sociale.

Des organisations devenues opératrices de la commande publique

Dans ce domaine il faut composer avec un changement de la logique de financement, qui s’articule avec une contraction des moyens alloués. En effet, jusque dans les années 1990, les structures de l’action sociale (publiques ou privées non lucratives) étaient principalement considérées comme des coconstructrices de l’action publique. À ce titre, elles recevaient des subventions pérennes, charge à elles de développer leurs projets en fonction de leur connaissance des problématiques qu’elles avaient à traiter.

Désormais, la logique de marché public gagne du terrain. Les collectivités sont appelées à financer sous forme d’appel à projets, pour organiser la concurrence entre les structures susceptibles d’y répondre. En témoigne par exemple la réorganisation de la protection de l’enfance dans le département du Maine-et-Loire lancé en 2016 par le Conseil départemental, d’ailleurs épinglée par la chambre régionale des comptes des Pays de la Loire.

Cette nouvelle approche n’est pas seulement technique : elle est un puissant outil de régulation des organisations sociales et médico-sociales, qui deviennent des opératrices de la commande publique. D’une part, celles-ci doivent s’organiser pour devenir compétitives. Ceci implique des mutualisations de moyens, mais aussi des fusions entre elles, et même des absorptions des plus petites structures qui ne sont pas en mesure de suivre la marche imposée. Voilà donc le tissu associatif et de services publics, qui s’était constitué auparavant, entièrement recomposé et en perpétuel mouvement.

D’autre part, les gestionnaires de structures se trouvent contraints d’adopter des modalités d’organisations conformes aux standards de compétitivité qui leur sont désormais imposés. Pour y faire face, l’encadrement devient managérial, en ce sens qu’il se dissocie de la pratique du travail social pour se spécialiser sur les questions gestionnaires. Il s’agit désormais de mettre en œuvre des stratégies pour se développer ou survivre, de rationaliser les coûts et de se mettre en conformité avec tous les outils de la gestion d’entreprise que les pouvoirs publics leur demandent d’adopter.

Le reformatage des prises en charge et le décalage des travailleurs sociaux

La lassitude des professionnels au contact des publics grandit face à ce nouveau cadre de travail, mouvant et incertain, qui leur apparaît largement contradictoire avec les besoins des prises en charge. D’autant plus que les travailleurs sociaux sont aussi appelés à se conformer à de nouvelles normes de travail.

Il est désormais question de se comporter en prestataire de services. Ceci implique le développement d’une « offre » (éducative, d’assistance, de soin…) au sein de laquelle les bénéficiaires et où leurs représentants sont censés choisir. Les prises en charge proposées doivent s’avérer en même temps conformes aux cahiers des charges des pouvoirs publics, qui définissent désormais les « bonnes pratiques » à suivre.

Les travailleurs sociaux apparaissent en profond décalage avec cette approche consumériste et standardisée de l’accompagnement social. Car la conception qu’ils ont de leur métier, ainsi que l’expérience qu’ils ont acquise auprès des publics, les conduisent à estimer que leur travail nécessite de l’innovation et de la créativité pour s’adapter aux situations singulières et souvent inextricables qu’ils rencontrent au quotidien.

De la sorte, les travailleurs sociaux vivent de plus en plus le sentiment que leur activité est « empêchée », au sens où non seulement les moyens manquent, mais en plus les normes qui s’appliquent à leur travail ne correspondent plus à la manière dont ils envisagent de bien l’effectuer. Leur fatigue, leur désarroi et leur colère ne sont donc pas seulement liés à la question des rémunérations. Elles s’inscrivent plus largement dans ce changement radical des conditions et des attendus de leurs pratiques professionnelles.The Conversation

Simon Heichette, Enseignant-chercheur en sociologie, Université d’Angers

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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